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Opinion : Lorsque vous visitez l’Artsakh occupé, demandez : où sont ses habitants ? — Lettre ouverte aux ambassadeurs accrédités en Azerbaïdjan, par Sergei Shahverdyan

Le président de l’ONG « Agence pour le développement du tourisme et de la culture de l’Artsakh », Sergei Shahverdyan, a adressé une lettre ouverte aux représentants diplomatiques en poste en Arménie :

« Chers représentants des missions diplomatiques,

Je m’adresse à vous en tant qu’homme né et ayant grandi en Artsakh, et dont la maison se trouvait à Stepanakert.

Il y a quelques jours, des représentants du corps diplomatique accrédité en Azerbaïdjan se sont rendus en Artsakh occupé. À Stepanakert, ils ont visité ce qui est appelé le « parc de la Victoire » et y ont pris une photo souvenir.

Alors que des diplomates se font photographier sur les lieux où se trouvaient les maisons d’Arméniens déplacés, des otages arméniens continuent de rester dans les prisons azerbaïdjanaises. Ce n’est pas simplement un « parc de la Victoire ». C’est un lieu où est célébrée une victoire remportée sur des personnes privées de leurs maisons, de leur patrie et de leur liberté.

Pour moi, ce n’est pas une histoire abstraite.

À cet endroit se trouvait autrefois ma maison, l’une des centaines de maisons des habitants de Stepanakert qui ont été rasées après l’expulsion forcée de leurs habitants en septembre 2023, en dépit des décisions des juridictions internationales et des résolutions du Parlement européen.

C’est précisément pour cette raison que je m’adresse aux missions diplomatiques en poste en Arménie, ainsi qu’à leurs homologues à Bakou :

Vous devez comprendre ce que vous légitimez précisément en participant à de telles visites organisées par les autorités azerbaïdjanaises.

En vous rendant à Stepanakert et en vous faisant photographier dans ce qui est appelé le « parc de la Victoire », vous ne devez pas devenir partie prenante d’un récit politique et propagandiste dans lequel les conséquences de l’expulsion de la population arménienne sont présentées comme une « victoire » et une « libération ».

En visitant Gandzasar et Dadivank, vous devez voir non seulement les monastères anciens, mais aussi ce qui arrive à leur identité et à leur patrimoine arméniens.

En visitant Chouchi, vous devez vous souvenir du patrimoine culturel arménien de la ville, notamment de la destruction, de la transformation et de l’effacement de ses églises.

Vous devez poser des questions.

Si vous visitez Stepanakert, vous devez demander : où sont ses anciens habitants ?

Si vous visitez un monastère arménien, vous devez demander : pourquoi son identité arménienne est-elle en train d’être modifiée ?

Si vous visitez Chouchi, vous devez demander : qu’est-il advenu des églises, des musées et du patrimoine culturel arméniens de la ville ?

Et je tiens tout particulièrement à m’adresser aux représentations diplomatiques de la France, de la Russie et des États-Unis — des États qui ont été pendant des décennies coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE et qui ont été directement impliqués dans la recherche d’un règlement pacifique du conflit du Karabakh.

À Bakou, vos homologues ne font pas que parcourir la région.

Ils participent à une campagne politique et informationnelle soigneusement orchestrée.

Vous devez comprendre que chaque visite diplomatique, chaque photographie, chaque geste officiel a une portée politique.

Derrière les belles photographies du « Karabakh reconstruit » se trouvent des personnes réelles qui ont été chassées de leurs maisons.

Moi y compris.

Et tant que nous parlons de paix, une paix juste ne peut pas être construite sur l’oubli des personnes déplacées, l’effacement de leur patrimoine et le silence sur ceux qui sont détenus en Azerbaïdjan.

Vous devez vous en souvenir la prochaine fois que vous vous ferez photographier en Artsakh.

Vous ne devez pas permettre que le nettoyage ethnique se transforme en itinéraire touristique. »

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