Dans un article publié le 9 juillet par l’agence officielle azerbaïdjanaise AZERTAC, Bakou franchit une nouvelle étape dans sa campagne visant à effacer toute trace de l’existence politique et historique de l’Artsakh. L’agence s’en prend directement à la représentation de la République du Haut-Karabakh en France, ainsi qu’à son représentant, Hovhannès Guévorguian, à la suite de la publication d’une tribune sur le site Atlantico.
Selon AZERTAC, cette représentation constituerait une « activité revanchiste » et son maintien en France « entraverait le processus de paix » entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. L’article appelle implicitement les autorités françaises à mettre un terme à son existence, au motif qu’elle serait dépourvue de toute légitimité juridique et porterait atteinte à la souveraineté de l’Azerbaïdjan.
L’argumentaire développé par l’agence officielle reprend sans surprise les éléments habituels de la propagande d’État azerbaïdjanaise. Le Haut-Karabakh y est présenté comme une simple « entité séparatiste illégale » créée par l’Arménie durant « l’occupation » des territoires azerbaïdjanais. Les offensives militaires de 2020 puis de septembre 2023 sont qualifiées de « rétablissement de la souveraineté » et d’« opérations antiterroristes », sans la moindre référence au nettoyage ethnique de nature panturquiste qui a conduit à l’exode de plus de 100 000 Arméniens de leur terre ancestrale.
L’agence, donnant des leçons de droit à la France, lui reproche également d’autoriser l’existence de cette représentation sur son territoire, estimant qu’une telle présence serait incompatible avec les relations d’amitié entre Paris et Bakou, tout en l’accusant de soutenir les « forces revanchardes » et de nourrir des revendications territoriales contre l’Azerbaïdjan.
Une telle démonstration interroge : depuis quand la défense des droits d’une population victime d’un nettoyage ethnique constitue-t-elle un obstacle à la paix ?
La représentation de l’Artsakh ne revendique pas une reprise des hostilités. Elle rappelle inlassablement des exigences qui relèvent du droit international et des droits de l’homme et des peuples : la libération des prisonniers et otages arméniens toujours détenus à Bakou, la protection du patrimoine arménien, le droit au retour de la population expulsée de force de son territoire ancestrale et la recherche d’une solution conforme aux principes du droit international.
Qualifier ces revendications de « revanchistes » revient à considérer que toute demande de justice ou de réparation constituerait une menace pour la paix. Une conception pour le moins inquiétante, bien qu’en phase avec les pratiques criminelle de la pétrodictature azerbaïdjanaise.
L’argumentation d’AZERTAC apparaît d’autant plus paradoxale qu’elle invoque le Groupe de Minsk de l’OSCE pour reprocher à la France son attitude. Or ce même Groupe de Minsk, dont la France était coprésidente aux côtés des États-Unis et de la Russie, avait précisément pour mandat de rechercher un règlement fondé sur plusieurs principes indissociables : le non-recours à la force, l’intégrité territoriale des États, mais aussi le droit à l’autodétermination.
Ce sont précisément ces principes que l’Azerbaïdjan a systématiquement refusé d’appliquer avant de demander, une fois son objectif militaire atteint, la dissolution du Groupe de Minsk lui-même. Il est donc pour le moins singulier de voir aujourd’hui Bakou invoquer une institution dont il s’est employé à obtenir la disparition afin de reprocher à la France de laisser s’exprimer les représentants d’une population désormais privée de sa terre.
Le véritable objectif de cette offensive médiatique apparaît finalement assez clair : faire disparaître non seulement l’Artsakh de la carte, mais également de la mémoire collective et du débat international. Après avoir vidé le Haut-Karabakh de sa population arménienne, le pouvoir azerbaïdjanais entend désormais réduire au silence ceux qui continuent de défendre les droits de ses habitants.
La paix ne saurait pourtant reposer sur l’effacement des victimes ni sur la criminalisation de leur parole. Une paix durable ne se construit ni par la censure, ni par le déni d’un nettoyage ethnique, mais par la justice, la reconnaissance des droits fondamentaux et le respect des engagements du droit international.
Ara Toranian
L'Azerbaïdjan prétend la paix avec les #Armeniens impossible à cause de la présence et l'activité à Paris du représentant de l'#Artsakh,notre ami Hovhannès Guevorkian.On n'ose croire que Paris et/ou Erevan croiront cette fable et feront pression sur lui…https://t.co/rvUAhYI7pT
— J-Christophe Buisson (@jchribuisson) July 10, 2026
