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Un tribunal arménien rejette le recours en justice de l’évêque dissident qui a conduit le catholicos Karekine II du Saint Siège aux assises

Un tribunal arménien a rejeté le recours formé par un ancien évêque progouvernemental qui avait été défroqué par le catholicos Karekine I, une décision qui attise le débat sur la légalité des poursuites pénales engagées contre le chef suprême de l’Eglise arménienne apostolique.

L’ecclésiastique défroqué, Gevorg Saroyan, était au nombre de la dizaine d’évêques qui avaient fait acte de dissidence en novembre 2025 pour rallier la campagne controverse engagée en juin 2025 par le premier ministre arménien Nikol Pachinian en vue de déposer Karekine. Début janvier, le catholicos avait démis Saroyan de sa fonction de primat du diocèse de Masyatsotn dont la juridiction s’étend sur une partie de la province méridionale arménienne d’Ararat.

Avec les encouragements de Pachinian, Saroyan a refusé de se plier aux ordres du catholicos dont il a défié l’autorité et la décision devant un tribunal de district. Dans une injonction sans précédent, le tribunal décidait le 16 janvier qu’il devait être réintégré dans ses fonctions dans l’attente du verdict du procès. Le catholicos, non content d’ignorer cet ordre émanant d’un tribunal civil, allait plus loin en défroquant Saroyan, sur les recommandations du Conseil spirituel suprême de l’Eglise. Six évêques et archevêques siégeant au Conseil ainsi que Karekine lui-même ont été dès lors accusés de faire obstruction à l’exécution d’un ordre de la cour.

Ils comparaissaient en procès début août, alors que les avocats les représentant soutenaient que les tribunaux arméniens n’ont pas compétence sur les affaires internes de l’Eglise.

Le juge qui avait émis l’injonction l’a révoquée en rejetant le recours formé par Saroyan dans une décision rendue publique jeudi 22 octobre. Le juge, Edgar Hovannisian, a statué que Saroyan ne pouvait en fin de compte, être rétabli dans ses fonctions car la nomination et la révocation de chefs de diocèses relèvent de la prérogative exclusive du catholicos conformément aux règles et traditions pluriséculaires de l’Eglise.

“La cour a conclu que ces relations sont gouvernées par des règles – loi canon- intra-ecclésiastiques et que la dispute en question n’est pas susceptible de faire l’objet d’une décision dans le cadre d’une procédure judiciaire civile”, a indiqué Ara Zohrabian, l’un des avocats de l’Eglise.

Saroyan, qui continue à occuper le siège du diocèse à Masis sous protection policière, a fait savoir qu’il ferait appel de cette décision, qui remet en cause toute la procédure engagée contre le catholicos et les hautes dignitaires de l’Eglise.

“Je vais aller jusqu’au bout”, a-t-il déclaré au Service arménien de RFE/RL.

Reste à savoir si cette décision influera sur le comportement d’un autre juge qui préside avec les mêmes réticences le procès très controversé de Karekine, qui a suscité les plus fermes condamnations des figures de l’opposition et autres détracteurs du gouvernement arménien, qui affirment que cette procédure s’inscrit dans le cadre de la campagne lancée il y a plus d’un an par Pachinian contre le haut clergé de l’Eglise arménienne.

Pachinian avait lancé sa campagne contre Karekine fin mai 2025,peu après que le catholicos eut accusé l’Azerbaïdjan de commettre un nettoyage ethnique dans le Nagorno-Karabakh et d’occuper illégalement des zones frontalières arméniennes lors d’une conférence internationale en Suisse. Trois archevêques arméniens et un évêque ont été arrêtés dans les mois qui ont suivi sur différentes accusations qu’ils ont réfutées avec la même véhémence. Leur emprisonnement a été aménagé en assignation à résidence cette année.

Pachinian s’est engagé à relancer sa campagne après sa victoire aux élections législatives du 7 juin. L’Eglise et ses défenseurs dénoncent une violation manifeste de la séparation de l’Eglise et de l’Etat telle que garantie par la Constitution arménienne et d’autres lois.

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