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À Nice, mobilisation autour d’Eric Ciotti pour les otages arméniens et salle comble pour Jean-Christophe Buisson

La cause des prisonniers arméniens détenus en Azerbaïdjan était à l’honneur, jeudi 22 octobre, à Nice. Un rassemblement présidé par Éric Ciotti a permis de rappeler l’exigence de leur libération, tandis que leurs portraits sont affichés sur les grilles de la mairie depuis presque un an. Cette mobilisation, en forme de rappel et de réaffirmation a été suivie d’une conférence de Jean-Christophe Buisson, consacrée à son dernier ouvrage, Complètement à l’Est !, devant une salle comble.

Nice a donné, jeudi 22 octobre, une nouvelle visibilité au combat pour la libération des prisonniers arméniens toujours détenus dans les geôles du régime d’Ilham Aliev. À l’occasion d’un rassemblement présidé par Éric Ciotti, le maire a repris à son compte l’exposition de ces captifs sur les grilles de la mairie depuis le 17 décembre 2025, rappelant aux passants le sort de ces hommes privés de liberté et l’urgence d’une mobilisation internationale en leur faveur.

Par cette initiative, la ville de Nice a contribué à maintenir dans l’espace public une question que Bakou voudrait voir disparaître de l’actualité : celle des Arméniens toujours emprisonnés en Azerbaïdjan, parmi lesquels figurent d’anciens responsables politiques et militaires de l’Artsakh, capturés dans le contexte du nettoyage ethnique de septembre 2023.

 

L’affichage de leurs visages sur les grilles de la mairie, présente depuis plusieurs mois, revêt une portée symbolique particulière. Il s’agit de redonner une identité et une visibilité à des hommes que leur détention tend à réduire au silence, mais aussi de rappeler que leur libération demeure une exigence humanitaire et politique.

Une soirée consacrée à l’Arménie et à l’Europe de l’Est

Cette mobilisation s’est prolongée à 18 heures au Centre universitaire méditerranéen, sur la promenade des Anglais, avec une conférence-débat avec Jean-Christophe Buisson, directeur adjoint de la rédaction du Figaro Magazine, historien et grand reporter.

La salle, pleine à craquer, témoignait de l’intérêt suscité par cette rencontre organisée autour de son dernier livre, Complètement à l’Est ! — Récits, rencontres et reportages 1996-2026.

Dans cet ouvrage, qui rassemble une quarantaine de textes écrits au fil de trente années de voyages et de reportages,  Jean-Christophe Buisson entraîne ses lecteurs à travers une Europe orientale marquée par les bouleversements de l’histoire, les conflits, les aspirations nationales et la mémoire des peuples.

De la Serbie à la Russie, en passant par l’Arménie, il restitue les rencontres, les figures et les événements qui ont façonné cette partie du continent, dont les tragédies et les tensions continuent de peser sur l’actualité internationale.

La conférence, à laquelle était également associé Armen Seropyan, administrateur du Comité de défense de la cause arménienne, a ainsi donné un prolongement culturel et historique à cette journée de mobilisation.

 

Éric Ciotti promet de maintenir la pression

Au cours de cette journée, Éric Ciotti a réaffirmé avec force son soutien aux prisonniers arméniens. Le maire de Nice a notamment annoncé son intention de proposer que les 20 détenus arméniens d’Artsakh soient faits citoyens d’honneur de la ville.

Sur les grilles de l’Hôtel de Ville, des rubans aux couleurs de l’Arménie ont été noués devant leurs portraits. Éric Ciotti a rappelé les liens historiques entre Nice et le peuple arménien, notamment l’accueil réservé aux rescapés du génocide de 1915. Il a également réclamé la libération immédiate et sans condition des détenus.

 

Discours Ankiné Kirakozian du CDCA

 

 

CDCA
Mairie de Nice, jeudi 22 octobre 2026, 12h30
Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, chers amis,

À Bakou, il y a eu un procès.
Il y a eu des juges, un procureur, des caméras, un verdict.
Il n’y a jamais eu de défense.

Le 5 février dernier, cinq anciens dirigeants de l’Artsakh ont été condamnés à la prison à perpétuité. Les autres, à des peines de quinze à vingt ans. Personne, dans cette salle d’audience, n’a pu plaider librement pour eux.

Alors permettez-moi de le faire aujourd’hui, ici.
Pas devant un tribunal : devant vous.
Vous serez le jury.
Et le verdict que je vous demande ne porte pas sur eux. Il porte sur ce que nous sommes prêts à faire pour eux.

Toute plaidoirie commence par les mots.
Parce que c’est avec des mots qu’on condamne.

On nous dit « détenus ».
Ce sont des otages.

Ils étaient 24 Arméniens à Bakou. 4 ont été relâchés.
20 sont toujours derrière les barreaux, entre les mains d’un régime qui a fait de la prise d’otages une méthode de gouvernement et une monnaie d’échange diplomatique.

