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Mairie de Paris : commémoration du 111e anniversaire du génocide arménien

par

©armenews.com

Plus de sept cents personnes étaient réunies en ce vendredi 24 avril ensoleillé, – une fois n’est pas coutume – sous les ors de la salle des fêtes de la mairie de Paris.

Beaucoup portaient le fameux petit ruban jaune pour rappeler que dix-neufs otages arméniens croupissaient toujours dans les geôles de Bakou et qu’à Paris, on ne les oubliait pas. Mieux, les responsables politiques exigeaient leur liberté. Maintenant !

Le nouveau maire, Emmanuel Grégoire, dont l’élection a été saluée par les trois intervenants a pris la parole dans un discours très politique.

Après avoir souligné les liens forts qui unissent Paris et la communauté arménienne, « la plus grande d’Europe », il a rappelé que c’est en France, et plus particulièrement en Région parisienne, que les rescapés ont trouvé refuge après avoir survécu à ce que l’Histoire a « enfin qualifié de premier génocide du XXe siècle. » Les survivants sont arrivés avec leur « mémoire », leur « désir de vivre » et une « exigence de justice » qui résonne aujourd’hui encore.

Le maire a réaffirmé que la reconnaissance du génocide par la Turquie demeurait « un combat essentiel » pour l’Arménie. La France, a-t-il dit, a été « une terre d’accueil» et elle « doit l’être encore». « Paris restera fidèle à son histoire ; une ville solidaire, ouverte, une ville refuge. »

S’adressant à l’assemblée, il a évoqué ces Arméniens qui font la fierté de la France comme Manouchian ou Aznavour qui avec sa chanson Ils sont tombés a « posé les mots sur l’indicible », sur le génocide.

La mémoire enfin, n’a de sens, a-t-il conclu que « si elle éclaire l’avenir qui ne peut s’écrire que dans la paix.» Paris va « soutenir » de tout son poids l’Arménie. « Nous n’oublions pas les prisonniers et nous afficheront leurs portraits dans l’espace public. La culture arménienne doit continuer à vivre et nous soutiendrons la création d’une Maison de l’Arménie qui verra le jour avec l’ensemble des collectivités territoriales. »

C’est Ara Toranian, coprésident du CCAF, qui a ensuite pris la parole

« Avant toute chose, permettez-moi de remercier Emmanuel Grégoire pour l’organisation de cette cérémonie et le féliciter pour sa brillante élection à la Mairie de Paris. Permettez-moi aussi de dédier les mots qui vont suivre aux dix-neuf otages arméniens toujours détenus par la dictature azerbaïdjanaise.
Je ne prononcerai pas leurs noms ici – d’autres le feront tout au long de cette journée. Mais au-delà du million et demi de morts du génocide de 1915, c’est aussi à ces vivants, prisonniers mais vivants, que le CCAF a voulu dédié cette commémoration. D’où le ruban jaune, symbole universelle de la solidarité avec les otages que nous seront nombreux à porter aujourd’hui pour dire que cette journée ne relève pas seulement du devoir de mémoire, mais aussi d’une cause qui a acquis une dimension universelle car c’est bien l’humanité qui a été assassinée en 1915.
Cette cause, c’est celle du droit d’un peuple à l’existence, à la liberté, à la dignité, face à des entreprises criminelles qui visent à l’effacer.
Ce combat, nos otages – anciens dirigeants de la République du Haut-Karabakh – l’ont mené au plus haut niveau. Trois d’entre eux ont exercé la fonction de président de ce territoire arménien libre qui, pendant plus de trente ans, a résisté avec courage aux assauts de ce fer de lance contemporain du panturquisme qu’incarne la dictature azerbaïdjanaise.
Une résistance héroïque, jusqu’à ce que « la Commune » de l’Artsakh – si vous me permettez cette référence – soit écrasée et vidée de son peuple, au terme d’une guerre profondément inégale, menée de concert par deux États prédateurs : l’Azerbaïdjan, pétro-dictature de onze millions d’habitants, et la Turquie, dix-septième puissance mondiale, deuxième armée de l’OTAN, forte de plus de quatre-vingt dix millions d’âmes.
Encore cet État.
Celui-là même qui était à la manœuvre il y a cent onze ans.
Encore lui.
Encore cette alliance Bakou-Ankara, fondée sur une double névrose politique :
La première : une haine ancienne, enracinée, à la fois ethnique et religieuse, envers un peuple autochtone, chrétien, résilient – un peuple d’autant plus attaché à ses racines et à ses traditions qu’il les a défendues, siècle après siècle, au prix du sang.
La seconde : un rêve de reconquête, né des décombres de l’Empire ottoman, celui d’un continuum territorial turcique « de l’Adriatique à la muraille de Chine », selon les mots de Suleyman Demirel en 1993, président de la Turquie au moment même de la première guerre du Karabakh.
Dans cette vision, le Karabakh constituait un obstacle à la jonction entre la Turquie et l’Azerbaïdjan.
Un obstacle à éliminer.
Comme l’étaient les Arméniens en 1915 pour le pouvoir jeune-turc, dans ce premier génocide du XXe siècle dont l’impunité allait ouvrir la voie à la Shoah.
Le bilan on le connait : Le massacre non pas de 30 000, 50 000, cent mille personnes, mais d’un million et demis d’Arméniens, auxquelles s’ajoute des centaines de milliers d’Assyro-Chaldéens et de Grecs pontiques anéantis. Plus de deux millions de vies détruites.


