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L’actualité arménienne de ces derniers jours, marquée par les attaques de Nikol Pachinian contre le Catholicos, l’arrestation pour des motifs différents de Samvel Karapétian et de deux évêques, Mgr Bagrad et Mgr Mikaël, a naturellement entraîné un certain nombre de réactions dans la diaspora, dont celle de France.
Et comme il est désormais de coutume, depuis environ cinq ans, ces prises de position provoquent leur lot de critiques, venant singulièrement toujours du même petit cercle de personnes, issues d’une même mouvance historique et se caractérisant par une hostilité déclarée à la coprésidence actuelle du CCAF.
Pour résumer, ces contempteurs, qui se présentent comme des « amis de l’Arménie », ce qui laisserait entendre que les objets de leur courroux ne le seraient pas, contestent le droit aux dirigeants de l’instance représentative des associations arméniennes de France de critiquer certaines mesures du gouvernement arménien.
Deux raisons sous-tendent leurs argumentaires :
A) Ces critiques publiques contre les autorités arméniennes terniraient l’image du pays.
B) Elles impliqueraient tout un pan du monde associatif, qui ne se reconnaîtrait pas dans ce positionnement.
Solution préconisée pour résoudre le problème : obtenir la démission des fauteurs de troubles. Ce qui correspond, comme par hasard, aux vœux du Haut Commissaire à la Diaspora qui, dans le contexte de l’entreprise de déstabilisations générale, s’évertue depuis juin 2021 à fragiliser le CCAF et à tenter de déboulonner sa direction au profit de personnalités plus malléables.
Lorsque l’on a affaire à ce type de polémique, la première question est de se demander d’où parlent leurs auteurs. Ce ne sera pas leur faire injure que de rappeler qu’ils viennent, pour les plus virulents, d’une mouvance qui pendant 80 ans a préconisé exactement le même positionnement vis-à-vis de l’Arménie soviétique. A savoir celui d’un alignement sans faille sur la dictature stalinienne.
Toute dénonciation de la situation, tout soutien aux dissidents, toute défense des libertés, étant proscrits, au nom des intérêts supérieurs de la patrie, dont il ne fallait surtout pas « ternir l’image ». Une formule qui visiblement a traversé le temps… Bien sûr et heureusement, l’Arménie indépendante n’a rien à voir avec le système soviétique. Il n’en demeure pas moins que l’expérience des 34 dernières années montre qu’elle en porte certains stigmates. Pour faire court, on en retiendra deux.
Tout d’abord un tropisme autoritaire qui n’a épargné, peu ou prou, aucun des régimes qui se sont succédé depuis 1991. On ne recensera pas ici tous les épisodes navrants de cette tendance de fond, ils sont facilement identifiables. Ensuite une volonté, plus ou moins affirmée, de contrôler politiquement la diaspora, dont on veut bien du soutien, des subsides, mais dont on se passe des commentaires…
Cette logique a été jugée par l’Histoire avec la chute du mur de Berlin : le silence (toujours complice) à l’égard des atteintes aux droits de l’homme ou des exactions de n’importe quel Etat ne saurait constituer une option, du point de vue des normes démocratiques.
En irait-il autrement du point de vue de l’intérêt national ? La cause là aussi est entendue. L’autocensure pratiquée par toute une frange de la diaspora du temps de l’Union soviétique, si elle a pu correspondre sur le moment aux souhaits du régime, a-t-elle pour autant servi le pays ? On en doute. Et, ce qui était erroné hier, l’est encore plus aujourd’hui, en ces temps de mondialisation, d’autoroutes de l’information, de réseaux sociaux.
Qui peut aujourd’hui prétendre restreindre la liberté d’expression (dans le cadre des lois), alors que le débat surfe en « direct live » sur l’ensemble de la planète, à l’exception des États totalitaires ? D’ailleurs, le Premier ministre ne se prive pas de donner « l’exemple » en faisant de sa page Facebook – réseau social transnational s’il en est- son principal vecteur de communication. Il aurait le droit de défendre sa ligne politique dans le monde entier, mais il serait interdit de porter la contradiction hors du sol national ? Étrange paradoxe. Et surprenant archaïsme. A fortiori pour des partisans revendiqués de l’adhésion de l’Arménie à l’UE et à ses valeurs…
En dehors de cette question de principe, reste à s’interroger sur le deuxième grand argument du groupe de dénigreurs, beaucoup plus terre à terre, mais récurrent : les prises de position de tel ou tel représentant du CCAF – toujours au cœur de leurs préoccupations ! -, compromettraient indûment les autres membres de l’organisation, à leur corps défendant. Là aussi le propos est spécieux.
Imposer en tout domaine la dictature du consensus, dans une fédération d’associations aux opinions aussi hétéroclites, reviendrait à prôner la paralysie. Cette exigence interdirait de plus toute intervention politique dans le champ national français, toute formulation d’un choix étant par définition sélective et excluante. Là encore le débat et la démocratie interne, dans le cadre des statuts, doivent s’imposer. Rien n’empêche bien sûr l’expression d’un désaccord. Personne ne s’en prive, d’ailleurs. D’autant moins que la majorité n’a jamais empêché personne de faire valoir son opposition. C’est plutôt le contraire qui se produit…
Ce droit de la minorité doit-il de surcroit s’accompagner d’un chantage permanent à la scission, d’ultimatums, d’un gel de participation, de demandes publiques de démission ? Bref de la fragilisation d’un outil auquel l’Arménie doit tant, par ailleurs, dans le domaine de la solidarité que lui apporte la France ?
On le voit, cette agitation systématique depuis cinq ans a une apparence et une réalité… En apparence, il s’agit de défendre l’Arménie. En réalité, il s’agit de soutenir un régime et de se faire le relais de ses desiderata. Cette posture n’a rien de condamnable. Encore doit-elle s’assumer en tant que telle, et non à travers une typologie aussi démagogique que manichéenne qui place les amis de l’Arménie d’un côté, et les critiques du régime de l’autre. Une dichotomie binaire, inacceptable et désobligeante.
Le tout mis en musique, il faut bien le dire, par des ex-prétendants battus à la présidence du CCAF. Il n’est pas pire qu’un amour déçu…
Comment régler ces contradictions ? Pour répondre à cette situation, le CCAF s’est doté de nouveaux statuts qui prévoient l’élection d’un quart à un tiers – ce sera selon le nombre de votants – des membres de son conseil national au suffrage universel. Ce qui devrait permettre d’arbitrer les différences. Pour peu que tout le monde accepte de jouer le jeu….démocratiquement.
Ara Toranian