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Une centaine de camions arméniens sont bloqués depuis plusieurs jours à l’entrée du territoire russe

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©armenews.com

À deux semaines des élections en Arménie, la Russie impose des restrictions économiques au pays en interdisant l’accès de plusieurs produits arméniens à son marché.

Près d’une centaine de camions arméniens sont bloqués depuis plusieurs jours à l’entrée du territoire russe. Les chauffeurs, forts de leur expérience, y voient une pression politique.

« Il y a parmi les cargaisons du cognac arménien. Cela fait déjà trois ou quatre jours que les documents n’arrivent pas. Certains attendent l’inspection, d’autres le renvoi », a déclaré l’un des chauffeurs à Radio Azatutyun.

« Tout cela est un avertissement sur ce qui nous attendrait si nous choisissions une autre voie », affirme un autre conducteur.

Ces derniers temps, les responsables russes exhortent presque quotidiennement l’Arménie à choisir rapidement entre l’Union européenne et l’Union économique eurasiatique. Erevan ne se presse toutefois pas et affirme que le moment de prendre une décision n’est pas encore venu. À la fin de cette semaine, le Conseil suprême de l’UEEA se réunira à Astana, où, selon des responsables russes, la question du statut de l’Arménie sera abordée. En pleine campagne électorale, le Premier ministre Nikol Pachinian n’y participera pas : c’est le vice-Premier ministre qui se rendra au sommet.

Pendant ce temps, des agents du Rosselkhoznadzor russe sont présents depuis plusieurs jours en Arménie. Avec leurs homologues arméniens, ils inspectent huit serres et quatre exploitations piscicoles. Selon Moscou, des corps étrangers auraient été détectés dans certaines fleurs exportées, tandis que les truites arméniennes présenteraient un poids suspect.

« La conformité des produits phytosanitaires et piscicoles exportés d’Arménie vers la Russie avec les exigences législatives de l’UEEA sera vérifiée. Une fois les inspections terminées, les résultats seront synthétisés et transmis à la partie arménienne », a indiqué à Radio Azatutyun Anouch Haroutiounian, porte-parole de l’Inspection de sécurité alimentaire.

Les chauffeurs arméniens bloqués à la frontière russe expliquent que les camions ont été déplacés vers une zone douanière temporaire située dans le village de Tchmi, à environ cinq kilomètres du poste-frontière de Verkhni Lars, afin de libérer le passage principal pour les autres véhicules.

« Je n’ai toujours pas mes documents, une situation artificielle a été créée. J’ai l’impression qu’on laisse volontairement les cargaisons se détériorer. Quand on s’adresse aux autorités, personne ne veut répondre : “Attendez, attendez, attendez…” Sous mes yeux, ils ont renvoyé cinq camions de fleurs, deux de fraises et un de poisson », raconte anonymement l’un des chauffeurs.

Selon lui, environ 190 tonnes de poivrons transportées par une dizaine de camions devaient être exportées vers la Russie. Pourtant, malgré les contrôles phytosanitaires passés avec succès en Arménie, les cargaisons ont été refusées.

« Nous étions neuf camions appartenant au même exportateur. Tous les autres ont reçu un ordre de retour vers l’Arménie. Pourtant, ces véhicules avaient obtenu en Arménie les certificats attestant l’absence de maladies dans les légumes. Si l’on me renvoie maintenant, je ne serai pas de retour avant cinq jours. Après onze jours, dans quel état seront les poivrons ? », explique le chauffeur.

La Russie a déjà suspendu l’importation de fleurs arméniennes, de l’eau minérale « Jermuk » ainsi que de boissons alcoolisées produites par plusieurs entreprises.

Le député d’opposition Garnik Danielian a également affirmé aujourd’hui que l’Inspection de sécurité alimentaire arménienne avait renvoyé des cargaisons de fraises destinées à la Russie via le poste-frontière de Bagratashen, au motif que des substances interdites auraient été détectées. L’organisme arménien a répondu qu’il s’agissait de procédures habituelles et non d’une situation exceptionnelle.

Pendant ce temps, les transporteurs arméniens bloqués pour une durée indéterminée à la frontière russe comptent leurs pertes et dénoncent les conséquences économiques des tensions politiques.

« Ce sont clairement des pressions politiques. »

« Nous avons compris que cela est lié aux élections en Arménie… Ils essaient d’influencer le scrutin à travers les transporteurs routiers. »

L’année dernière, l’Arménie a exporté pour 53 millions de dollars de fleurs, principalement vers la Russie. Il y a cinq ans, ces exportations ne représentaient que 7,4 millions de dollars.

Hier, le Premier ministre Pachinian a évoqué comme alternative la route Akhalkalaki-Kars, affirmant qu’elle était déjà ouverte aux exportations et importations, à l’image de la route passant par l’Azerbaïdjan.

Même si Pachinian présente cela comme un événement majeur pour l’économie du pays, les transporteurs estiment qu’il faudra du temps pour juger de son efficacité. Selon eux, la Russie demeure à ce jour le marché le plus proche et le plus important. Certains pensent toutefois que les déclarations sur les marchés alternatifs pourraient contribuer à réduire les tensions.

« Tout le monde comprend que sans le marché russe, notre économie ne pourra écouler ces produits nulle part ailleurs. »

« S’il existait une véritable alternative, leur attitude changerait peut-être aussi. La situation devient chaque jour plus difficile. »

L’Europe est loin, expliquent-ils, et les problèmes logistiques restent nombreux. La concurrence y est également très forte.

« Par exemple, où exporterions-nous des fleurs alors que la bourse mondiale du secteur se trouve aux Pays-Bas ? C’est là-bas que tout le monde achète les fleurs, les plants et les graines. Où allons-nous exporter ? Et ces poivrons, quel pays nous les achètera ? L’Europe dispose déjà de pays comme l’Espagne, la Grèce ou l’Italie pour approvisionner son marché en légumes. »

L’un des chauffeurs bloqués depuis des jours à la frontière raconte enfin que lorsqu’ils demandent des explications précises aux douaniers russes, ceux-ci répondent non pas par des mots mais par un geste lourd de sous-entendus.

« Quand on demande au douanier : “Pourquoi tout cela ?”, il ne dit pas un mot, il sourit et fait un cœur avec les mains. Nous laissons chacun interpréter ce que signifie ce cœur. Ce n’était pourtant pas du vin que je transportais pour qu’il me fasse ce geste parce qu’il m’appréciait… »

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