On nous dit « procès ».
C’est le procès d’un peuple, à travers ceux qu’il avait élus. En septembre 2023, plus de cent mille Arméniens ont été chassés d’une terre où leurs ancêtres priaient depuis quinze siècles. Leurs dirigeants ont été arrêtés sur la route de l’exil.
Leur crime ?
Avoir été les élus d’un peuple qui voulait vivre libre chez lui.
On nous dit « geste humanitaire ».
Nous y reviendrons.

Dans un procès, on appelle les témoins.
Je voudrais appeler le seul qui pouvait voir ce qui se passe dans ces prisons : le Comité international de la Croix-Rouge.

Il ne viendra pas.
Depuis septembre 2025, le CICR n’a plus de délégation en Azerbaïdjan.
Sa dernière visite confirmée auprès des détenus remonte à décembre 2025.
Depuis, aucune nouvelle visite n’a été publiquement annoncée.
Dix mois sans accès confirmé.
Dix mois sans que le CICR ait pu, à notre connaissance, revoir ces hommes.
Et pendant ce temps, que savons-nous de leur état ?
De leurs conditions de détention ?
De leur santé ?

1121 jours, pour la plupart d’entre eux.
Faites le compte :
3 Noël, 3 anniversaires, 3 rentrées scolaires de vos enfants.
Eux, ils ont compté les murs.

Je voudrais maintenant verser au dossier quelques pièces.
Elles ne viennent pas de Bakou. Elles viennent de Paris.

Pièce n° 1.
Le 24 septembre 2023, le président de la République déclare le soutien de la France aux Arméniens « inconditionnel, entier et constant ». La France qui, pendant 30 ans, a coprésidé le groupe de Minsk au nom d’un principe simple : on ne règle pas un conflit par la force.

Pièce n° 2.
Début septembre, une exposition en hommage aux otages arméniens doit être inaugurée sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris. Sous la pression de Bakou, relayée par notre propre gouvernement, la mairie de Paris se retire d’un événement qu’elle avait accepté d’accueillir. On demande même de ne pas employer le mot « otage ». En France. À Paris.
Franck Papazian, coprésident du Conseil de Coordination des organisations Arméniennes de France, l’a dit sans détour : « Le gouvernement français a cédé à la menace de l’Azerbaïdjan. »
Et Jean-Christophe Buisson, que nous aurons l’honneur d’écouter ce soir au CUM, a trouvé les mots justes : la France à genoux devant Aliev.

Pièce n° 3.
Quelques jours plus tard, l’ambassadrice de France à Bakou participe à une visite organisée par le régime au Haut-Karabagh, et se dit « impressionnée » par la « reconstruction ».
Une reconstruction pour qui ?
Dans une région vidée de ses habitants, où l’on présente désormais nos églises comme si elles n’avaient jamais été arméniennes.

Pièce n° 4.
Le 23 septembre, notre compatriote Martin Ryan est libéré. Nous nous en réjouissons, sincèrement, pour lui et pour sa famille.
Mais le Quai d’Orsay salue « un geste humanitaire ».
Un geste humanitaire, de la part de celui qui l’avait pris en otage.
Et pour les otages arméniens ?
Pas un mot.
Pas un.

Pièce n° 5.
3 jours plus tard, à la veille du 27 septembre, anniversaire de la guerre de 2020, TotalEnergies annonce augmenter sa production de gaz en Azerbaïdjan.
Je n’ajoute rien.
Les pièces parlent d’elles-mêmes.
Un otage, c’est un otage.
Il n’y a pas des otages qu’on libère et des otages qu’on solde.
Une diplomatie qui négocie avec un preneur d’otages sans exiger la libération de tous ne fait pas de la diplomatie :
elle fait du troc.
Et face à un régime comme celui d’Ilham Aliev, chaque recul de la France est lu comme une permission.
Chaque silence de Paris, c’est un jour de plus en cellule.

Il reste une pièce.
La plus importante.
Elle est sur le fronton de cette maison.
Monsieur le Maire, l’affiche de nos otages est sur cette façade depuis plus d’un an, et vous l’avez maintenue. Le 2 octobre, vous avez signé dans Le Figaro l’appel « Libérons les prisonniers arméniens détenus en Azerbaïdjan ».
Aujourd’hui, vous ouvrez vos portes quand d’autres les ferment.
Nice n’a pas eu peur, là où Paris a reculé.
Mais je voudrais vous dire quelque chose sur les affiches.
Une affiche qui reste seule, sans rien autour, finit par faire partie du décor.
On passe devant. On ne la voit plus.
Au bout d’un an, elle n’accuse plus personne : elle décore.
Ce qui fait d’une affiche une pièce à conviction plutôt qu’un décor, c’est ce qu’on met autour.
Et c’est exactement ce que je suis venu vous demander.
Un avocat ne termine pas par des souhaits.
Il dépose des conclusions.
Voici les nôtres.

Premièrement, que le conseil municipal de Nice adopte un vœu demandant la libération immédiate de tous les prisonniers arméniens détenus en Azerbaïdjan, et le retour du CICR pour un accès régulier et indépendant aux détenus dans les prisons de Bakou.
Qu’à côté de l’affiche, il y ait une délibération.

