Le principal spécialiste du service de l’éducation de la municipalité de Martouni est furieux : un message vocal qu’il avait envoyé aux directrices de jardins d’enfants est parvenu à Arman Tatoyan.
Dans un second message, le responsable municipal reproche vivement cette fuite et laisse entendre qu’il aimerait employer un terme particulièrement grossier pour qualifier cet acte, mais s’en abstient par respect pour son éducation.
Quelques jours plus tôt, Arman Tatoyan avait rendu public l’enregistrement, qu’il présente comme une preuve de « l’impunité » du parti au pouvoir, le Contrat civique (KP). Selon lui, des pratiques contraires à la loi sont utilisées pendant la campagne électorale.
Dans l’enregistrement, on entend : « Aujourd’hui à 19 heures sera inauguré le bureau central du KP à Martouni. Merci d’informer vos employés masculins qu’ils doivent obligatoirement être présents. »
Tatoyan s’étonne qu’un responsable municipal puisse imposer la participation à un événement politique sans qu’aucune conséquence juridique ne s’ensuive, puis menacer les personnes concernées.
La secrétaire générale de la mairie de Martouni, Svetlana Hovhannissian, rejette toute accusation d’illégalité. Selon elle, les 18 jardins d’enfants de la commune emploient plus de 500 femmes et seulement huit hommes.
« Où est la logique ? Si nous voulions mobiliser du monde, pourquoi irions-nous chercher ces huit hommes plutôt que les 500 femmes ? », fait-elle valoir.
Pourquoi alors le message demandait-il explicitement la présence obligatoire des employés masculins ? Selon Hovhannissian, le mot « obligatoire » aurait été utilisé par maladresse. L’auteur du message voulait simplement dire que les hommes pouvaient participer s’ils le souhaitaient, mais se serait mal exprimé.
Concernant les menaces proférées après la fuite de l’enregistrement, la municipalité affirme que leur auteur était sous le coup de l’émotion après la publication du document.
Tatoyan avance une tout autre explication. Selon lui, un système impliquant plusieurs hauts responsables du pouvoir est à l’œuvre. Il cite notamment les noms du Premier ministre Nikol Pachinian, d’Arayik Haroutiounian, de Suren Papikian et de Lilit Makounts.
Dans le cas de Martouni, il évoque également Anna Navasardian, employée de la mairie et proche parente du député KP Alkhaz Ghazaryan. Cette dernière nie toute implication dans la campagne du parti au pouvoir.
L’équipe de Tatoyan prépare désormais un signalement pour infraction présumée et prévoit de saisir le parquet.
Deux semaines auparavant, Tatoyan avait déjà publié un autre enregistrement provenant de la région d’Armavir. Une voix féminine y demandait à des étudiants d’un collège de se présenter devant l’administration puis de rejoindre la place publique à l’occasion d’une visite d’un dirigeant du KP. Un signalement avait été transmis au parquet, mais aucune réponse n’a encore été apportée.
L’organisation d’observation électorale « Témoin indépendant » a également adressé des plaintes concernant les enregistrements de Martouni et d’Armavir.
Selon plusieurs observateurs, des enseignants, des employés municipaux et même des enfants auraient participé à divers événements de campagne du parti au pouvoir.
À Verin Artachat, des élèves sont ainsi sortis pendant les heures de cours pour assister à une rencontre électorale du KP avec des drapeaux et des accessoires de campagne. Un épisode similaire aurait eu lieu dans la commune d’Aparan, où les cours auraient été écourtés afin de permettre aux élèves de rencontrer Nikol Pachinian.
Les directeurs de quatre écoles ont présenté leur démission, mais une enquête administrative est toujours en cours. Seize jours après son ouverture, aucune conclusion n’a encore été rendue publique.
Les observateurs de la mission électorale « Akanates » ont par ailleurs recensé plusieurs cas présumés d’utilisation de ressources administratives à des fins électorales. À Aparan, selon leur rapport, des directeurs d’école auraient interrompu les cours, conduit des élèves à une réunion électorale du Premier ministre, distribué des drapeaux et des t-shirts de campagne et donné des consignes sur leur apparence. Les jeunes filles auraient notamment été invitées à porter des tresses pour participer à l’événement.
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