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Le gouvernement arménien redouble de générosité envers les fonctionnaires

Après huit ans d’un exercice toujours plus autoritaire du pouvoir, le premier ministre arménien Nikol Pachinian a-t-il remporté la guerre contre la corruption, principal mot d’ordre et moteur de la « révolution de velours » qui fit sa popularité et le porta à la tête de l’exécutif ? On peut en douter alors que des scandales de corruption éclaboussent des membres ou des proches de sa famille politique, qui sont rarement inquiétés d’ailleurs par une justice dont l’indépendance promise est toujours plus sujette à caution dans un pays qui n’a pas fait de progrès notables en matière de lutte anti-corruption, à en croire les classements établis chaque année par les organisations spécialisées. Outre ces scandales, liés souvent à des appels d’offres remportés par des hommes d’affaires liés au pouvoir, les rémunérations toujours plus importantes des fonctionnaires et responsables politiques par le gouvernement peuvent être un indicateur de la persistance de la corruption, de l’aveu même de Pachinian qui, à plus d’une occasion, a justifié la distribution de primes de fin d’année et autres augmentations de salaires en faisant valoir que de cette manière, leurs bénéficiaires ne cèderaient pas aux démons de la corruption.

Il faut croire que ces démons sont encore bien présents et loin d’avoir été terrassés, huit ans après la révolution de velours, à en juger aux nouvelles faveurs financières que vient d’annoncer le gouvernement au bénéfice de ses hauts fonctionnaires et de ses députés, qui verront leurs salaires doubler en plus des primes substantielles qui leur sont régulièrement versées. En vertu d’un projet de loi afférent approuvé jeudi 17 septembre lors de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres à Erevan, à partir de janvier 2027, le président Vahagn Khachaturian et le premier ministre Nikol Pachinian percevront chacun un salaire mensuel de 2,6 millions de drams (7 100 $), les ministres du gouvernement voyant leurs rémunérations doubler, passant de près de 1 million de drams à 2 millions de drams. Les salaires mensuels minimum des parlementaires seront eux aussi presque doublés, passant de 832 000 drams à près d’1,5 million.

Le texte prévoit des augmentations conséquentes de salaires pour les hauts responsables des forces de l’ordre et de la magistrature. Les hausses prévues seront bien sûr bien plus modestes pour la grande masse des fonctionnaires. La mesure annoncée, qui sera sans nul doute approuvée par le Parlement, toujours dominé par le Contraty civil de Pachinian depuis les législatives du 7 juin, se traduira par plus de 25 milliards de drams (70 millions de $) ide dépenses publiques supplémentaires en 2027… à la charge des contribuables !

Pachinian l’a désignée comme une “réforme” en ressortant le refrain sur ses effets dissuasifs sur la corruption au niveau du gouvernement dans le pays. Il avait de la même manière affirmé en janvier dernier que les primes importantes généreusement versées aux hauts fonctionnaires les rendaient moins enclins à se livrer à des pratiques de corruption.

Cette déclaration faisait suite au tollé suscité par la décision du gouvernement en décembre 2025 de débloquer une enveloppe de 3,5 milliards de drams (9,2 millions de $) au titre des bonus ou primes versés aux cadres et autres employés de 16 organismes gouvernementaux. Bien que le gouvernement se soit gardé de préciser le montant des sommes versées à chacun des bénéficiaires, de nombreux media se sont saisis de l’affaire, en mettant l’accent sur la très grande disparité entre les primes.

Le Service arménien de RFE/RL avait été informé à l’époque de ce qu’alors que les ministres, leurs adjoints et les chefs de départements avaient reçu des sommes comparables à leurs revenus annuels, les fonctionnaires ordinaires s’étaient vu attribuer une récompense d’un montant inférieur à un mois de leurs salaires, bien sûr nettement plus modestes. Les figures de proue de l’opposition comme les militants de groupes civiques avaient dénoncé cette disparité criante, en soulignant que les fonds publics ainsi distribués auraient dû être utilisés pour répondre aux besoins pressants du pays.

Des critiques auxquelles n’a guère prêté attention le gouvernement qui affirmait jeudi que ce système controversé de primes serait maintenu même après les hausses pourtant conséquentes des salaires.

On ne sait si ces rémunérations exponentielles sont des inhibiteurs de la corruption et auront les vertus que leur prête Pachinian, mais il est sûr en tout cas qu’elles garantissent la loyauté de leurs bénéficiaires au pouvoir qui les nourrit… Un pouvoir qui a fait arrêter et emprisonner des dizaines d’opposants pour des prétendus achats de vote ou pots de vin électoraux avant et pendant les législatives de juin ! Mais ce chef d’accusation est-il encore d’actualité alors que l’oncle d’Amérique de Pachinian, Donald Trump, vient de promettre 5 000 $ à chaque Américain dès lors que son Parti républicain l’emporterait aux élections du mid-term en novembre ?

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