Mais les chiffres ne disent pas tout.
Ils ne disent pas les souffrances, les viols, les marches sans fin vers les déserts de Syrie, les charniers à ciel ouvert, la famine organisée, la brutalité froide et méthodique d’un État lancé dans une entreprise d’extermination totale.
Ils ne disent pas non plus ce qui a précédé : Adana en 1909, 30 000 morts. Les massacres hamidiens de 1894 à 1896 : 250 000 Arméniens tués.
Ils ne disent pas enfin l’après : le silence, le déni, la destruction du patrimoine culturel, la spoliation. La difficulté à être pour les générations suivantes.
Avant ces crimes, les chrétiens représentaient près d’un tiers de la population des territoires de l’actuelle Turquie.
Aujourd’hui, ils en représentent à peine 0,2%. 200 000 âmes sur une population 90 millions d’habitants.
Le génocide a atteint ses objectifs.
Homogénéisation ethnique et religieuse.
Élimination d’un obstacle stratégique.
Appropriation des biens et constitution d’une bourgeoisie nationale turque qui a prospéré sur les décombres d’un peuple.
Et aussi : institutionnalisation du mensonge.
Le crime est resté impuni.
Pire : il est même devenu payant.
Alors pourquoi commémorer ?
Parce que se souvenir, c’est empêcher que le crime atteigne pleinement son but.
Le devoir de mémoire n’efface pas l’irréparable. Mais il empêche que l’oubli en soit l’achèvement.
Parce que le génocide est un crime imprescriptible et universel.
Et que face à lui, l’humanité a le devoir de faire en sorte que ni le temps ni la distance ne deviennent les alliés des bourreaux.
Ici, aujourd’hui, en honorant ces morts — que le négationnisme insulte — nous leur offrons ce que leurs bourreaux ont voulu leur refuser : un mausolée dans la conscience des hommes.
Mais cette exigence ne relève pas seulement de la mémoire.
Elle engage aussi notre présent.
Car l’impunité alimente la violence, comme on l’a vue avec l’Artsakh, mais aussi dans d’autres circonstances, avec les massacres successifs contre les Kurdes, l’invasion de Chypre, les menaces contre l’Arménie ou la Grèce, l’instauration d’un régime stipendié en Syrie. L’oubli prépare les crimes de demain.Voilà pourquoi notre combat continue.
Pour la vérité.
Pour la justice.
Pour la paix.
Pour la libération de nos otages. Et pour que jamais un peuple ne soit condamné à disparaître dans l’indifférence du monde. »

Mourad Papazian, coprésident du CCAF, s’est juste après adressé à l’assemblée

« Il est des silences qui protègent. Et il est des silences qui condamnent. Il est des mots que l’on choisit… et il est des mots que l’on doit prononcer. Ce matin ici, à Paris, nous ne sommes pas réunis pour un simple devoir de mémoire. Nous sommes réunis pour un devoir de vérité. Et, osons le dire, pour un devoir de courage.

Car le 24 avril 1915, ce n’est pas seulement un drame qui commence. C’est une mécanique d’anéantissement qui se met en marche. Une mécanique froide. Méthodique. Implacable. Un million et demi d’Arméniens exterminés. Un million et demi. Ce chiffre, nous le répétons souvent. Mais l’entendons-nous vraiment ?

Un million et demi de regards. Un million et demi de voix. Un million et demi de vies. Et face à cela, le monde a hésité. Le monde a tergiversé. Le monde s’est tu. Alors oui, aujourd’hui, nous commémorons. Mais commémorer ne suffit pas. Parce qu’un génocide que l’on commémore sans en tirer les conséquences… est un génocide que l’on trahit une seconde fois.

