Les relations entre l’Azerbaïdjan et la Russie sont entrées dans une phase de tensions durables, estime European Pravda, l’un des principaux médias ukrainiens spécialisés dans les affaires européennes et ouvertement pro-européen, dans un article publié le 14 septembre. Le média analyse le durcissement spectaculaire de Bakou envers Moscou comme l’une des conséquences de l’affaiblissement progressif de l’influence russe dans le Caucase du Sud.
Le dernier épisode en date est particulièrement révélateur. L’Azerbaïdjan a placé sur sa liste des personnes recherchées trois propagandistes russes, Semyon Uralov, Ivan Knyazev et Alexei Chadayev, accusés d’avoir tenu dans leurs émissions des propos assimilés par Bakou à des appels au renversement violent du pouvoir, à des atteintes à l’intégrité territoriale du pays et à des menaces physiques contre ses dirigeants. L’ambassadeur russe a été convoqué par le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères, tandis que Moscou s’est empressé de prendre ses distances avec les intéressés, affirmant que leurs déclarations ne reflétaient pas la position officielle russe.
Selon European Pravda, cette nouvelle crise montre que la normalisation amorcée après la destruction, en décembre 2024, d’un avion d’Azerbaijan Airlines au-dessus de Grozny n’a pas permis de rétablir la confiance entre les deux pays. C’est même cet épisode qui aurait constitué le véritable tournant dans les relations russo-azerbaïdjanaises. La réaction de Moscou après la catastrophe aurait renforcé à Bakou le sentiment que la Russie continuait à considérer les anciennes républiques soviétiques comme relevant d’une sphère dans laquelle elle n’aurait pas à rendre de comptes.
Mais l’analyse va plus loin. Derrière cette confrontation se dessinerait une transformation profonde du rapport de forces régional. Jusqu’en 2020, la Russie était le principal arbitre extérieur du conflit du Haut-Karabakh. Sa présence militaire en Arménie, ses liens avec Bakou et son rôle dans les négociations lui permettaient de peser simultanément sur les deux parties.
Cette situation a profondément changé. Selon le média ukrainien, le processus de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan réduit désormais les possibilités d’intervention de Moscou. Après la prise de contrôle militaire du Haut-Karabakh, Bakou cherche par ailleurs à s’affirmer comme une « puissance intermédiaire » capable de mener une politique autonome dans le Caucase du Sud. Ses ressources énergétiques, ses relations avec l’Europe et la Turquie, le développement des voies de communication transcaspiennes et le rapprochement avec la Chine lui permettent de multiplier ses partenaires et de réduire sa dépendance envers la Russie.
Moscou reste donc un acteur important pour Bakou, mais ne bénéficie plus du statut privilégié qui était autrefois le sien.
Cette émancipation n’est toutefois pas sans risques. La Russie conserve des moyens de pression importants sur les entreprises azerbaïdjanaises, les travailleurs migrants présents sur son territoire et les structures de la diaspora. Bakou n’aurait donc aucun intérêt à provoquer une rupture complète. Moscou, de son côté, semble également vouloir éviter une confrontation frontale avec l’Azerbaïdjan.
Pour European Pravda, le scénario le plus probable est donc celui d’une relation durablement instable mais fonctionnelle : une Russie qui voit son ancienne prééminence régionale s’éroder et un Azerbaïdjan suffisamment renforcé pour lui tenir tête, mais pas au point de vouloir rompre avec elle.
