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Un tribunal arménien maintient en détention un activiste réfugié du Karabakh qui avait osé s’en prendre à Pachinian

par

©armenews.com

En Arménie, alors qu’approche le scrutin législatif du 7 juin, il est de plus en plus risqué de critiquer le ministre Nikol Pachinian, surtout quand on est réfugié et a fortiori militant de ce Kaut-Karabakh dont il a proclamé qu’il n’existait pas, voire n’avait jamais existé.

Artur Osipinian, comme d’autres avant lui, a fait les frais de cette extrême susceptibilité du dirigeant arménien candidat à sa réélection, qui ne laisse rien passer sur les réseaux ou lorsqu’il est pris à partie un peu trop vivement durant ses meetings de campagne. L’ancien ‘révolutionnaire de velours’ est prompt à déchaîner les foudres d’une justice à laquelle il affirme, en huit ans de mandat, avoir rendu son indépendance mais qui suit scrupuleusement ses ordres, comme jeudi 21 mai, lorsqu’un tribunal arménien a refusé de rendre sa liberté Osipinian, qui avait été arrêté lundi à Erevan pour avoir publiquement polémiqué avec Pachinian qui lui avait répondu par une bordée d’insultes.

Le premier ministre avait été abordé par Osipinian alors qu’il faisait campagne dans le district d’Arabkir, au nord de la capitale. Osipian avait eu l’audace de lui poser des questions d’autant plus dérangeantes qu’elles relevaient d’une critique globale de sa politique au Karabakh, un sujet qui suscite une réaction épidermique de rejet chez le premier ministre, qui l’a montré une fois de plus, en entrant dans une fureur noire face à ce citoyen peu docile.

Peu après que ses partisans et ses gardes du corps eurent éloigné de force Osipian, Pachinian est revenu à la charge, muni d’un mégaphone, et s’est précipité vers le réfugié du Karabakh, vociférant des insultes et des menaces qui s’adressaient au-delà aux “ pseudo-élites du Karabakh ”.

“Vous auriez dû mourir quand il y avait encore le problème du Karabakh. Pourquoi es-tu toujours vivant, toi, espèce de salaud?” hurla le premier ministre.

Osipian, qui avait fait publiquement campagne contre les dernières autorités du Karabakh avant la reconquête de la région par l’armée azérie, avait été arrêté et inculpé suite à cet incident. Le Comité d’enquête d’Arménie a prétendu qu’il aurait perturbé l’ordre public et gêner la campagne électorale du parti Contrat civil au pouvoir. Il l’a aussi accusé d’avoir appelé à perpétrer une attaque violente contre Pachinian sur un réseau social en mars.

Dans un communiqué conjoint publié mercredi, plus d’une dizaine d’organisations civiques peu suspectes de sympathie pour la Russie car financées par l’Occident, ont rejeté les accusations comme “illégales, dénuées de fondement, et politiquement motivées” et ont demandé la libération immédiate d’Osipinian. Ces organisations ont fait valoir qu’il exerçait simplement son droit à la liberté d’expression et n’avait jamais prôné la violence.

Le tribunal a ignoré cet appel, permettant aux enquêteurs de maintenir Osipian en détention provisoire pendant les deux prochains mois.

Durant sa tournée à Arabkir, Pachinian a plus d’une fois perdu son sang froid, au fil des rencontres avec des citoyens mécontents, dont Arpine Soghoyan, une gynécologue dont le frère, le médecin militaire de haut rang Hrant Papikian, avait été porté disparu dans la guerre de l’automne 2020 au Karabakh. Soghoyan a rendu Pachinian responsable de sa perte et l’a accusé d’avoir “volé ma patrie”.

Pachinian a répliqué en reliant cette femme qui avait osé le prendre à partie aux leaders des trois principales formations d’opposition d’Arménie, qu’il s’engageait à « éliminer ». Ce comportement brutal avait suscité une vive indignation doublée d’une ferme condamnation dans les rangs de l’opposition et au-delà.

Aram Vartevanian, l’un des représentants du bloc Arménie forte du milliardaire russo-arménien Samvel Karapetian, a demandé jeudi à la procureure-générale Anna Vartapetian d’ordonner des poursuites criminelles contre Pachinian. Le bureau de Vartapetian a fait savoir au Service arménien de RFE/RL qu’il avait transmis la demande au Comité d’enquête. Mais il semblait évident que les procureurs n’allaient pas lancer une enquête sur la légalité de ces dérapages verbaux de Pachinian, dénoncées comme des menaces de mort par ses détracteurs.

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