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RSF : l’Arménie a reculé dans le classement de la liberté de la presse, passant de la 34ᵉ à la 50ᵉ place.

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©armenews.com

Le journalisme, en tant que profession, est dévalorisé en Arménie et exposé à des discours de haine selon le dernier rapport de Reporters Sans Frontières publié le 31 avril. La rhétorique de l’élite politique, accusant les médias de « corruption » ou de servir des intérêts adverses, entrave le travail des journalistes. Ceux-ci sont poursuivis en justice pour injure et diffamation, souligne le rapport.

« Les journalistes sont fréquemment soumis à des pressions, des insultes et des violences, aussi bien de la part de responsables du parti au pouvoir que de figures de l’opposition et de leurs partisans, que ce soit au Parlement, dans la rue ou sur les réseaux sociaux », insiste l’organisation.

Reporters sans frontières note également que, de manière générale, les violences à l’encontre des journalistes restent impunies.

Selon le président du Club de la presse d’Erevan, Arthur Papian, il existe objectivement un recul de la liberté d’expression en Arménie.

« L’indicateur que nous avons aujourd’hui est plus proche de la réalité que ce à quoi je m’attendais déjà l’an dernier », a-t-il déclaré dans un entretien avec Radio Free Europe/Radio Liberty.

Il a précisé que la méthodologie de RSF repose notamment sur des questions adressées aux acteurs du paysage médiatique : augmentation ou diminution des poursuites judiciaires contre les médias, ciblage public des organes de presse, etc. « Lorsqu’il y a davantage de pressions et de procédures, l’indicateur baisse mécaniquement, ce qui explique la situation actuelle », a-t-il souligné.

L’organisation internationale met également en cause le gouvernement, accusé de restreindre l’accès à l’information officielle : les réponses aux demandes sont tardives, voire inexistantes.

Malgré ces critiques, les autorités affirment régulièrement que la presse est aujourd’hui libre, au moins vis-à-vis du pouvoir. Le Premier ministre Nikol Pachinian a récemment déclaré lors d’un point presse :
« Si je ne suis plus Premier ministre, vous n’aurez plus de travail dans quatre heures ; vous devrez aller sur les marchés de fichiers pour gagner votre pain. »

Il a également affirmé :
« Vous ne pouvez tout simplement pas ne pas voter pour nous aux élections législatives de 2026, car dans le cas contraire, vous serez au minimum au chômage, et au maximum menacés d’invalidité — peut-être légère — si vous continuez à exercer votre liberté d’expression comme vous le faites aujourd’hui. »

Arthur Papian observe néanmoins que, ces derniers mois — sans doute en lien avec les élections à venir — les autorités se montrent plus ouvertes, tout en continuant à éviter les médias qui leur sont défavorables et à les critiquer. Il cite notamment les attaques visant Hetq, qualifié de « presse jaune » malgré son appartenance au réseau OCCRP, ou encore le ciblage de Radio Azatutyun.

Pour Aram Abrahamian, rédacteur en chef de longue date du quotidien Aravot, l’argument selon lequel « on peut parler librement puisqu’on ne nous empêche pas de le faire » n’est pas recevable :
« Nous ne devons pas être reconnaissants à chaque instant de ne pas être fusillés », a-t-il déclaré.

Il dénonce également une nouvelle forme de pression : l’étiquetage. « Une forme de “paranoïa de l’espionnage” s’est installée, avec des récits de guerre hybride. Cela ne vise pas uniquement les journalistes, mais alimente une atmosphère d’intolérance où les critiques sont assimilés à des ennemis, internes ou externes », explique-t-il.

La veille, le Comité pour la protection de la liberté d’expression a publié des données pour janvier-mars, indiquant que la majorité des cas d’insultes, de menaces et d’entraves au travail des journalistes — 7 sur 8 — proviennent des autorités. Sur les 14 nouvelles actions en justice recensées, toutes pour diffamation ou injure, 6 émanent de responsables publics, 2 d’acteurs économiques, 2 de journalistes, 1 d’un opposant et 3 de personnes liées à ce dernier.

Enfin, Reporters sans frontières attribue la polarisation des médias à celle du champ politique :
« De nombreux médias sont proches des dirigeants apparus après 2018, tandis que d’autres restent fidèles aux anciens oligarques. Seuls quelques médias peuvent être considérés comme indépendants. »

Parmi ces derniers, l’organisation cite Radio Azatutyun (RFE/RL), CivilNet, Hetq et Factor TV, soulignant leur rôle de contre-pouvoir indépendant.

A noter : selon le classement l’Azerbaïdjan est passé de la 167e à la 171e place ; la Géorgie, de la 114e à la 135e.

Reprinted with permission from RFE/RL Copyright(c)2007 Radio Free Europe / Radio Liberty, Inc.1201 Connecticut Ave, t N.W. Washington DC 200

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