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Un Prix de la paix pour Pachinian, et quelques absents dans le discours

Le symbole ne pouvait manquer d’interroger. Vendredi 18 septembre, au Landtag de Hesse à Wiesbaden, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a reçu le Prix de la paix de Hesse pour son action en faveur du rapprochement avec l’Azerbaïdjan. Et c’est Serap Güler, députée CDU au Bundestag, ministre d’État au ministère allemand des Affaires étrangères et issue d’une famille turque immigrée en Allemagne, qui a été chargée de prononcer la laudatio du dirigeant arménien.

Rien, évidemment, ne saurait être reproché à une responsable politique en raison de ses origines. Mais dans le contexte arménien, le choix revêt une charge symbolique particulière : voir une personnalité allemande d’origine turque féliciter le Premier ministre arménien pour une « paix » conclue après la perte de l’Artsakh et l’exode de sa population ne pouvait qu’appeler une attention particulière au contenu de l’hommage.

Serap Güler a salué le « courage politique » de Nikol Pachinian, sa capacité à prendre ses responsabilités et à offrir à son pays la possibilité de définir son avenir non plus à partir des anciens conflits, mais « des possibilités de la paix ». Le Landtag de Hesse a, de son côté, présenté l’accord négocié en 2025 comme « un premier pas, mais décisif, vers une paix durable et fiable ». Le prix, doté de 25 000 euros, récompense depuis 1994 les efforts en faveur de la résolution pacifique des conflits.

Mais de quelle paix parle-t-on ?

Le contraste est d’autant plus saisissant que la presse publique allemande elle-même relève que Pachinian a consenti de « larges concessions » à l’Azerbaïdjan et rappelle que la prise de contrôle du Haut-Karabakh par Bakou s’est accompagnée de la perte de leur foyer pour de très nombreux Arméniens, dans ce qui a été en réalité un nettoyage ethnique, après un blocus à caractère génocidaire.

En septembre 2023, l’offensive azerbaïdjanaise a en effet provoqué l’exode de la quasi-totalité de la population arménienne du Haut-Karabakh. Plus de 100 000 personnes ont dû quitter leur terre. La question de leur droit au retour reste entière. Le Parlement européen a d’ailleurs demandé que ce droit soit garanti dans des conditions assurant leur sécurité et leurs droits, tout en réclamant la libération des prisonniers arméniens détenus en Azerbaïdjan.

Ces dossiers n’ont pas disparu parce qu’un processus de paix est engagé. Leur règlement est en réalité la condition de son aboutissement.  Des Arméniens restent détenus à Bakou et la France continue elle-même d’appeler à la libération de toutes les personnes qu’elle considère comme arbitrairement détenues en Azerbaïdjan.

Nikol Pachinian n’a d’ailleurs pas totalement éludé la question à Wiesbaden. Il a reconnu que la paix n’était « certainement pas parfaite » et cité parmi les problèmes humanitaires restant à résoudre les disparus, les détenus et le déminage. Plus surprenant encore, il a estimé qu’Ilham Aliyev « mérite également ce prix ».

C’est peut-être là que réside le principal malaise de cette cérémonie. Récompenser la recherche de la paix est une chose. Transformer un processus encore inachevé, né après une guerre perdue, l’exode des Arméniens de l’Artsakh et alors que demeurent des contentieux humanitaires majeurs, en récit déjà accompli de réconciliation en est une autre.

Le Prix de la paix de Hesse célèbre une espérance. Pour beaucoup d’Arméniens, cependant, cette paix reste associée à des pertes et à des questions non résolues. Et aucune cérémonie, aussi bienveillante soit-elle, ne saurait à elle seule effacer cette réalité.

Paul Nazarian

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