Et je veux le dire ici avec force : ce que nous honorons aujourd’hui n’est pas seulement une mémoire. C’est une exigence. Une exigence de vérité. Une exigence de justice. Une exigence de responsabilité. Car tant que la vérité n’est pas reconnue, tant que la justice n’est pas rendue, tant que les responsabilités ne sont pas assumées… l’Histoire reste inachevée. Et cette inachèvement, aujourd’hui, porte un nom. Recep Tayyip Erdoğan.

Erdogan est l’architecte de la stratégie de négation du génocide des Arméniens. Et NIER un génocide, c’est continuer l’œuvre des bourreaux. C’est refuser aux morts leur dignité. C’est refuser aux vivants leur vérité. Et tant que ce déni persistera, nous ne pourrons pas tourner la page.

Mais mes chers amis,

Il serait trop facile de ne parler que du passé. Car ce qui nous rassemble aujourd’hui, ce qui nous bouleverse, ce qui doit nous révolter… c’est que l’Histoire, une fois encore, s’est répétée. En 2023. Sous les yeux du monde. 120 000 Arméniens du Haut-Karabagh ont été contraints de fuir. 120 000. Chassés de leurs maisons. Arrachés à leurs racines. Privés de leur avenir. Sous la responsabilité de Ilham Aliev. Ce n’est pas un incident. Ce n’est pas un conflit. Ce n’est pas une conséquence. C’est une volonté. Une volonté d’effacer. Une volonté de vider. Une volonté d’humilier. Et disons-le clairement : c’est une épuration ethnique. Et comme si cela ne suffisait pas… 19 Arméniens sont aujourd’hui détenus à Bakou. Je veux que nous prenions un instant.

Un instant pour penser à eux. À leurs visages. À leurs familles. À leur espoir. 19 hommes qui ne savent pas de quoi demain sera fait. 19 hommes qui sont devenus des symboles malgré eux. 19 hommes qui attendent… que le monde pense à eux. Leur sort n’est pas un détail. Leur sort n’est pas secondaire. Leur sort est une ligne de vérité. Et cette ligne de vérité nous oblige. Parce qu’à travers eux, c’est notre humanité qui est interrogée. Et là encore, il faut dire les choses.

La communauté internationale a échoué. Elle a échoué par prudence. Elle a échoué par intérêt. Elle a échoué par faiblesse. Et parfois, oui… elle a échoué par lâcheté. Car l’Histoire nous l’a appris : le mal avance toujours plus vite que les bonnes intentions. Et face à cela, il n’y a qu’une réponse possible : l’engagement.

Comme le disait Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Alors nommons-les. Nommons et condamnons le génocide, leurs auteurs et leurs héritiers qui refusent de le reconnaître. Nommons et condamnons le négationnisme et ses auteurs. Nommons et condamnons l’épuration ethnique et son auteur. Nommons et condamnons la détention des otages et ceux qui l’ont ordonnée. Et refusons, collectivement, de nous habituer à l’inacceptable.

Monsieur le Maire,

Permettez-moi maintenant de m’adresser à vous. Non pas seulement en tant qu’élu. Mais en tant qu’homme. En tant que responsable d’une ville qui, plus que toute autre, incarne une certaine idée de la justice. Paris n’est pas une ville comme les autres. Paris est une voix. Paris est un symbole. Paris est un message adressé au monde. Et ce message, aujourd’hui, il doit être clair. Paris ne peut pas être spectatrice. Paris ne doit pas être prudente. Paris doit être exemplaire. Sous l’impulsion de Anne Hidalgo, Paris a su se tenir aux côtés du peuple arménien. Avec constance. Avec courage. Avec fidélité. Et aujourd’hui, Monsieur le Maire, l’Histoire vous regarde. Et je vous le dis avec respect… mais avec exigence : Faites de Paris une capitale qui ne se contente pas de commémorer… mais qui agit. Qui interpelle. Qui mobilise. Qui entraîne. Faites de Paris une capitale qui demande la libération immédiate des 19 otages arméniens. Faites de Paris une capitale qui exige la reconnaissance du génocide par la Turquie. Faites de Paris une capitale qui refuse l’effacement d’un peuple. Parce que Paris a ce pouvoir rare : le pouvoir d’entraîner les consciences. Et aujourd’hui, les consciences doivent se réveiller.

