Le 1er septembre, l’ambassadrice d’Azerbaidjan en France a publié sur son compte X, la lettre qu’elle a envoyé au maire de Paris pour protester contre l’installation des portraits des dix-neufs otages arméniens détenus à Bakou. Une façon claire de faire pression sur la ville et plus largement sur les autorités françaises en détournant la vérité. Voici ce que tout démocrate pourrait répliquer à la représentante de cette dictature qui veut dicter sa loi dans l’hexagone.
Madame l’Ambassadrice,
Votre réaction à l’exposition organisée dés aujourd’hui sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris appelle quelques rappels factuels.
On ne construira pas la paix entre Arméniens et Azerbaïdjanais en réécrivant l’histoire ni en faisant disparaître ceux qui l’ont vécue. La présence arménienne au Haut-Karabakh ne commence ni en 1988 ni avec la chute de l’URSS. Elle s’inscrit dans une histoire pluriséculaire, attestée notamment par un patrimoine religieux et culturel arménien ancien.
Surtout, il manque à votre récit un événement essentiel : la disparition presque totale de la population arménienne du Haut-Karabakh en septembre 2023. Celle-ci est intervenue après neuf mois de blocus et de graves pénuries y compris de denrées de première nécessité, puis à la suite de l’offensive militaire azerbaïdjanaise. Plus de 100 000 civils arméniens ont alors quitté le territoire en quelques jours. Freedom House décrit un processus de déplacement forcé résultant d’attaques, d’intimidations et de privations organisées par l’État azerbaïdjanais. Il s’agit ni plus ni moins d’une épuration ethnique.
Il est donc pour le moins paradoxal de présenter aujourd’hui l’Azerbaïdjan comme la victime de cette histoire en passant sous silence le sort de toute une population qui vivait au Karabakh et qui en a été chassée.
La paix et la réconciliation ne peuvent se réduire à la signature d’un document. Une véritable réconciliation exige des gestes concrets et, au premier rang d’entre eux, la libération des prisonniers arméniens encore détenus en Azerbaïdjan. On ne peut prétendre tourner la page d’un conflit tout en maintenant derrière les barreaux ceux qui en restent les otages. La libération des prisonniers est précisément l’un de ces gestes politiques et humanitaires capables de créer la confiance indispensable à une paix durable.
Or, loin de prendre cette voie, Bakou a choisi de juger par un tribunal militaire azerbaïdjanais et de condamner d’anciens responsables du Haut-Karabakh dans des conditions qui ont suscité de très graves critiques internationales. Amnesty International a ainsi qualifié le procès des seize Arméniens de « travesti » et estime que le fait que plusieurs civils aient été jugés devant une juridiction militaire soulève en lui-même de sérieuses inquiétudes au regard des garanties d’un procès équitable.
Dès lors, présenter les condamnations prononcées à Bakou comme la preuve définitive de la culpabilité de ces hommes revient précisément à éluder la question centrale : ont-ils bénéficié d’une justice indépendante et d’un procès équitable ?
Cette interrogation est d’autant plus légitime que l’Azerbaïdjan n’est pas une démocratie libérale dotée d’une justice reconnue pour son indépendance. Freedom House classe en 2026 le pays comme « Not Free », avec seulement 6 points sur 100, et lui attribue un score nul concernant l’indépendance de la justice et le respect des garanties procédurales. L’organisation décrit un régime autoritaire dans lequel le pouvoir est fortement concentré entre les mains du président Ilham Aliev.
Enfin, il convient de rappeler un principe simple : Paris est en France. Les citoyens français, y compris ceux d’origine arménienne, sont libres d’exprimer leur solidarité avec des prisonniers, de défendre leur mémoire et d’interpeller leurs élus. Ils n’ont pas à recevoir l’autorisation du gouvernement azerbaïdjanais pour organiser une exposition dans leur propre pays. A fortiori lorsque celui-ci est classé 171 sur 180 pays au classement sur la liberté de la presse établi par Reporters Sans Frontières.
Après des décennies de guerre, la réconciliation ne se construit pas par des procès contestés et le maintien en détention des représentants de l’ancien adversaire, mais par des actes d’apaisement, au premier rang desquels leur libération.
C’est aussi ce qui rend le discours actuel des autorités azerbaïdjanaises profondément contradictoire : on ne peut célébrer la paix d’une main et conserver des otages de l’autre. Ni les utiliser comme moyen de pression sur des gouvernements.
A l’attention de la Mairie de Paris @egregoire:
Les personnes condamnées par le tribunal militaire de Bakou, y compris les anciens responsables du régime fantoche dans la région de Karabakh de l’Azerbaïdjan ont été déclaré coupable de crimes de guerre &de crimes contre l’humanité pic.twitter.com/GeD7FjHTir— Leyla Abdullayeva (@LAbdullayevaMFA) September 1, 2026
