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ARMENIE Rubrique

Revue de la presse arménienne du 17 novembre 2020


Démission/ révocation du Ministre des Affaires étrangères/ Le Premier ministre a déclaré lundi matin (cf. infra) que la guerre aurait pu être évitée si l’Arménie avait volontairement cédé le contrôle de sept régions entourant le Haut-Karabakh ainsi que la ville de Shushi. La porte-parole du Ministère des Affaires étrangères (MAE) a contredit cette déclaration en indiquant que la question de céder Shushi n’avait jamais été à l’ordre du jour à aucun stade du processus de paix. Peu temps après, lors d’une session parlementaire en direct Pachinian, a réagi à cette déclaration en indiquant « Il y avait de si bonnes options écrites sur papier, et l’Arménie a refusé ? Alors quiconque dira une telle chose viendra et répondra devant moi » et, après avoir brièvement consulté son téléphone, il a annoncé avoir décidé de licencier le Ministre des Affaires étrangères, Zohrab Mnatsakanyan. Deux minutes après, la porte-parole du MAE a publié la lettre de démission de Mnatsakanyan écrite à la main : « Monsieur le Premier ministre, Je vous prie d’accepter ma démission. Je vous remercie pour votre confiance et pour le travail commun dans cette période ».

Conférence de presse en ligne de Nikol Pachinian/

Sur le processus des négociations et la guerre

Le Premier ministre a également évoqué le processus de négociation passé en déclarant qu’avant sa venue au pouvoir, le processus de négociations avait franchi un point de non-retour lorsque la question était entrée dans la logique des « territoires en échange de rien ». Pachinian a déclaré qu’il avait essayé de changer la logique des négociations, mais n’avait pas pu. D’après lui il y avait un consensus international selon lequel l’Arménie devait céder les territoires contre rien et son équipe n’a pas pu changer cette position. Pachinian a déclaré que les accusations portées contre lui se contredisaient : d’une part, il est accusé d’avoir signé un document sur la cession de territoires, et d’autre part, il est accusé de ne pas l’avoir fait plus tôt. Pachinian a insisté sur le fait que l’armée avait résisté jusqu’au point où il n’y avait plus de sens à résister. Il a répété avoir sauvé la vie des soldats. Selon Pachinian, pour déclarer une journée de deuil [proposée par le Président et le Catholicos], il faut attendre la fin de processus de récupération des corps. Il a souligné en ce moment les garanties sociales pour les familles des soldats blessés ou handicapés et les contacts avec eux. Quant aux rumeurs selon lesquelles Shushi a été cédée, il a rappelé que les corps de centaines de soldats ont été récupérés autour de Shushi : « alors pourquoi se battaient-ils ? ». D’après lui, les forces de l’ordre ont invité une personne qui diffusait des informations sur un complot pour céder Shushi, mais la personne n’a pas pu fournir des informations concrètes sur le complot. Selon lui, pendant les négociations, dès que l’Arménie donnait son accord pour une version du document, cette version devenait tout de suite inacceptable pour l’Azerbaïdjan. Selon lui, la condition de céder Shushi avait été imposée au début par les Azéris. Pachinian a déclaré que la guerre pourrait être évitée si l’Arménie rendait les 7 régions et Shushi. Quant aux consultations sur la situation et la déclaration, Pachinian a indiqué qu’il avait tenu des consultations avec d’autres acteurs, y compris le Président et le Catholicos, mais que pour la signature de la déclaration trilatérale il n’y avait pas le temps d’organiser de larges consultations et qu’il en a discuté avec les militaires et les autorités du Karabakh. « Nous avons également eu des réunions, des discussions avec les représentants des forces politiques. En général, ils ont été informés des tendances ». Selon lui, la modification des dispositions du document trilatéral entraînerait un changement de la situation militaire ce qui, selon lui, est irréaliste. Selon Pachinian, il y a la nécessité d’interpréter de nombreuses dispositions de la déclaration trilatérale. D’après lui, pour la partie arménienne, la question du statut du Haut-Karabakh devrait être placée sur la base du processus de négociation. Pachinian a également nié avoir discuté de la proposition russe avec les Américains. Pachinian a déclaré que l’armée de défense du Karabakh continuerait à fonctionner avec le même statut.