Mesdames et Messieurs,

Le peuple arménien n’est pas seulement un peuple blessé. C’est un peuple qui nous élève. Un peuple qui nous rappelle que la dignité ne se négocie pas. Que la mémoire ne s’efface pas. Que la justice finit toujours par s’imposer. Un peuple qui, malgré tout, continue d’espérer. Et cette espérance nous oblige. Elle nous oblige à être à la hauteur. Elle nous oblige à être courageux. Elle nous oblige à être fidèles à ce que nous sommes. Alors, en ce 24 avril, je vous le demande… Ne soyons pas seulement dans l’émotion. Soyons dans l’action. Ne soyons pas seulement dans la mémoire. Soyons dans l’engagement. Ne soyons pas seulement dans les mots. Soyons dans les actes. Et disons-le, tous ensemble, avec force, avec fierté, avec détermination : Paris avec les Arméniens. Paris avec l’Arménie. Paris avec les Arméniens d’Artsakh. Parce que lorsqu’un peuple est menacé, c’est l’humanité tout entière qui est en danger. Parce que lorsqu’une injustice triomphe, c’est notre conscience qui recule. Parce que lorsqu’un homme est privé de liberté, c’est nous tous qui sommes un peu moins libres. Alors oui, aujourd’hui, nous faisons plus que commémorer. Nous nous engageons. Et nous jurons… que jamais, plus jamais, le silence ne l’emportera sur la vérité. »

 

Arman Khachatryan, ambassadeur d’Arménie en France a conclu cette mâtinée

Je tiens tout d’abord à vous remercier, Monsieur le Maire, pour votre accueil chaleureux, et à vous adresser mes sincères félicitations pour votre récente élection. Votre engagement aux côtés de la communauté arménienne et votre attachement aux valeurs de mémoire et de justice sont profondément appréciés.

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour commémorer le cent-onzième anniversaire du génocide des Arméniens. Au printemps 1915, dans l’Empire ottoman, fut perpétré un crime qui a marqué à jamais l’histoire de l’humanité : le premier génocide du XXe siècle. Le 24 avril 1915, des centaines d’intellectuels, d’écrivains, de religieux et de notables arméniens furent arrêtés à Constantinople. Ce fut le début d’un processus d’extermination planifié : déportations, famines organisées, massacres systématiques.  En l’espace de quelques années, près d’un million et demi d’Arméniens – hommes, femmes, enfants et vieillards – furent anéantis. Des villages entiers furent effacés. Les marches de la mort à travers le désert syrien devinrent le tombeau d’un peuple. Ce ne fut ni une conséquence de la guerre, ni une tragédie accidentelle. Ce fut un génocide : la volonté délibérée de détruire un peuple, en tout ou en partie.

La France fut parmi les premières nations à reconnaître cette vérité. Dès 2001, elle a adopté une loi historique reconnaissant le génocide des Arméniens. Cette reconnaissance a été constamment réaffirmée. La décision du Président de la République d’inscrire le 24 avril comme journée nationale de commémoration constitue une étape essentielle. Pour cette clarté morale et cette fidélité à la vérité, l’Arménie et le peuple arménien expriment leur profonde gratitude à la France.

Cette reconnaissance s’inscrit dans une tradition plus ancienne de solidarité. Bien avant 1915, des voix françaises courageuses — Georges Clemenceau, Jean Jaurès et Anatol France et beaucoup d’autres— avaient déjà dénoncé les violences perpétrées contre les Arméniens dans l’Empire ottoman et appelé à la mobilisation des consciences.

Parmi les nombreux actes de solidarité français, il convient également de rappeler l’action du vice-amiral Louis Dartige du Fournet. En septembre 1915, face à une situation désespérée sur les pentes du Musa Dagh, il prit la décision d’évacuer plus de 4 000 Arméniens encerclés et menacés d’extermination, les conduisant en sécurité à Port-Saïd.

Ce geste demeure profondément inscrit dans la mémoire du peuple arménien. Le 26 mai 2025, une plaque commémorative en son honneur a été inaugurée au Mémorial du génocide à Tsitsernakaberd, à Érévan, en présence des ministres des Affaires étrangères de l’Arménie et de la France. Ce moment fort symbolise notre reconnaissance mutuelle et l’amitié entre nos deux pays.

Cet esprit de résistance et de dignité trouve une incarnation exemplaire dans la figure de Missak Manouchian. Survivant du génocide, il devint l’un des visages les plus emblématiques de la Résistance française. Avec ses compagnons, il incarna un engagement sans compromis contre l’oppression. Aujourd’hui, Missak et Mélinée Manouchian reposent au Panthéon. Leur parcours témoigne d’une vérité essentielle : l’histoire peut tenter d’anéantir un destin, mais elle peut aussi en faire un symbole universel.

