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Le leader du parti d’opposition Arménie forte, Samvel Karapetian, poursuit en justice le premier ministre arménien pour insulte

Leader du principal bloc d’opposition arménien, Arménie forte, l’homme d’affaires russo-arménien Samvel Karapetian a intenté une action en justice au civil contre le premier ministre Nikol Pachinian, réclamant des excuses publiques pour l’insulte qu’il l’accuse d’avoir proférée à son encontre et la somme de 3 millions de drams (environ 8 250 $) au titre des réparations du préjudice causé.

Selon le système d’information judiciaire d’Arménie Datalex, Karapetian exige de Pachinian qu’il s’excuse pour les propos insultants qu’il aurait tenus à son encontre lors d’un discours prononcé en public le 29 mai dernier, soit quelques jours avant les législatives du 7 juin dont les résultats officiels, accordant une large victoire au parti Contrat civil de Pachinian, seront contestés par l’alliance de Karapetian, arrivée en deuxième position lors de ce scrutin qui la désigne comme la deuxième force du Parlement.

Les documents judiciaires ne précisent pas quels sont les propos qui auraient provoqué la poursuite engagée par Karapetian, lui-même sous le coup d’une décision de justice qui l’a conduit en prison en juin 2025 pour avoir pris publiquement la défense du catholicos contre lequel Pachinian  venait de lancer une violente campagne en vue de le déposer ; depuis décembre 2025, la justice a allégé le régime carcéral de Karapetian, qui a été assigné à résidence. Le 29 mai, Pachinian était dans la dernière ligne droite d’une campagne électorale au cours de laquelle il avait attaqué toujours plus violemment ses opposants politiques, dont Karapetian, l’ex-président Robert Kotcharian et le leader du parti Arménie prospère, Gaguik Tsarukian, qu’il désignait comme le « parti tricéphale de la guerre » et qu’il se jurait d’anéantir. Lors de l’un de ces meetings de campagne, Pachinian avait désigné Karapetian comme un “espion agissant contre l’Etat arménien”.

Karapetian demande que Pachinian présente ses excuses dans une video postée en direct sur Facebook.

La plainte a été déposée le 9 septembre et l’affaire a été confiée au juge Tigrane Grigorian magistrat au tribunal civil de Erevan. Aucune date n’a encore été fixée pour l’audience afférente.

Condamné lui-même par la justice il y a plus d’un an, Karapetian n’a cessé de contester l’accusation d’appel public à renverser par la force le gouvernement qui a été portée contre lui, au prétexte qu’il avait déclaré être prêt à « protéger le catholicos « à sa manière », alourdie par les charges portant sur des faits de blanchiment d’argent, de fraude à grande échelle et d’évasion fiscale. Le representant de l’opposition, qui a dû faire campagne depuis sa demeure de Erevan où il est en résidence surveillée depuis décembre, a rejeté les accusations comme politiquement motivées.

Karapetian avait intenté précédemment une action en justice contre l’ancien président du Parlement arménien Alen Simonian, qui, après le scrutin du 7 juin, a été nommé secrétaire du Conseil de sécurité d’Arménie ; le magnat avait demandé qu’il retire publiquement les propos qu’il avait tenus à son encontre sur Facebook et TikTok le 19 mai.

Karapetian réclame également quelque 6 millions de drams (environ 16 500$) à Simonian au titre des dommages-intérêts pour diffamation. Il exige de Simonian qu’il retire une déclaration par laquelle il proposait que les autorités compétentes devraient déterminer “dans quelle mesure il est légal pour un employé d’un service de renseignement étranger de fonder un parti politique dans la République d’Arménie et d’y faire de la politique” et qu’il reconnaisse que l’information était fausse et diffamatoire.

Un tribunal a aussi accepté une autre plainte déposée par Karapetian contre le parti Contrat civil au pouvoir et la Télévision publique d’Arménie.

Dans cette affaire, Karapetian demande la rétraction de déclarations faites dans une video de campagne électorale du Contrat civil diffusée par la Television publique le désignant comme un “oligarque” et l’accusant de “former un parti de la guerre à trois têtes”, “trompant et intimidant le peuple” “achetant des votes dans le but d’accéder au pouvoir”, “provoquant la guerre”, “éliminant l’indépendance de l’Arménie’” et enfin “êtant un espion étranger”.

Pachinian, de son côté, a engagé deux poursuites contre Karapetian. Dans l’une, le premier ministre exige la rétraction des propos tenus par le leader d’Arménie forte le 7 mai, l’autre portant sur des déclarations en date du 25 mai.

Lors d’une conférence de presse le 7 mai, Karapetian avait prétendu, entre autres choses, que Pachinian avait expérimenté des champignons très spéciaux en Chine provoquant des hallucinations et, selon les informations dont il dispose, il en aurait rapporté près d’une tonne en Arménie pour son usage personnel lors des points de presse ou lors de ses prises de parole depuis le perchoir de l’Assemblée nationale.

Dans l’autre procédure, Pachinian demande que Karapetian retire ses allégations selon lesquelles le premier ministre possèderait une maison au Canada.

Dans ces deux affaires, Pachinian réclame 6 millions de drams (16 500$) au milliardaire au titre des compensations pour les préjudices non-matériels qu’auraient causé ces propos diffamatoires, qui, pour les premiers d’entre eux, relatifs aux champignons hallucinogènes, relevaient plutôt de la dérision.

 

Des insultes à l’expropriation…

Dans un tout autre registre, Karapetian s’est retourné contre Pachinian et son gouvernement pour dénoncer la prise de contrôle de la compagnie d’électricité d’Arménie (Electric Networks of Armenia, ENA). Le gouvernement arménien avait mis la main sur ENA presque aussitôt après l’arrestation le 18 juin 2025, de son propriétaire ; il avait invoqué la mauvaise gestion du réseau électrique arménien par la pièce maîtresse de l’empire Karapetian en Russie, le groupe Tashir, dont ENA est une filiale. Rejetant ces accusations, Tashir en avait appelé à l’Institut d’arbitrage de la Chambre de commerce de Stockholm, dont le gouvernement arménien avait superbement ignoré les recommandations, relatives à une procédure négociée et concertée au terme d’une évaluation sérieuse. Et les propos tenus jeudi 10 août par le ministre de l’administration territoriale et des infrastructures Davit Khudatian debvant les journalistes du Service arménien de RFE/RL ne laissent pas de doute quant à la volonté du gouvernement d’exproprier une compagnie qui devrait être nationalisée. Le ministre a ainsi indiqué qu’il reviendra à un expert indépendant choisi par le gouvernement de déterminer la valeur de la compagnie, en précisant que si l’agence chargée de l’expertise sera arménienne, celle-ci n’a pas encore été choisie. Dans le même temps, son ministère publiait sur son site un plan cadre indiquant que ENA relevait d’un intérêt public majeur, laissant ainsi clairement comprendre que l’expropriation était inévitable. Quant aux compensations versées au propriétaire, s’il y en a, le rapport n’y fait pas allusion. Karapetian ne se contente en tout cas pas des précédentes offres proposées par le gouvernement, équivalant au ‘dram symbolique’ et semble décidé à réclamer des compensations devant les tribunaux.

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