Sur sa publication Facebook controversée et la situation interne

Commentant les réactions à sa publication Facebook controversée (cf. revue du 14 au 16 novembre 2020), Pachinian a insisté qu’elle ne contenait pas d’appel à une guerre civile. Il a qualifié ces informations de manipulations. Selon lui, il reçoit des messages des soldats qui disent vouloir le rencontrer et par cette publication il avait voulu confirmer vouloir les rencontrer. D’après lui, après l’arrivée de ces soldats et ses contacts avec eux, les rumeurs sur un complot politico- militaire vont cesser. Pachinian a déclaré qu’il avait discuté avec les organes compétents pour qu’il n’y ait pas de personnes armées qui arrivent à Erevan. Pachinian a rejeté les déclarations selon lesquelles l’opposition est menacée en Arménie. D’après lui, le gouvernement ne veut pas et ne peut pas la cibler. Pachinian a exclu l’utilisation d’armes et de la force et a invité l’opposition à faire pareil. Le Premier ministre a souligné le fonctionnement des institutions d’État dans la situation actuelle, déclarant que leurs activités devraient être dirigées concrètement pour assurer la sécurité et la stabilité dans le pays. Pachinian a déclaré que la question de sa démission n’était pas à l’ordre du jour et que la seule question à son ordre du jour était la garantie de la stabilité et de la sécurité au sein de la population.

Le Président : les élections anticipées sont inévitables/ Dans une adresse à la nation, le Président, Armen Sarkissian, a déclaré que vu la situation actuelle et l’impératif de la surmonter dignement, en écoutant la demande de la population, « il est évident que pour mettre le pays à l’abri des turbulences, des élections anticipées parlementaires sont inévitables ». Selon lui, entretemps la gestion du pays doit être transférée à un gouvernement hautement qualifié formé sur un accord national. D’après le Président, la majorité absolue des participants aux consultations qu’il a tenues avec des forces politiques, ONGs et la Diaspora partagent son avis.

L’opposition demande la démission de Pachinian et la formation d’un nouveau gouvernement temporaire/ Les manifestants demandant la démission de Pachinian se sont rassemblés à nouveau sur la Place de la Liberté à Erevan le 16 novembre. Ishkhan Saghatelian, chef des Dachnak, a présenté le projet de l’opposition pour sortir le pays de la situation actuelle. Selon lui, l’accord trilatéral est une réalité, mais il reste inacceptable. La présence des soldats de paix russe reste nécessaire. Selon Saghatelian, il est nécessaire d’essayer d’emmener les concessions arméniennes au minimum par les voies diplomatiques lors des négociations. C’est pourquoi, selon lui, il faut changer le négociateur qui n’est pas capable de présenter les intérêts du peuple [Pachinian] et il faut parvenir à la reconnaissance du Karabakh. Saghatelian a appelé à l’organisation d’une session parlementaire dont l’agenda serait la levée de la loi martiale et la démission de Pachinian, après quoi un nouveau Premier ministre devrait être élu et un gouvernement temporaire serait formé. Ce nouveau gouvernement devrait renégocier le document signé, prendre des mesures pour sortir le pays de la situation difficile après-guerre et organiser des élections anticipées. Saghatelian appelle les forces d’ordre à ne pas suivre les ordres illégaux du gouvernement. Il a également appelé les membres du gouvernement à démissionner. La prochaine manifestation pour exiger la démission de Nikol Pachinian aura lieu sur la Place de la Liberté le 18 novembre à 17 heures.