C’est précisément sur ce socle de mémoire partagée et de valeurs communes que repose l’amitié franco-arménienne d’aujourd’hui. La France est un pays ami avec lequel nous entretenons des relations d’exception —ancrées dans une histoire longue, faite d’épreuves traversées ensemble et de combats menés côte à côte pour la dignité humaine. Ces dernières années, notre partenariat a connu un essor remarquable, acquérant une dimension véritablement stratégique dans des domaines aussi essentiels que la défense, l’économie et l’énergie.

Cette dynamique est appelée à franchir un nouveau seuil. La visite d’État du Président Emmanuel Macron en Arménie, attendue le 4-5 mai, représente un moment historique pour nos deux pays. Elle donnera une nouvelle impulsion à notre partenariat — en approfondissant notre coopération et en ouvrant ensemble de nouveaux horizons.

Mesdames et Messieurs,

En honorant la mémoire des victimes innocentes du génocide et en maintenant vivant leur souvenir, l’Arménie poursuit activement ses efforts en vue d’établir des relations normales avec ses voisins.

Dans ce même esprit, après tant d’épreuves, l’Arménie a fait un choix clair : celui de construire son avenir souverain autour d’un agenda de paix.

Mais la paix doit être préservée et consolidée dans la durée, par le dialogue, la coopération, l’institutionnalisation progressive et la construction patiente de la confiance.

Car la paix ne se décrète pas : elle se construit. Elle exige une volonté politique forte et un engagement résolu de toutes les parties.

Nous espérons que cette paix ne se limitera pas à une coexistence stable dans le Caucase du Sud. Elle devra également mettre fin aux discours de haine et aux récits hostiles. Dans ce cadre, les questions humanitaires urgentes — au premier rang desquelles la libération des prisonniers de guerre arméniens détenus à Baku — doivent être résolues sans délai.

Parallèlement, l’Arménie s’attache à faire de la mémoire une responsabilité partagée à l’échelle internationale. Plusieurs initiatives ont contribué à renforcer la mobilisation mondiale en matière de prévention des génocides. Ainsi, en 2015, l’Assemblée générale des Nations unies a proclamé le 9 décembre Journée internationale de commémoration des victimes du génocide et de prévention de ce crime. Plus récemment, le 30 mars 2026, le Conseil des droits de l’homme a adopté à l’unanimité une nouvelle résolution en ce sens. Ce texte renforce les mécanismes d’alerte précoce, identifie les facteurs de risque — discours de haine, discrimination, impunité — et appelle à une action collective.

Chers amis,

Ici, à Paris, je voudrais évoquer la diaspora arménienne de France, ce lien vivant entre l’Arménie et la France. Vous avez su préserver notre langue, notre culture et notre mémoire, tout en contribuant pleinement à la vie économique, culturelle et civique de la France.

Vous vous êtes également mobilisés en soutien à la souveraineté et à la sécurité de l’Arménie, ainsi qu’à ses efforts pour établir une paix juste et durable dans la région du Caucase du Sud. La diaspora arménienne incarne une continuité : celle d’un peuple dispersé, mais demeuré vivant et uni par sa mémoire.

Monsieur le Maire,

Avant de conclure, je tiens à remercier la Ville de Paris, vous-même, ainsi que votre prédécesseur, Madame Anne Hidalgo, pour votre engagement constant en faveur de l’Arménie et du peuple arménien. Votre dévouement sans faille en faveur du droit, de la justice et de la dignité humaine constitue pour nous une source d’espoir dans ces temps difficiles.

Je souhaite également mentionner les vœux adoptés par le Conseil de Paris en faveur de la libération des prisonniers arméniens détenus en Azerbaïdjan, qui témoignent d’un attachement ferme aux principes de droit et de justice.

Mesdames et Messieurs,

Cent onze ans après le chapitre le plus sombre de notre histoire, nous sommes réunis ici ensemble – non dans la haine, mais dans l’espérance et dans la responsabilité.

Comme le disait Anatole France en 1916 : « L’Arménie expire. Mais elle renaîtra… Un peuple qui ne veut pas mourir ne meurt pas. »

Ces mots conservent aujourd’hui toute leur force.

Nous nous souvenons – pour que le silence ne protège jamais les crimes, pour que la vérité résiste au déni et au négationnisme, et pour que l’avenir ne cède pas aux répétitions du passé. Car la mémoire n’est pas seulement un hommage aux morts. Elle est une exigence pour les vivants.

Vive Paris,

Vive la France,
Vive l’Arménie,

Vive l’amitié franco-arménienne ․ »

Reportage photos Anthony Mkrtchian

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