Dans un nouvel ajustement de son dispositif de sanctions contre Moscou, l’Union européenne a décidé d’inscrire la banque azerbaïdjanaise Yelo Bank sur sa liste noire, tout en levant, simultanément, les sanctions visant cinq navires liés à l’Azerbaïdjan. Ces décisions s’inscrivent dans le cadre du vingtième paquet de mesures adopté par Bruxelles contre la Russie, annoncé jeudi.
Les sanctions contre Yelo Bank doivent entrer en vigueur le 14 mai. Selon la Commission européenne, l’établissement est accusé d’avoir contribué à contourner les restrictions imposées à Moscou depuis le début de la guerre en Ukraine, notamment en facilitant l’accès au système de messagerie financière russe. Ce réseau, alternative nationale au système SWIFT, est au cœur des dispositifs permettant à certaines entités russes de maintenir des flux financiers malgré les sanctions occidentales.
Fondée au début des années 2000 sous le nom de Nikoil Bank, Yelo Bank opère en Azerbaïdjan depuis plus de deux décennies. Selon des informations relayées par des médias officiels azerbaïdjanais, elle a entretenu des liens avec des groupes financiers et énergétiques d’envergure, dont LUKOIL. La structure de son actionnariat demeure toutefois partiellement opaque : dans son rapport annuel 2025, la banque n’a pas divulgué l’identité de ses bénéficiaires effectifs.
Dans un communiqué diffusé vendredi par un média proche du pouvoir, l’établissement a assuré respecter « les régimes de sanctions du département du Trésor américain, de l’Union européenne et des Nations unies », ainsi que les normes internationales en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Yelo Bank affirme coopérer avec les autorités compétentes et se dit convaincue qu’un « malentendu » sera rapidement dissipé.
Assouplissement sur fond de « flotte fantôme »
Parallèlement, l’Union européenne a décidé de retirer onze navires de sa liste de sanctions, dont cinq appartenant à des entités azerbaïdjanaises. Ces bâtiments avaient été sanctionnés en juillet 2025 pour leur implication présumée dans le transport de pétrole russe, dans le cadre de ce que les autorités occidentales qualifient de « flotte fantôme » — un ensemble de navires utilisés pour contourner les restrictions sur les exportations énergétiques de Moscou.
Selon la presse azerbaïdjanaise, ces navires sont liés à la Azerbaijan Caspian Shipping Company (ASCO) et à la compagnie pétrolière publique SOCAR. Dans un communiqué publié vendredi, ASCO a salué une décision rendue possible, selon elle, « grâce à des efforts diplomatiques et juridiques coordonnés » impliquant plusieurs institutions gouvernementales.
Bruxelles justifie ce retrait en indiquant que les propriétaires concernés ont pu démontrer leur retour à la conformité avec les régimes de sanctions. Une évolution qui illustre la complexité du suivi de ces mesures, dans un contexte où les circuits de contournement se recomposent en permanence.
Cette levée partielle ne signifie toutefois pas un retour à la normale pour ces navires. Plusieurs d’entre eux restent sous le coup de sanctions imposées par d’autres juridictions, notamment le Royaume-Uni, qui a adopté des mesures similaires en mai 2025, ainsi que le Canada, qui a sanctionné plus d’une centaine de bâtiments soupçonnés de participer aux réseaux de transport pétrolier russes.
Entre durcissement ciblé et assouplissements conditionnels, l’Union européenne poursuit ainsi une stratégie d’ajustement fin de ses sanctions, cherchant à maintenir la pression sur Moscou tout en tenant compte des évolutions du terrain économique et des contestations juridiques.
