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Serge Avédikian : « Il y a des liens qui ne s’expliquent pas »

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©armenews.com

« Un seul être vous manque et un peuple se dépeuple » : c’est par ces mots que le réalisateur et comédien Serge Avédikian a rendu hommage sur Twitter à Charles Aznavour, qu’il a si souvent rencontré. Retour sur une relation particulière entre les deux hommes, avant que ne soit diffusé le 6 octobre sur France 24 un épisode spécial du Paris des Arts, tourné à Erevan.

Nouvelles d’Arménie Magazine : Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Charles Aznavour ?
Serge Avédikian :
Oui, j’étais alors jeune comédien et lui avait le projet de faire une série sur les Arméniens pour la télévision, réalisée par Denys de la Patellière. Il m’a reçu dans un appartement très simple, à l’image de sa propre simplicité. J’ai été étonné qu’il me traite ainsi d’égal à égal. Il était sensible à ce qu’on pouvait lui dire, il avait une vraie réceptivité par rapport aux commentaires sur sa création artistique. Il m’avait également demandé ce que j’étais en train de faire actuellement, je lui avais alors parlé de ma découverte de l’auteur André de Richaud et de mon envie de faire un auteur sur cet auteur maudit. Je n’oublierai pas sa réponse : « Tu aimes les maudits, toi !« . J’aimais la poésie, et lui aussi à sa façon : c’est ce qui nous a rapproché.

NAM : Après cette rencontre, il y en a eu beaucoup d’autres…
S. A. :
Il aimait que je lui parle d’Arménie. Et il se trouve que nous avons eu pendant une époque le même agent, ce qui m’a permis de lui montrer Sans retour possible, à une époque où rien n’avait encore été fait sur l’Arménie. Après la projection, il était abasourdi : « Tu oses montrer cela à la télévision ?« , m’a-t-il demandé. Avant de me donner les droits de la chanson Que c’est triste Venise pour que je l’inclus dedans. Nous avons eu des entretiens réguliers après, mais le vrai tournant, c’est bien sûr le tremblement de terre. Je me souviens très bien de son appel, paniqué, le 8 décembre à 9h du matin : « Qu’est-ce qu’on fait ?« . Il m’a par la suite invité à participer au disque, Pour toi Arménie.

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Serge Avédikian avec Osman Kavala (actuellement en prison en Turquie). Sur le téléphone : Charles Aznavour.

NAM : Aviez-vous d’autres projets en cours ensemble ?
S. A. :
Il y a deux choses que je regrette que nous n’ayons pas pu faire ensemble. Tout d’abord, le téléfilm qui nous a permis de nous rencontrer, qui n’a jamais réussi à voir le jour. Ensuite, je lui avais proposé de chanter à la frontière turque, avec des haut-parleurs qui diffuseraient la musique de part et d’autre. Il n’y avait que lui pour un tel projet. Il était partant, mais sa condition était de recevoir une invitation officielle, du ministère de la Culture par exemple. Osman Kavala était d’accord pour organiser ce concert, mais n’a bien sûr jamais pu avoir les autorisations officielles. C’est dommage, car c’était une idée très fédératrice.

NAM : Quelle image garderez-vous de lui, et quelle chanson ?
S. A. :
L’image de quelqu’un d’extrêmement bienveillant, avec qui on pouvait discuter des choses. Il y a des liens qui ne s’expliquent pas, qui ne gravitent que sur l’orbite de l’art. Dans mon dernier film, Celui qu’on attendait, il y a une scène où deux personnages sont en train de discuter : l’un parle d’Aznavour en disant quelque chose comme « Pour une fois qu’on a une star à l’international, tu ne vas pas t’en plaindre« , l’autre (interprété par Patrick Chesnais) lui répond « Tu vas arrêter de nous faire chier avec lui !« . Je l’avais bien sûr montré à Charles avant, et ça l’avait fait beaucoup rire. Il m’a même laissé les droits d’Emmenez-moi pour le générique final.
Mais je crois que si je ne devais citer qu’un titre, ce serait probablement Les Comédiens. En Arménie soviétique, quand on n’avait pas de lecteur CD comme moi, la seule façon d’écouter de la musique était de capter les chansons clandestines émises par la télévision, et j’ai tout de suite trouvé ça beau qu’on puisse ainsi rendre hommage aux artistes comme dans ce titre.

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Restaurant entre les deux artistes, en avril 2016 à Erevan.

NAM : Un dernier mot ?
S. A. :
Je suis allé à Erevan en septembre, avec les équipes de France 24 pour tourner un épisode du Paris des Arts. Je leur ai montré la place Charles Aznavour, et j’y ai parlé de lui. Nous ne pouvions bien sûr par prévoir ce qui allait se passer. Ils ont changé le montage, et l’épisode sera diffusé le 6 octobre sur France 24. Un DVD de ces 17 minutes sera également diffusé lors du Sommet de la Francophonie.
D’ailleurs, j’ai parlé il y a peu avec Jonathan Lacôte, ambassadeur de France en Arménie. Il tenait à coeur à Charles Aznavour qu’une maison culturelle arménienne voit le jour à Paris : ce qui est beau dans cette histoire de « 100% » dont il parlait si souvent, c’est que ce sera finalement le sens inverse qui sera fait pour l’instant puisque la Fondation Aznavour en Arménie va devenir l’Institut français au moment du Sommet. C’est un bel aboutissement pour Charles : ce sera un lieu non pas figé mais interactif, vivant.

Propos recueillis par Claire Barbuti

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