Les experts et responsables politiques proches du pouvoir en Azerbaïdjan poursuivent leurs analyses des résultats des élections législatives du 7 juin en Arménie.
Ces discussions se sont particulièrement intensifiées après la visite à Dilidjan de Hikmet Hajiyev, conseiller du président azerbaïdjanais. Le principal message qui émane de Bakou reste inchangé : l’Azerbaïdjan n’entend en aucun cas renoncer à sa principale condition préalable à la signature d’un traité de paix, à savoir la modification de la Constitution arménienne.
« La question de la révision de la Constitution, tout ce processus, a été volontairement retardée. Des concessions prématurées auraient donné à l’opposition arménienne l’occasion d’accuser Pachinian de trahison. Désormais, il n’a plus de raison de temporiser et doit remplir les engagements qu’il a pris », déclarait hier sur la chaîne de télévision CBC la députée azerbaïdjanaise Sevinj Fataliyeva, responsable des relations internationales du parti au pouvoir Yeni Azerbaïdjan.
Dans ses récentes interviews, le politologue bakinois Farhad Mammadov, proche de l’administration présidentielle et coordinateur azerbaïdjanais de l’initiative « Pont pour la paix », qui organise des échanges avec la société civile arménienne, s’exprime avec une franchise comparable.
Selon lui, Bakou est conscient que Nikol Pachinian ne dispose pas, au sein du nouveau Parlement, de la majorité des deux tiers nécessaire pour soumettre seul un nouveau texte constitutionnel à référendum. Mais cela ne constitue pas, à ses yeux, un obstacle insurmontable.
« Oui, Pachinian ne dispose pas des deux tiers, mais il fait face à une opposition très fragile et très malléable, avec laquelle il est possible de travailler en utilisant les mêmes méthodes que celles employées durant la campagne électorale », affirme l’expert azerbaïdjanais. Il rappelle qu’en dépit de l’assignation à résidence du chef de l’opposition et de l’arrestation de centaines de militants, l’Union européenne et les États-Unis ont qualifié les élections arméniennes du 7 juin de démocratiques.
« Pachinian peut organiser un référendum en utilisant ces mêmes méthodes que l’Occident a reconnues comme démocratiques, d’autant plus qu’il lui faudra beaucoup moins de voix pour faire adopter une nouvelle Constitution que les 625 000 à 630 000 suffrages qu’il a obtenus le 7 juin », poursuit Mammadov.
Un autre expert azerbaïdjanais, Farid Shafiyev, ancien ambassadeur en Canada et en République tchèque, aujourd’hui directeur du Centre d’analyse des relations internationales de Bakou, estime lui aussi que le gouvernement Pachinian finira par trouver un moyen de modifier la Constitution. À défaut, selon lui, une normalisation des relations arméno-azerbaïdjanaises serait impossible.
« Notre message après les élections est très clair : nous attendons l’aboutissement logique de ce processus, c’est-à-dire la suppression des références au prétendu Haut-Karabakh. Si cela ne se produit pas, il n’y aura pas non plus de traité de paix », affirme l’expert.
L’ancien ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères Tofiq Zulfugarov ne partage toutefois pas l’optimisme prudent de ses collègues concernant un référendum constitutionnel. Il doute que le parti Contrat civil ait perdu par hasard sa majorité constitutionnelle. Selon lui, Erevan chercherait ainsi à retarder le processus de règlement.
« Les élections, bien qu’entachées de nombreuses irrégularités et de l’utilisation des ressources administratives, ont, curieusement, produit le résultat qui correspond le mieux à la stratégie de l’élite politique arménienne. Oui, ils ont conservé le pouvoir et formeront un gouvernement, mais, pour le dire crûment, ils n’ont pas suffisamment falsifié les résultats pour obtenir une majorité constitutionnelle », s’étonne l’ancien ministre.
À la tête de la diplomatie azerbaïdjanaise entre 1998 et 1999, Zulfugarov affirme que le processus de paix est désormais gelé à la suite des élections arméniennes. Dans ce contexte, estime-t-il, Bakou doit concentrer ses efforts sur la réalisation de deux objectifs stratégiques majeurs : l’ouverture du « corridor de Zanguezour » et l’accès de l’Azerbaïdjan aux ressources en eau du lac Sevan.
« En Arménie, on ne prend pas suffisamment en compte le fait que, pour l’Azerbaïdjan, assurer la liaison avec une partie de son territoire constitue un objectif stratégique. Le deuxième objectif stratégique est d’obtenir un accès au plus grand réservoir d’eau douce du Caucase du Sud, le lac Göycha », soutient l’ancien ministre des Affaires étrangères.
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