Les États-Unis soutiennent « la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance de l’Arménie, y compris son droit de déterminer sa politique étrangère et ses relations internationales ». C’est ce qu’a déclaré un porte-parole du Département d’État américain dans un commentaire exclusif accordé à Radio Liberté.
Répondant aux questions concernant les informations faisant état d’ingérences étrangères dans les élections du 7 juin ainsi qu’aux mises en garde formulées par plusieurs parlementaires américains, le Département d’État a souligné que l’avenir politique de l’Arménie ne devait être décidé que par les citoyens arméniens.
« Nous sommes au courant des informations relayées par les médias concernant des tentatives d’ingérence extérieure dans les processus politiques arméniens. Le peuple arménien a le droit de choisir ses dirigeants et de construire son avenir », a déclaré le porte-parole américain.
Le projet TRIPP au cœur du partenariat arméno-américain
Le Département d’État a également mis en avant l’importance croissante des relations entre Erevan et Washington ainsi que du projet TRIPP, dont l’accord-cadre a été signé hier par le ministre arménien des Affaires étrangères, après avoir été paraphé quelques jours plus tôt par le secrétaire d’État américain.
« L’accord est désormais prêt à être ratifié », avait déclaré le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan.
Selon le porte-parole du Département d’État :
« Comme l’a démontré la récente visite du secrétaire d’État à Erevan, le projet TRIPP revêt une importance stratégique et durable pour apporter la paix et la prospérité à l’Arménie ainsi qu’au Caucase du Sud. »
Rubio évoque les inquiétudes de Washington face aux actions de Moscou
Plus tôt dans la semaine, lors d’une audition devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, le secrétaire d’État Marco Rubio avait souligné les préoccupations de l’administration Trump concernant les activités russes en Arménie.
« Les Russes ne sont pas particulièrement satisfaits de notre implication », avait déclaré Rubio, ajoutant :
« Je pense qu’il existe des preuves montrant qu’ils souhaiteraient voir l’actuel Premier ministre perdre les élections en raison du rapprochement croissant avec les États-Unis. »
Tout en soulignant que les relations entre Washington et Erevan avaient atteint un niveau sans précédent, Rubio avait insisté sur le fait que l’objectif américain n’était pas d’éloigner l’Arménie de ses autres partenaires, mais de soutenir sa capacité à mener une politique étrangère indépendante.
« Pour le dire simplement, nous ne sommes pas là pour porter atteinte à la souveraineté de l’Arménie. Nous ne leur demandons pas de rompre leurs relations avec d’autres pays. Nous souhaitons simplement avoir des relations avec eux. »
Des accusations d’ingérence russe
Ces déclarations interviennent alors que plusieurs informations publiées ces dernières semaines affirment que les services de renseignement et des responsables occidentaux auraient constaté une intensification des efforts russes visant à empêcher la réélection de Nikol Pashinyan.
Selon une enquête publiée fin mai par Reuters, Moscou craindrait qu’une victoire de Pashinyan ne renforce davantage le rapprochement de l’Arménie avec l’Occident, affaiblissant encore l’influence russe dans le Caucase du Sud.
S’appuyant sur des documents et les témoignages de cinq responsables occidentaux du renseignement, Reuters affirmait qu’une campagne russe aurait visé à renforcer la position de candidats jugés proches du Kremlin. L’agence évoquait également des discussions autour d’un projet consistant à faire revenir en Arménie des Arméniens vivant en Russie afin qu’ils votent contre Pashinyan.
Selon cette publication, les autorités russes auraient estimé qu’il faudrait environ 50 millions de dollars pour transporter quelque 100 000 électeurs vers l’Arménie.
Reuters précisait toutefois ne pas avoir été en mesure de déterminer si ce projet avait effectivement été mis en œuvre ni s’il aurait été suffisant pour réduire l’écart entre les principaux candidats.
Les experts occidentaux relativisent l’impact de Moscou
Interrogés par Radio Liberté, plusieurs analystes occidentaux ont estimé que la Russie considérait sans aucun doute le rapprochement de l’Arménie avec l’Occident comme un défi stratégique.
« Il existe de nombreuses preuves documentées montrant que les réseaux de désinformation russes et les médias russes sont extrêmement actifs à propos des élections arméniennes », a déclaré Michael Hikari Cecire, chercheur en défense et sécurité au sein du centre de réflexion américain RAND.
L’expert a toutefois souligné que ces efforts produisaient souvent des effets limités et qu’ils étaient peu susceptibles de modifier radicalement l’issue du scrutin.
« Les derniers sondages montrent que la confiance dans les efforts du gouvernement arménien pour régler les conflits demeure relativement forte, tandis que le scepticisme envers la Russie persiste. Cela montre que la population arménienne est de moins en moins réceptive aux campagnes informationnelles russes. »
Selon lui, l’objectif stratégique de long terme du Kremlin demeure d’empêcher l’Arménie de se rapprocher davantage des institutions occidentales.
« La Russie cherche sans aucun doute à maintenir l’Arménie dans ce qu’elle considère comme sa sphère d’influence, notamment en entravant les rapprochements européens d’Erevan. »
Le même constat est partagé par Andrew D’Anieri.
« À ce stade, je n’évalue pas très haut l’efficacité de la stratégie d’ingérence russe », a-t-il déclaré à Radio Liberté, avant d’ajouter :
« Il est parfaitement exact que Moscou souhaite la défaite de Pashinyan et qu’elle utilise pour cela toutes sortes de moyens de pression contre l’Arménie : économiques, informationnels, diplomatiques et autres. »
Selon D’Anieri :
« Les États-Unis et l’Union européenne font aujourd’hui beaucoup pour favoriser la prospérité, la paix et la démocratie en Arménie. Désormais, c’est aux Arméniens de décider qui ils souhaitent élire. »
À la veille du scrutin, le message de Washington demeure donc clair : l’avenir de l’Arménie doit être déterminé par les Arméniens eux-mêmes.
