À propos des débats qui se poursuivent concernant le « corridor de Zanguezour », ce qui est assez étrange puisque tout a déjà été dit à maintes reprises sur cette question, permettez-moi de clarifier une nouvelle fois les choses.
Si le problème était de permettre aux pays voisins de traverser librement notre territoire sans mettre en danger la souveraineté et la sécurité de l’Arménie, il aurait fallu procéder comme suit : instaurer, pour les conducteurs de véhicules des pays voisins, un régime de transit sans visa, ou bien un régime de visas électroniques et de contrôle douanier électronique, qui leur aurait permis de franchir rapidement les frontières arméniennes sans porter atteinte à la souveraineté du pays.
Quant à l’argument selon lequel l’Arménie avait besoin de gagner de l’argent et d’attirer des investissements, la réponse est très simple. Il fallait conclure un contrat avec une entreprise privée d’un pays neutre, des États-Unis ou d’Europe, qui aurait construit le corridor et y aurait investi. Lorsqu’un contrat est conclu entre un État et une entreprise privée, celle-ci est soumise à la souveraineté et aux lois de l’État concerné (du moins, en théorie). En revanche, lorsqu’un contrat est conclu entre un État et un autre État, cela signifie une perte de souveraineté pour le premier, puisque le second acquiert alors des droits sur son territoire. Et l’Arménie aurait dû conserver une participation majoritaire, supérieure à 50 %, et non 26 %.
Et troisièmement. Des centaines de milliers de kilomètres de voies ferrées et de routes traversent l’ensemble de l’Asie centrale, du Moyen-Orient, du Caucase, de l’Afrique et d’autres régions. À lui seul, le projet chinois « Une ceinture, une route » concerne plus de 140 États. Tous ont accordé le passage de routes sur leur territoire, mais aucun n’a accepté de supprimer les contrôles des passeports et des douanes à ses frontières et de mettre ses gardes-frontières dans un placard, dans l’arrière-salle. Aucun.
Et enfin. Après la perte de Meghri, l’Arménie perdra sa frontière avec l’Iran, une frontière qui l’a sauvée durant les années difficiles des années 1990. Quant au Syunik, il se retrouvera encerclé sur trois côtés. Le Syunik deviendra un deuxième Artsakh, et la route autour de Tigranashen, un deuxième corridor de Latchine. Mais contrairement aux habitants de l’Artsakh, qui ont souffert de la faim pendant neuf mois et qui, au grand mécontentement de ce régime et de son électorat, ne sont malheureusement pas morts, les habitants du Syunik ont eux-mêmes voté en faveur de cette situation. Voilà tout.
Arthur Khachikyan, politologue
