Le conflit qui oppose depuis plus d’un an les autorités arméniennes à l’Église apostolique arménienne s’est également invité à la session de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). À Strasbourg, la question a été soulevée par le député britannique Edward Leigh, membre du groupe des Conservateurs à l’APCE, qui a accusé les autorités arméniennes de s’en prendre à l’autonomie religieuse. La députée du Contrat civil Hripsimé Grigoryan lui a répondu en assurant que l’objectif du gouvernement arménien était au contraire de protéger l’Église.
Alors que les délégués examinaient le rapport final de l’APCE consacré aux élections législatives arméniennes, qui accordait une large place aux ingérences extérieures de la Russie dans la vie politique intérieure de l’Arménie, le député britannique a évoqué, dans ce contexte d’ingérence, les « menaces » que le gouvernement arménien ferait peser sur l’Église apostolique arménienne, les poursuites pénales engagées contre de hauts dignitaires religieux, dont le Catholicos, ainsi que les interdictions de quitter le territoire qui leur ont été imposées.
« Sous la direction du Premier ministre Nikol Pachinian, l’administration a supprimé toute frontière entre l’État et l’Église et lancé une campagne sans précédent contre la liberté de l’Église. Le Conseil de l’Europe devrait, plus que toute autre chose, se préoccuper de la liberté de nos Églises. Ce à quoi nous assistons n’est pas un simple désaccord politique : il s’agit d’une attaque calculée contre l’autonomie religieuse », a déclaré le député.
Il a affirmé que Garéguine II était soumis à une « pression énorme » et a évoqué le programme quinquennal du gouvernement Pachinian, dans lequel figure également l’objectif de destituer le Catholicos.
Le député conservateur britannique a également évoqué le rapport récemment publié par le gouvernement arménien sur la « crise de l’Église », rapport qui a suscité de vives critiques de la part de plusieurs défenseurs des droits humains en Arménie.
Edward Leigh a considéré la publication de ce rapport comme une attaque contre la structure canonique de l’Église, visant à modifier « par la force » ses règles :
« Utiliser les mécanismes de l’État pour réécrire les anciennes lois ecclésiastiques constitue une violation flagrante des droits humains et de la liberté religieuse. Ces élections [il fait référence aux élections législatives du 7 juin] ne concernaient donc pas simplement le pouvoir politique et, je le répète, je suis totalement neutre quant à ceux qui dirigent le gouvernement arménien. Ces élections ont été utilisées comme un mandat artificiellement créé afin de soumettre entièrement à l’État cette institution sacrée. Et cette instance, le Conseil de l’Europe, doit plus que toute autre chose défendre la liberté religieuse et condamner le gouvernement arménien. »
« Nous protégeons l’Église » : la réponse d’une députée du Contrat civil
La députée du Contrat civil Hripsimé Grigoryan a réagi aux affirmations du parlementaire britannique en estimant qu’Edward Leigh était mal informé :
« En réalité, ce que font le gouvernement arménien et l’État arménien, c’est protéger l’Église. La raison en est que la personne qui occupe actuellement le siège du Catholicos de tous les Arméniens est directement impliquée dans des activités illégales visant à renverser l’État arménien. Son frère est un agent, un agent international, ce qui est établi par des preuves et des documents, de ce pays [NDLR : la Russie], qui a manipulé… »
Évoquant les procédures pénales engagées contre de hauts dignitaires religieux, Grigoryan a poursuivi :
« Les évêques n’ont pas été arrêtés parce qu’ils sont évêques. Des procédures pénales ont été engagées contre eux. Ce n’est pas à nous de trancher : c’est au tribunal de rendre une décision définitive. Toutefois, ces affaires pénales portent sur de présumés actes terroristes dirigés contre le peuple arménien. »
La députée de la majorité faisait référence à l’affaire ouverte contre l’archevêque Bagrat Galstanian pour tentative d’acte terroriste. Le procès est toujours en cours et aucun jugement définitif n’a été rendu. Galstanian, qui avait dirigé au printemps 2024 un mouvement réclamant la démission du Premier ministre, a été arrêté l’année dernière. Il est aujourd’hui assigné à résidence et rejette les accusations portées contre lui.
Edward Leigh avait déjà provoqué la colère de Nikol Pachinian
L’année dernière, toujours lors de la session d’automne de l’APCE, Edward Leigh avait déjà provoqué la colère du Premier ministre Nikol Pachinian en employant l’expression « corridor de Zanguezour », utilisée par Bakou, pour évoquer le projet TRIPP destiné à relier l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan en passant par le sud de l’Arménie.
Nikol Pachinian avait alors invité le député britannique à lire, avant de s’exprimer publiquement, les documents signés à Washington en 2025.
« D’où tenez-vous cette expression ? Où l’avez-vous lue ? Une telle expression n’existe pas, n’a jamais existé et, soyez-en certain, elle ne figurera dans aucun document convenu entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan », avait déclaré Nikol Pachinian.
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