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Le dossier des enclaves s’invite dans la campagne électorale : à Tigranachen, les habitants assurent que « personne n’est venu nous parler »

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©armenews.com

Loin de l’agitation d’Erevan, les habitants de Tigranachen préfèrent ne pas allumer la télévision ni suivre les débats sur les réseaux sociaux. Pourtant, ils ont entendu dire que leur village était redevenu un sujet de marchandage politique, cette fois dans le cadre de la campagne électorale. Pouvoir et opposition ont en effet remis la question des enclaves au cœur du débat.

« Si ce pouvoir néfaste est reconduit, il cédera Tigranachen. Ce n’est pas une exagération », a déclaré Ishkhan Saghatelyan.

De son côté, le Premier ministre Nikol Pachinian a affirmé : « Si Artsvachen revient entièrement à l’Arménie (…) nous devrons alors régler les dernières conséquences du processus de délimitation des frontières. »

Mais selon les habitants de Tigranachen, ni l’opposition ni le pouvoir ne sont venus leur parler directement, alors même que les deux camps ont traversé la région de Vayots Dzor durant leur campagne. « Personne n’est venu. On ne nous a rien dit, ni que le village allait être cédé, ni qu’il ne le serait pas », témoigne un habitant.

Un autre résident, souhaitant rester anonyme, estime qu’en cas de restitution de Tigranachen, l’Arménie devrait récupérer Artsvachen : « J’irais volontiers vivre à Artsvachen. C’est une région magnifique, avec un lac, et elle est plus grande que Tigranachen. »

Ces dernières semaines, les médias et experts azerbaïdjanais ont relancé le débat. Bakou continue d’affirmer que Karki (nom azerbaïdjanais de Tigranachen) est une enclave azerbaïdjanaise qui doit être restituée dans le cadre de la délimitation frontalière.

Un habitant rappelle les propos de Pachinian l’an dernier : « On lui avait demandé ce qu’il adviendrait de Tigranachen. Il avait répondu qu’on regarderait les cartes avec les Turcs et que, si cela leur appartenait, Karki leur serait rendu. »

Pour un homme âgé installé dans le village depuis les années 1990, la situation est particulièrement douloureuse. Ayant déjà perdu deux maisons au cours de sa vie, il affirme n’avoir jamais reçu d’aide significative de l’État. « J’ai perdu deux maisons. Je n’ai reçu aucun soutien. Si nous devons encore partir, nous nous débrouillerons comme nous pourrons », dit-il.

Parmi les habitants historiques du village, Azatouhi Hovhannissian se montre plus optimiste. Des rumeurs circulent sur une possible fermeture de l’unique école du village, qui ne compte plus que deux élèves. Malgré cela, elle espère que l’établissement restera ouvert. Pour elle, l’essentiel demeure la paix.

Une autre inquiétude concerne l’importance stratégique de Tigranachen. La principale route reliant Erevan à la région de Siounik passe en effet par le village.

« Je suis souvent allée à Kapan. Là-bas aussi, les Azerbaïdjanais sont présents. Mon frère m’appelait souvent pour me dire qu’il traversait leurs positions. Il faut bien qu’un jour cette paix arrive », explique-t-elle.

Entre voisins, les habitants préfèrent éviter ce sujet sensible. Niché au milieu des falaises, à environ 110 kilomètres d’Erevan, ce petit village aspire surtout à rester à l’écart des batailles politiques.

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