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Pachinian rend l’opposition et des organisations de la diaspora arménienne responsables de l’intransigeance de Bakou

Dans une violente diatribe lancée jeudi 25 juin, le premier ministre arménien Nikol Pachinian a accusé l’opposition et des organisations de la diaspora arménienne d’avoir provoqué les exigences réitérées par l’Azerbaïdjan, singulièrement celle relative au retour massif en Arménie des citoyens azéris qui y vivaient à l’époque soviétique. Durant sa campagne électorale, dont le principal argument était la promesse d’une paix durable avec l’Azerbaïdjan telle qu’elle avait été encouragée et validée par le président Trump lors de la rencontre trilatérale de la Maison Blanche, le 8 août 2025, Pachinian avait pourtant dénoncé comme une fake news les allégations de l’opposition, à commencer par son principal adversaire, le parti Arménie forte du magnat russo-arménien Samvel Karapetian, selon lesquelles son gouvernement aurait conclu un accord secret avec Bakou en vue du retour de centaines de milliers d’Azéris en Arménie.

Pachinian avait récusé l’existence d’un tel accord, en occultant du même coup l’exigence de Bakou concernant le droit au retour des Azéris, pourtant réitérée par le régime azéri, même après le sommet de Washington qui l’avait pourtant incité à se montrer moins agressif à l’encontre de l’Arménie, et surtout de Pachinian, dont il souhaitait presque ouvertement la victoire.

Une victoire qui n’est toutefois pas assez écrasante, aux yeux de Pachinian comme d’Aliev, qui déplorent le maintien d’une opposition que le leader arménien entendait éradiquer et qui, selon des résultats officiels dont elle conteste d’ailleurs la légitimité, en invoquant les nombreuses irrégularités qui auraient entaché le scrutin, disposerait de suffisamment de sièges au nouveau Parlement à l’œuvre pour priver le parti Contrat civil de la majorité requise pour voter certains texte, dont celui relatif au changement de la Constitution arménienne, auquel Bakou conditionne l’instauration d’une paix réelle… Entre autres conditions, puisque dans les jours qui ont suivi le scrutin législatif arménien du 7 juin, le régime de Bakou a renoué avec sa rhétorique belliqueuse visant l’Arménie en réitérant cette autre condition de la paix qu’est le retour des Azéris sur le sol arménien ! Une intransigeance dont Pachinian rend bien sûr responsable l’opposition en bloc.

Lui qui avait fait campagne sur son agenda de paix, en fustigeant une opposition qualifiée de « parti de la guerre », dont l’arrivée au pouvoir signifierait la reprise des hostilités avec l’Azerbaïdjan, se sent obligé de poursuivre cette campagne après sa victoire aux législatives ; il déclarait dans le sillage du scrutin que l’opposition, qui devrait d’ailleurs ses scores trop élevés selon lui à des achats massifs de votes, mettait par sa percée inattendue en danger la sécurité du pays, et lui ferait courir le risque d’une nouvelle guerre et pour le moins, contrarierait la mise en œuvre de son programme et nuirait à son crédit international. Même battu aux élections, le « parti de la guerre » conserverait donc toute sa capacité de nuisance selon Pachinian, qui est soumis à forte pression comme toujours de Bakou.

Pachinian a ainsi déclaré jeudi que les dirigeants azerbaïdjanais continuaient à designer le territoire arménien sous l’appellation d’“Azerbaïdjan occidental” en réponse aux efforts déployés pour défendre les droits de la population arménienne indigène du Nagorno-Karabakh déplacée durant la reconquête par l’armée de Bakou de la région fin septembre 2023.

En début de semaine, le gouvernement azerbaïdjanais avait organisé près de la frontière arménienne un “festival-conférence” sur le droit des Azerbaïdjanais au “retour dans l’Azerbaïdjan occidental”. Dans une allocution prononcée lors de cette manifestation, le ministre azerbaïdjanais de l’éducation Emin Amrulayev avait déclaré que la question est d’une “ importance stratégique ” pour Bakou.

Un député azerbaïdjanais dirigeant un groupe lié au gouvernement-baptisé Communauté de l’ Azerbaïdjan occidental avait déclaré par la suite que le sujet devait être inscrit à l’agenda des négociations arméno-azéries. Un autre groupe azerbaïdjanais aurait organisé mercredi une conférence internationale sur le sujet au Capitol Hill à Washington.

Le gouvernement arménien s’est gardé de réagir à ces derniers développements. Les leaders de l’opposition quanht à eux, s’en sont emparés, pour expliquer qu’ils avaient eu raison de mettre en garde les électeurs avant les législatives du 7 juin sur le fait que Pachinian allait permettre que quelque 300 000 Azerbaïdjanais s’installent en Arménie s’il était réélu. Le premier ministre arménien a réfuté ces affirmations.

“On garde le silence sur le fait qu’il y a 10 jours, ou un peu plus, des organisations arméniennes [aux Etats-unis] ont soulevé une question qui concerne essentiellement … la continuation du mouvement du Karabakh” a déclaré Pachinian aux journalistes.

Pashinian semblait faire allusion à l’Armenian National Committee of America (ANCA), un groupe de pression lié au parti pan-arménien Dachnaktsoutyoun, qui appartient à l’opposition en Arménie. L’ANCA avait fait savoir la semaine dernière que cinq membres pro-arméniens du Congrés américain avaient proposé un texte législatif demandant que Bakou permette le retour des Arméniens du Karabakh en toute sécurité dans leur patrie, qu’il libère les  prisonniers arméniens et se retire des zones frontalières arméniennes occupées par les forces azerbaïdjanaises depuis 2021 et 2022.

“Ces amendements envoient un message clair : le Congrès ne subventionnera pas les exactions, les agressions, les profanations et l’occupation de l’Azerbaïdjan avec les dollars des contribuables américains”, a commenté le dirigeant de l’ANCA, Aram Hamparian.

“Je le dis sans détour : aussi longtemps que le lobbying et les initiatives dans cette direction du Dachnaktsoutyoun continueront aux Etats-unis, ils recevront [une riposte de Bakou] … Désormais, toute tentative de continuer le mouvement Karabakh à d’autres niveaux provoquera des chocs en retour” a déclaré Pachinian en ajoutant sans plus de préciszions: “De plus ce processus peut nous causer des problèmès”.

Pachinian a aussi établi un lien entre les demandes azerbaïdjanaises et la défense par l’opposition arménienne du droit au retour des Arméniens du Karabakh. Il a dit à maintes reprises que les 100 000 réfugiés au moins du Karabakh devaient renoncer à tout espoir de retourner chez eux et devraient plutôt “s’installer durablement » en Arménie.

Les leaders de l’opposition font valoir que l’Azerbaïdjan occidental” n’a jamais existé comme entité, alors que le Karabakh a été pendant des décennies au cœur de négociations de paix sous l’égide des Etats-unis, de la Russie et de la France. Depuis des années, ils soutiennent que les concessions unilatérales de Pachinian n’ont fait qu’encourager Bakou à en demander toujours davantage à Erevan.

 

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