Deuxièmement, que ces 20 hommes deviennent citoyens d’honneur de la Ville de Nice.
Que Bakou sache qu’en les retenant, c’est aussi des Niçois qu’il retient.

Troisièmement, que chacun d’entre vous parraine un prisonnier.
Un nom, un visage, un engagement : écrire, interpeller, rappeler son existence à chaque occasion.
Qu’à côté de chaque visage de l’affiche, il y ait un élu.

Quatrièmement, que cette voix porte jusqu’au Parlement.
L’appel du 2 octobre, 25 personnalités l’ont signé. Des candidats à l’élection présidentielle de tous les bords, des maires, des présidents de Région.
Cette cause n’est ni de gauche ni de droite. Elle est française.

Cet appel ne demande qu’à grandir.
Alors je m’adresse à celles et ceux qui représentent Nice et les Alpes-Maritimes au Parlement, quel que soit leur bord : Madame la sénatrice Dominique Estrosi Sassone, Madame la sénatrice Gaëlle Frontoni, Monsieur le sénateur Laurent Castillo, Monsieur le député Bernard Chaix, Madame la députée Christelle D’Intorni.
Pour ne citer qu’eux. Et à travers eux, à tous les élus de ce territoire : de la ville, du département, de la région.

Une signature ne libère personne, je le sais.
Mais je ne suis pas venu vous apporter une liste de choses à faire. Ce n’est pas à une association de dicter l’agenda des élus, et ce n’est pas aux élus d’attendre qu’on le leur dicte.
Vous avez des moyens que nous n’avons pas : une question écrite, une question au gouvernement, une audition du ministre en commission, une proposition de résolution, un vœu, et sans doute des initiatives que personne n’a encore imaginées.
Vous savez mieux que nous où se trouvent les leviers.

Alors la question n’est pas : que nous demandent les Français d’origine arméniennes ?
La question est : que proposez-vous ?

Je vais vous confier quelque chose.
Le plus beau succès d’une association comme celle du Comité de Défense de la Cause Arménienne, que je représente aujourd’hui, serait de devenir inutile.
Le jour où nous apprendrons dans le journal qu’un élu des Alpes-Maritimes a interpellé le gouvernement sur les otages de Bakou sans que personne ne le lui ait demandé, ce jour-là, nous n’aurons plus besoin de plaider.
Et nous serons fiers, la prochaine fois, de citer ici le nom de toutes celles et de tous ceux qui auront pris les devants.

On nous dira que c’est compliqué.
Qu’il y a le gaz, les équilibres régionaux, la paix qui se négocie.
C’est toujours ce qu’on dit à la défense : que le dossier est complexe.
Mais aucune paix ne se construit sur des prisonniers enchaînés. Et aucun pays ne se grandit en sacrifiant ses principes pour un contrat ou une photo.

Les régimes comme celui de Bakou comptent sur une seule chose : notre lassitude.
Ils parient sur le temps qui passe, sur les affiches qu’on ne regarde plus, sur les noms qu’on finit par oublier.
Le Comité de Défense de la Cause arménienne ne se taira pas. Ni devant Bakou, ni devant ceux qui, à Paris comme à Erevan, préfèrent le silence au courage.
Et nous jugerons chacun – gouvernement, parlementaires, élus locaux – non à ses paroles d’aujourd’hui, mais à ce qu’il aura fait d’ici notre prochain rendez-vous.

Mesdames et Messieurs, dans nos cours d’assises, la loi veut que la défense ait toujours la parole en dernier.
À Bakou, ils ne l’ont pas eue.
Alors ici, face à la sentence, c’est l’écho de leurs noms qui aura le dernier mot. // 2s

1. Erik Ghazaryan. 15 ans

2. Rachid Beglaryan. 15 ans

3. Gurgen Stepanyan. 15 ans

4. Vasili Beglaryan. 15 ans

5. Levon Balayan. 16 ans

6. Karen Avanesyan. 16 ans

7. Davit Allahverdyan. 16 ans

8. Garik Martrosyan. 18 ans

9. Madat Babayan. 19 ans

10. Melikset Pachayan. 19 ans

11. Alyosha Khosrovyan 10 ans + 10 de travail correctionnel
12. Lyudvig Mkrtchyan 10 ans + 10 de travail correctionnel
13. Ruben Vardanyan. 20 ans

14. Bako Sahakyan. 20 ans

15. Arkadi Ghukasyan. 20 ans

16. Levon Mnatsakanyan. Perpetuité

17. Davit Ishkhanyan. Perpetuité

18. Davit Manukyan. Perpetuité

19. Davit Babayan. Perpetuité

20. Arayik Harutyunyan. Perpetuité

La défense n’a plus rien à ajouter.
Sauf ceci :
libérez-les.
Pas après la prochaine négociation.
Pas après le prochain contrat gazier.
Maintenant.
Je vous remercie.

 

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