La condamnation de Haji Valiyev le 6 mai illustre une nouvelle fois le sort réservé en Azerbaïdjan à ceux que le pouvoir célèbre comme des « héros » tant qu’ils se taisent. Ancien président de l’Union publique des jeunes vétérans, cet homme blessé pendant la guerre des 44 Jours, qui a perdu un œil au combat et souffre de graves problèmes de santé, vient d’être condamné à deux ans et demi de prison pour « hooliganisme avec usage d’une arme ». Une accusation qu’il rejette catégoriquement, dénonçant une affaire politique montée de toutes pièces pour le faire taire.
Depuis plusieurs mois, Valiyev dénonçait publiquement l’abandon des anciens combattants par les autorités de Bakou. Derrière les grands discours patriotiques du régime d’Ilham Aliyev, les vétérans de la deuxième guerre du Haut-Karabakh se disent confrontés à l’indifférence, à la précarité et parfois même à la répression. Dans ses vidéos publiées sur les réseaux sociaux, Valiyev accusait le gouvernement d’humilier ceux qui ont combattu pour le pays, évoquant des allocations dérisoires de 80 manats par mois et l’impossibilité pour certains anciens soldats de simplement gagner leur vie.
Il avait également dénoncé les violences policières contre des vétérans contraints de vendre des marchandises dans les rues de Bakou pour survivre. Plusieurs vidéos montrent des policiers confisquant leurs produits ou les expulsant brutalement. « Nous sommes comme des mendiants », déclarait-il en mars dernier, accusant certaines forces de l’ordre de provoquer délibérément les anciens combattants.
Ses critiques répétées lui ont valu une surveillance croissante des autorités. Il affirmait que le Service de sécurité de l’État avait demandé la liste des membres de son organisation, tandis que lui et d’autres vétérans avaient été expulsés de force d’un bâtiment administratif après avoir tenté de rencontrer un responsable présidentiel. Son porte-parole, Nariman Ilgaroghlu, avait lui aussi été brièvement arrêté.
Pour Valiyev, son arrestation n’est pas liée à un quelconque crime mais à son engagement public. Depuis sa cellule de Ganja, il accuse les autorités azerbaïdjanaises d’avoir ordonné son arrestation illégale, des traitements inhumains et même des actes de torture. « Punir un homme qui dénonce l’injustice démontre que, pour certains, dire la vérité n’est pas acceptable », a-t-il écrit après sa condamnation.
L’affaire met en lumière le contraste saisissant entre la glorification officielle des vétérans et la réalité vécue par nombre d’entre eux en Azerbaïdjan : pauvreté, absence de soutien social, pressions policières et répression de toute voix critique.
