C’est aussi dans cette église que Karékine Njdeh a épousé sa première femme en 1920 et où il a été proclamé commandant en chef de la résistance de l’autoproclamée république Arménienne des Montagnes, en lutte contre les armées turco-tatares et bolchéviques voulant prendre le contrôle du Syunik, qui devait être cédé à l’Azerbaïdjan. L’histoire en décida autrement puisque le Syunik restera, grâce à cette résistance de ses fils, au sein de l’Arménie soviétique. Le Syunik, dont l’étymologie se rapporte principalement aux montagnes de Sissakan et à Sisak, descendant du patriarche Hayk, fait aussi allusion à l’ancienne dynastie princière des Siouni et à l’antique province de Siounie et au Royaume-médiéval du Syunik. C’est aussi sur ces terres que fut lancée un front militaire, diplomatique, culturel qui constituera le front de libération national arménien des XVIIème et XVIIIème siècle, menés par les Princes autonomes du Syunik et d’Artsakh pour ce qui constituait l’Arménie Orientale, alors sous occupation perse.
Syunik nous fait penser à « Syun », soit « colonne » en Arménien et il y a probablement dans ce mot d’origine Ourartéenne (Araratienne), une vérité profonde, c’est que cette terre est aujourd’hui la colonne vertébrale géographique de l’état arménien moderne, celle qui lui donne le droit d’exister, car sans elle, cet état ne serait qu’encerclé par ses ennemis aux appétits féroces qui rêvent de leur jonction territoriale qu’Enver Pacha n’a pas su leur donner malgré les gains considérables obtenus sur les arméniens. Mais les historiens et arméniens éclairés le savent, cette colonne vertébrale ne fût pas seulement géographique. Le Syunik fût un épicentre dans la vie Arménienne Orientale et pour toute la nation arménienne, cette province représentait une force importante dans la réalité arménienne avec ses contrepouvoirs locaux importants, ses nombreux monastères, écoles du savoir, liés à la rayonnante Tatev.
C’est aussi dans cette région que fût élaborée au Xème siècle l’évangile d’Etchmiadzine, joyau de l’enluminure arménienne et copie la plus fidèle et la mieux préservée de la toute première traduction de la Bible en arménien datant du Vᵉ siècle. Ce n’est pas pour rien que tout projet porte un sens profond dans la région du Syunik, et j’ai mené en tant que membre de SOS Chrétiens d’Orient depuis plusieurs années nombre de projets dont certains très symboliques et importants comme la création d’un musée de la Lutte de libération nationale arménienne à Harjis ou encore la construction de places de villages comme la place du patriarche Hayk à Khoznavar ou celle du prince Thoros à Yeghvard. Et ce ne sont que des projets parmi tant d’autres, je profite de cette tribune pour pouvoir adresser mes remerciements à l’ONG française SOS Chrétiens d’Orient et ses donateurs sans qui ces projets n’auraient pas lieu.
Malgré le cataclysme et la perte de repère qui caractérisent cette période d’après-guerre de 2020, la résilience demeure une qualité profonde des Arméniens. Et la foule, notamment la jeunesse, présente pour la reconsécration de l’église Saint-Grégoire-l’Illuminateur de Goris, témoigne de la recherche d’un espoir par la population. Cette population ne demande qu’un « enclencheur » pour le renouveau, et non le déni et le silence, qui sont dénoncés par tant dont moi-même. Des actes symboliques doivent signifier la voie du renouveau national arménien, et chaque pas compte. Je prie donc pour que ces pas se multiplient. Quel ne fut pas la joie de nos ouvriers de voir de nombreux gorisois proposer leur aide physique ou financière lors des travaux de l’église. Et puis, Monseigneur Makar nous a confié, qu’un jour, des visiteurs Iraniens avaient proposé leur aide. A la question de Mgr, de savoir pourquoi eux, avaient cet intérêt. La réponse fût sans appel : « C’est la maison de Dieu et nous devons mettre chacun notre pierre ». Ainsi va aussi pour la maison Arménie.
Aram Kayayan
Texte et photos




