Bakou, qui présente Gandzasar et Dadivank comme faisant partie du patrimoine de l’Albanie du Caucase, accuse désormais la partie arménienne d’avoir transféré en Arménie des fresques, des khatchkars et d’autres biens culturels provenant de Dadivank.
Sabina Hajiyeva, cheffe du Service d’État azerbaïdjanais pour la protection, le développement et la restauration du patrimoine culturel, a affirmé que les informations concernant des fresques et des khatchkars retirés de Dadivank avaient été transmises à Interpol dès octobre 2025 et qu’elles avaient été intégrées à la base de données des « œuvres d’art volées ».
Selon la responsable azerbaïdjanaise, au moment du retrait des forces arméniennes de Kelbadjar après la guerre de 2020, des croix, des cloches et certaines fresques auraient été emportées de Dadivank vers l’Arménie, tandis que plusieurs peintures murales auraient été retirées des murs. Hajiyeva a également accusé la partie arménienne de présenter ces éléments à l’étranger comme des œuvres d’art arméniennes.
Bakou remet également en cause les travaux de restauration effectués par la partie arménienne à Dadivank. Selon Hajiyeva, des travaux ont été menés dans le complexe monastique entre 1997 et 2011 grâce à des financements de l’Arménie et de l’Église apostolique arménienne, puis, à partir de 2014, sur les fresques également. La responsable azerbaïdjanaise les a présentés comme des travaux ayant modifié l’aspect originel du monastère.
Cette déclaration intervient dans le contexte d’une nouvelle controverse autour du patrimoine culturel arménien du Karabakh. Le conseiller du président azerbaïdjanais, Hikmet Hajiyev, avait conduit des diplomates étrangers accrédités à Bakou à Gandzasar et à Dadivank, présentant ces deux complexes monastiques arméniens médiévaux comme appartenant au patrimoine de l’Albanie du Caucase.
Le Premier ministre Nikol Pachinian avait déclaré au Parlement que l’Arménie avait répondu à la question de l’origine arménienne de Gandzasar par l’intermédiaire du directeur du Matenadaran et qu’il jugeait « inutile » de débattre de la nécessité de prouver à l’Azerbaïdjan le caractère arménien du monastère.
Le directeur du Matenadaran, Ara Khzmalyan, avait auparavant affirmé que les manuscrits arméniens permettaient d’établir clairement l’origine arménienne de Gandzasar. Il avait également précisé que les manuscrits anciens originaux n’avaient jamais été conservés à Gandzasar : ceux qui y étaient exposés étaient des copies, tandis que les originaux sont conservés au Matenadaran.
Le secrétaire du Conseil de sécurité, Alen Simonyan, avait pour sa part déclaré avoir discuté avec Hajiyev de la situation autour de Gandzasar, tout en évitant de porter une appréciation politique sur les affirmations du responsable azerbaïdjanais. Il avait souligné que de tels différends ne devaient pas nuire au processus de paix.
Après les réactions de la partie arménienne, Hajiyev avait néanmoins réitéré les affirmations de Bakou, déclarant à Dubaï que le patrimoine chrétien présent au Karabakh était albano-caucasien et qu’il avait subi des modifications au fil des années.
Le Saint-Siège d’Etchmiadzine ainsi que des spécialistes du patrimoine culturel arménien ont à plusieurs reprises tiré la sonnette d’alarme depuis la guerre de 2020 et, plus particulièrement, depuis le déplacement de la population arménienne de l’Artsakh il y a trois ans. Ils dénoncent la destruction et la modification d’églises arméniennes, de cimetières et d’autres monuments au Haut-Karabakh, notamment ce qu’ils qualifient de processus d’« albanisation ».
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