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Prisonniers arméniens à Bakou : quand le régime azerbaïdjanais se délivre à lui-même un certificat de bonne conduite

 Face aux accusations de tortures, de mauvais traitements et de persécutions religieuses visant les prisonniers arméniens détenus en Azerbaïdjan, la médiatrice azerbaïdjanaise Sabina Aliyeva oppose un démenti catégorique publié par l’agence APA. Selon elle, ces accusations seraient « infondées et partiales » et pourraient même viser à « perturber les pourparlers de paix en cours ».

La « Commissaire aux droits de l’homme » assure que ses services ont rencontré confidentiellement les détenus arméniens, évalué leur état physique et psychologique et constaté que leurs droits étaient respectés « conformément aux normes internationales ».

Mais quelle valeur accorder à un tel certificat de bonne conduite lorsqu’il est délivré par une institution officielle d’un régime autoritaire à ce même régime ?

La question est d’autant plus légitime que l’Azerbaïdjan obtient en 2026 la note de 6 sur 100 dans le classement des libertés de Freedom House. L’organisation lui attribue notamment 0 sur 4 pour l’indépendance de la justice, 0 sur 4 pour les garanties d’un procès équitable et 0 sur 4 pour l’indépendance des médias. Human Rights Watch constate de son côté une nouvelle détérioration de la situation des droits humains et une répression accrue des journalistes, opposants et représentants de la société civile. Reporters Sans Frontières place l’Azerbaïdjan à la 171e place sur 180 pays dans son dernier classement sur la liberté de la presse dans le monde. 

Si l’Azerbaïdjan n’a rien à cacher, pourquoi avoir écarté le Comité international de la Croix-Rouge, seul organisme international indépendant qui avait accès aux détenus arméniens ?

La question n’est d’ailleurs pas seulement morale ou politique. Elle touche directement aux obligations découlant des Conventions de Genève.

La IIIe Convention de Genève de 1949 impose aux puissances détentrices des obligations particulièrement strictes à l’égard des prisonniers de guerre. Son article 13 dispose qu’ils doivent être « traités en tout temps avec humanité » et protégés contre les violences, les intimidations et les insultes. L’article 17 interdit expressément toute torture physique ou morale ainsi que toute contrainte destinée à obtenir des renseignements.

Plus encore, l’article 126 organise précisément le contrôle extérieur dont Bakou s’est aujourd’hui privé : les délégués du CICR doivent pouvoir accéder aux lieux où se trouvent les prisonniers de guerre et s’entretenir avec eux sans témoin. La durée et la fréquence de ces visites ne doivent pas être limitées ; elles ne peuvent être interdites que pour des nécessités militaires impérieuses, « à titre exceptionnel et temporaire ». Le CICR explique lui-même que ce mécanisme a précisément pour fonction de contrôler sur place le respect des droits des prisonniers.

L’isolement hermétique dans lequel sont maintenus les détenus arméniens constitue en soi une violation de la légalité internationale et un sévice . Le commentaire officiel du CICR sur la Convention rappelle d’ailleurs que le traitement humain des prisonniers englobe notamment le respect des convictions et pratiques religieuses, l’intégrité physique et mentale, les soins médicaux mais aussi le maintien de contacts avec le monde extérieur.

Les accusations de persécutions religieuses méritent elles aussi autre chose qu’un démenti officiel. Des témoignages font notamment état de croix tatouées qui auraient été brûlées ou effacées sur le corps de détenus.

La photographie de Vicken Euljekjian que nous publions mérite à cet égard une attention particulière. Diffusée alors qu’il se trouvait aux mains des Azerbaïdjanais, elle montre sur sa main une zone cutanée visible à l’emplacement signalé, où se trouvait tatouée une petite croix. Confrontée aux témoignages recueillis, cette photographie justifie précisément une enquête indépendante plutôt qu’un simple démenti des autorités mises en cause.

Sabina Aliyeva reproche enfin aux défenseurs des prisonniers d’instrumentaliser la question religieuse et de porter atteinte au processus de paix.  Depuis quand la paix exige-t-elle le silence sur le sort des prisonniers ? Les Conventions de Genève ont justement été conçues pour que la protection des captifs ne dépende ni des rapports de force politiques ni des nécessités diplomatiques du moment.

La meilleure manière pour Bakou de démontrer que les accusations de torture sont mensongères est donc extrêmement simple : rétablir un accès international indépendant aux détenus et permettre des entretiens confidentiels, sans représentants du pouvoir ni gardiens.

Si l’Azerbaïdjan n’a rien à cacher, il n’a rien à craindre d’un regard extérieur.

Qu’il ouvre les portes de ses prisons.

Paul Nazarian

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