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L’eau va-t-elle devenir plus chère ? Les autorités veulent fixer un « tarif objectif »

Le Premier ministre Nikol Pachinian estime qu’il faudra prochainement modifier aussi bien notre rapport à l’eau potable et à l’eau d’irrigation que les méthodes de gestion de cette ressource, ainsi que les tarifs qui lui sont appliqués.

« Aujourd’hui, en République d’Arménie, les tarifs de l’eau reflètent notre attitude à l’égard de cette ressource », a déclaré récemment le chef du gouvernement à Dilijan, lors de l’atelier « Réformes du secteur de l’eau 2026-2031 ».

« Nous devons constater que nous ne pourrons pas compléter la chaîne que j’ai évoquée si, à la base de tout cela, nous ne définissons pas une formule garantissant l’efficacité économique du système. Sans cela, c’est tout simplement impossible. Il faut d’abord déterminer un tarif objectif, puis examiner quelle part de ce tarif doit être payée, par qui et de quelle manière. Je souhaite que nous distinguions clairement ces différents aspects », a-t-il ajouté.

Aucune décision précise n’a encore été prise sur la date ni sur l’ampleur d’une éventuelle modification des tarifs. Mais Pachinian a posé un principe : il n’est désormais plus possible de faire du maintien des tarifs à leur niveau actuel une priorité.

« La discussion sur les tarifs doit s’inscrire dans une logique de développement. Nous devons abandonner cette logique conservatrice qui consiste à dire : “Faisons tout pour éviter que les prix augmentent, ou pour qu’ils augmentent le moins possible.” Nous devons remplacer ce discours par un autre : “Faisons tout pour que tout le monde ait accès à l’eau” », a déclaré le Premier ministre.

Une hausse de 80 % ?

L’augmentation du prix de l’eau dépend de différents facteurs. Lors de la discussion, le vice-Premier ministre Tigran Khatchatryan a donné un exemple : le traitement d’un mètre cube d’eau nécessite 180 drams.

« Nous comprenons donc que, pour que ces 180 drams puissent être intégrés dans notre quotidien, il faudrait au minimum faire passer le tarif de 200 à 380 drams, étant entendu que ce traitement répond à des objectifs très importants », a-t-il déclaré.

Cela signifie-t-il que le tarif de l’eau potable pourrait presque doubler dans les prochaines années ?

Le président du Comité de l’eau, Aramazd Ghalamkaryan, a indiqué à Azatutyun qu’il n’existait pour l’instant aucune décision ni aucun projet concret concernant le tarif de l’eau. Des études sont actuellement en cours et ce sont leurs résultats qui permettront de déterminer quelles propositions ou quelles orientations pourront être retenues en matière tarifaire.

Lors des discussions de Dilijan, Ghalamkaryan a néanmoins indiqué que plusieurs objectifs importants avaient été fixés à l’horizon 2031 :

« Davantage d’eau stockée, produire davantage avec moins d’eau, davantage d’eau traitée, davantage de terres irriguées et cultivées, un lac Sevan mieux préservé et une société plus consciente des enjeux », a déclaré le responsable du secteur de l’eau.

« Il ne faut pas commencer les réformes par les tarifs », estime un expert

Babken Pipoyan, président de l’ONG « Consommateur informé et protégé », souligne que la gestion de l’eau exige des approches très différentes selon que l’on parle d’eau potable, d’eau d’irrigation, de stockage, de traitement de l’eau ou encore d’évacuation des eaux usées.

Pour l’instant, estime-t-il, on présente surtout au public une série de bonnes intentions ressemblant davantage à des vœux pieux. Quant à une révision du tarif de l’eau potable, elle pose une nouvelle fois la question des calculs et du rapport entre le prix payé et la qualité du service.

« Prenons Veolia. Veolia est un investissement étranger, européen [NDLR : Veolia est une entreprise française]. L’État fera tout ce qui est en son pouvoir pour éviter le moindre problème avec Veolia. Très bien. Mais, parallèlement, nous constatons l’ampleur des plaintes de nos consommateurs à l’égard de Veolia et la qualité scandaleuse du service. Et que voyons-nous lorsque la société s’exprime ? Au niveau de l’exécutif, on nous répond avec des formules abstraites : “Nous devons, il est possible que…”, ou encore : “Nous devons exploiter au mieux les capacités et les ressources de Veolia.” Mais quelqu’un pourrait-il enfin préciser concrètement ce que signifie “mieux exploiter” ? », demande l’expert.

Selon Pipoyan, des changements sont indispensables dans le secteur, mais ils ne doivent pas commencer par une hausse des tarifs.

« Le secteur a besoin de transformations profondes, et ces transformations ne commencent pas par une augmentation des prix. Des changements systémiques et fondamentaux sont nécessaires dans le mode de gestion de ce secteur. »

La dernière hausse ressentie par les consommateurs remonte à quatre ans

En 2018, à la veille des élections législatives, le Premier ministre Nikol Pachinian avait promis que le prix de l’eau potable n’augmenterait pas en Arménie jusqu’en 2024. Le tarif a néanmoins été révisé en 2022 : le prix de l’eau a augmenté de 20 drams pour tous les consommateurs, à l’exception des ménages défavorisés, pour atteindre un peu plus de 200 drams.

Une nouvelle hausse de 8 drams est intervenue en 2023, mais les consommateurs ne l’ont pas ressentie, le gouvernement ayant subventionné la partie du tarif de l’eau potable dépassant les 200 drams.

Aujourd’hui encore, la majorité des consommateurs paient 200 drams par mètre cube, tandis que les ménages défavorisés paient 180 drams.

À la fin du mois d’août, Veolia Djur a saisi la Commission de régulation des services publics en proposant de ne rien modifier aux tarifs en vigueur en 2027.

Au regard des déclarations des responsables gouvernementaux, il n’est toutefois pas encore possible de savoir si l’entreprise présentera prochainement une nouvelle demande visant à augmenter le prix de l’eau.

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