Session parlementaire de questions-réponses avec le Premier ministre/ Les deux groupes d’opposition parlementaire « Arménie prospère » et « Arménie lumineuse » ont boycotté la session de questions-réponses organisée au Parlement sur la suggestion du Premier ministre. Ils ont déclaré que l’ordre du jour de la réunion avec Pachinian ne peut désormais porter que sur une seule question : sa démission. Seuls les députés progouvernementaux ont donc participé à cette session parlementaire. Pachinian a déclaré au Parlement qu’à son avis, l’activité de la coprésidence du Groupe de Minsk de l’OSCE devrait se poursuivre. Pachinian a également qualifié de mythe les rumeurs selon lesquelles il y avait des problèmes dans les relations arméno-russes, c’est pourquoi la déclaration trilatérale est un texte peu avantageux pour l’Arménie. Selon Pachinian, au cours des cinq dernières années, la position de la Russie sur le conflit du Haut-Karabakh n’a pas changé et les relations arméno-russes « ont été, sont et seront stratégiques, alliées, et personne n’en doute ». Pachinian a également qualifié de mythe les informations selon lesquelles qu’il y avait une opportunité pour changer le cours de la guerre en démissionnant, mais qu’il avait refusé de le faire. Quant à l’erreur stratégique de l’Arménie, selon Pachinian la plus grande erreur a été de penser que les deux approches, l’exclusion de la guerre et le refus de céder des territoires pouvaient être combinées. Pachinian a également annoncé qu’il y aurait des changements dans le gouvernement.

Le Conseil du Parlement va débattre d’une motion visant à demander à la CC d’évincer Tsaroukian en tant que député/ Le parti « Arménie prospère » a déclaré avoir été informé que le Conseil du Parlement débattrait d’une motion visant à saisir la Cour constitutionnelle pour suspendre les fonctions de député de Gagik Tsaroukian.

Autre développements internes/ La cour a libéré Ashot Minasyan qui était détenu dans le cadre d’une enquête sur la préparation du meurtre de Pachinian et l’usurpation du pouvoir (cf. revue du 14 au 16 novembre 2020). Artak Davtyan a été relevé de ses fonctions de Président du Comité de l’industrie militaire de l’Arménie. Le Service de sécurité nationale a déclaré que 46 militaires de ses troupes frontalières avaient été tués pendant la guerre, 191 autres étaient blessés et 2 disparus.

Réactions internationales/ Les Présidents français et russe ont discuté de la situation au Karabakh. Les deux dirigeants ont déclaré que la situation dans la région du Caucase du Sud s’était généralement stabilisée et qu’il était temps de s’attaquer aux problèmes humanitaires, notamment le retour des réfugiés et la préservation des églises et des monastères chrétiens. Le porte-parole du Kremlin a déclaré que le décret du Président turc sur l’envoi de troupes en Azerbaïdjan vise à assurer le fonctionnement du centre d’observation russo-turc du cessez-le-feu au Karabakh. Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a annoncé que le conflit du Haut-Karabakh devait être réglé dans le cadre de la coprésidence du Groupe de Minsk de l’OSCE. Il a également déclaré que le Président français et lui-même étaient d’accord pour dire que les récentes actions de la Turquie, notamment son soutien à l’Azerbaïdjan dans le conflit du Haut-Karabakh, ainsi que les mouvements militaires en Libye et en Méditerranée, ont été très agressives. Selon les sources de RIA Novosti, les États-Unis et la France espèrent obtenir des détails sur le rôle de la Turquie dans la déclaration sur la fin de la guerre au Haut-Karabakh. Le Congrès des députés espagnols a adopté une motion sur l’envoi d’aide humanitaire au Haut-Karabakh et la suspension des ventes d’armes à l’Azerbaïdjan.

118870 cas confirmés de coronavirus/ Au moment de la rédaction de cette revue, les autorités ont confirmé 118870 cas de coronavirus dans le pays dont 78343 ont été guéris et 1811 patients sont décédés.

Rédaction : Lena Gyulkhasyan

Ambassade de France

par Stéphane le samedi 21 novembre 2020
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