Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian continue d’exploiter politiquement les événements du 1er mars contre l’ancien président Robert Kotcharian, a dénoncé ce mardi 19 mai, Edmon Maroukyan, chef du parti « Arménie Lumineuse ».
Selon lui, la tragédie du 1er mars est devenue, d’élection en élection, un simple outil politique et une promesse sans conséquences concrètes. Le parti a d’ailleurs tenu aujourd’hui une prise de parole symbolique près du mémorial dédié aux victimes du 1er mars afin de dénoncer les atteintes aux droits humains.
Edmon Maroukyan affirme que le conflit entre Nikol Pachinian et Robert Kotcharian n’est qu’une mise en scène politique : « Nikol Pachinian continue d’utiliser les événements du 1er mars contre Robert Kotcharian. Comment peut-on continuer à gouverner depuis huit ans en promettant sans cesse de l’emprisonner ? »
Quelques jours plus tôt, le Premier ministre avait une nouvelle fois évoqué « le crime du 1er mars », assurant que l’affaire était « entièrement élucidée », alors même que, dix-huit ans après les faits, les circonstances exactes de la mort des dix victimes restent inconnues.
La procureure générale Anna Vardapetyan avait déclaré il y a un mois que l’affaire ne pourrait être considérée comme résolue qu’après une décision de justice définitive. Elle avait également estimé que les faits pouvaient relever d’un abus de pouvoir accompagné de violences, un crime qui, selon elle, ne serait pas prescrit.
Interrogée par Azatutyun sur une éventuelle implication directe de Robert Kotcharian et sur l’application des délais de prescription, la procureure n’a toutefois pas encore répondu.
Pour Maroukyan, toute cette affaire relève de la manipulation politique : « Juridiquement, il n’y a plus rien à faire. Ils mentent. Personne n’ira en prison. Ils veulent simplement être réélus, retourner au Parlement, partir en missions officielles, profiter du pouvoir et voyager à Strasbourg. »
Le dirigeant d’« Arménie Lumineuse » a aussi rappelé que c’est sous le gouvernement de Nikol Pachinian que la Cour constitutionnelle, dans sa composition modifiée, avait acquitté Robert Kotcharian des accusations de renversement de l’ordre constitutionnel dans l’affaire du 1er mars. Le dossier a néanmoins été rouvert et, en janvier dernier, un juge anticorruption a validé de nouvelles charges contre Robert Kotcharian, Seyran Ohanian, Yuri Khatchaturov et Armen Gevorgyan.
Près du mémorial du 1er mars, Edmon Maroukyan et Karpis Pashoyan, deuxième sur la liste électorale du parti, ont également dénoncé les atteintes actuelles aux libertés publiques, accusant les autorités de faire taire les voix critiques et de concentrer un pouvoir sans contrôle.
Karpis Pashoyan a averti : « Ne faisons pas en sorte que, dans dix ans, nous devions encore inaugurer un monument à la mémoire des victimes des violences du pouvoir de Nikol Pachinian. »
Maroukyan a ajouté : « Si cela continue ainsi, un tel monument existera effectivement un jour, car ce pouvoir devient de plus en plus autoritaire et violent. »
Les deux responsables ont enfin estimé que l’exercice d’un troisième mandat par Nikol Pachinian représentait le franchissement d’une « ligne rouge » susceptible de conduire à de nouvelles violences politiques en Arménie. Ils ont même évoqué des références historiques remontant à la Russie impériale et au destin tragique de Nicolas II après la révolution.
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