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THEATRE Rubrique

« Je m’appelle Aïda Aznavourian. Je suis la mémoire de la famille » : émotions et nostalgie sur les planches


« Je m’appelle Aïda. Aïda Aznavourian. Je suis la mémoire de la famille. Aujourd’hui, je me souviens... » : ses mots émaillent la pièce de théâtre Petit frère, actuellement sur les planches du Théâtre de l’Opprimé à Paris. Une odyssée singulière sur l’histoire des Aznavourian qui éclaire tout un siècle.

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«  La chance de cette pièce est de raconter une histoire qui nous concerne tous : Français, Arméniens, amoureux de la chanson, cinéphiles,... », confiait Armen Verdian il y a quelques mois, alors que la pièce était présentée en Arménie. Pour lui et Laure Roldán, l’aventure a commencé par une discussion à bâtons rompus en avril 2018 autour du « paradoxe » Aznavour. Pour les Franco-Arméniens, Charles est à la fois une figure tutélaire et le grand-père symbolique de chaque famille. Pourtant, l’odyssée de sa famille à lui, les Aznavourian, est aussi extraordinaire que peu connue. Suite à la lecture de Petit Frère, le livre autobiographique d’Aïda Aznavour-Garvarentz, la sœur de Charles, ils se mettent au travail avec une équipe enthousiaste, et une pièce naît. L’occasion de voir magnifiquement mis en scène l’exil de parents arméniens, la pauvreté à Paris, la relation décisive de Charles avec Édith Piaf, l’emballement de toute une « France Aznavourée » et la conquête du music-hall pour celui qui se définit lui-même comme un « tâcheron » de l’écriture. Mais aussi l’amour entre un frère et une soeur qui émane d’une vie familiale si singulière et créative, un dialogue ininterrompu entre deux enfants de la balle qui se remémorent les personnages de leur vie croisés sur près d’un demi-siècle.

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« Je ne te dis pas d’enterrer le passé, mais de ne pas vivre à travers lui seul. Je me repasse le film de ma vie, mais toujours j’ai préféré m’intéresser à la vie des autres. J’aime raviver les souvenirs enfouis que parfois les gens me confient au détour d’une rencontre, le temps d’un autographe », aimait à dire Charles Aznavour. A travers les mots de sa soeur Aïda magistralement campée sur scène - à plusieurs âges de sa vie - par Laure Roldán, le grand artiste reprend vie sous les yeux des spectateurs, à travers ses chansons, ses doutes, ses engagements, et son physique. Si l’on est touché en le revoyant dans quelques extraits vidéos projetées en fond sur un rideau intelligemment utilisé à plusieurs reprises par le metteur en scène, on l’est tout autant en le retrouvant à travers les traits du comédien Grégoire Tachnakian. Ce dernier met très bien en lumière les émotions de cet artiste hors-normes, entre humour (ne pas rater le moment où il prend le micro pour chanter) et tragique (à voir un instant suspendu en hommage à Missak Manouchian et son groupe de résistants).

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Pour le metteur en scène Gaëtan Vassart, il était plus que nécessaire de faire cette pièce maintenant, tout juste 2 ans après le décès de Charles, mais surtout en ce début de XXIe siècle qui apparaît comme une période trouble, annonciatrice de désordre : « Il nous semble important de faire entendre la voix de ceux qui ont déjà traversé des périodes semblables et pires. La voix de ceux qui ont fait cette traversée en conservant le sens de l’hospitalité et la conscience de ce qu’ils estiment être juste pour le plus grand nombre. Des voix chantées, et des voix écrites, qui affichent une joie qu’on pourrait croire contradictoire avec les heures sombres d’un temps qui aurait pu en obscurcir l’éclat ». Ses choix de scénographie permettent de jongler entre chaque mini-saynètes qui défilent à des époques différentes du XXe siècle : au milieu de la scène, un tapis arménien, livres et valises qui symbolisent le lourd passé ; à gauche, derrière le rideau, la possibilité pour les comédiens de se cacher et de partager leur doute ; alors qu’à droite, un miroir comme dans les coulisses d’un théâtre permet de montrer l’histoire en marche vers son destin pour un Aznavour promis à un grand avenir et à la postérité.

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Le rideau se lève, un rêve s’éveille. Le rideau tombe, un être s’évanouit. Entre ces deux événements, il y a une vie. C’est ce que cette compagnie La Ronde Nuit transmet, avec émotions et nostalgie, au Théâtre de l’Opprimé jusqu’au 11 octobre.

Texte : Claire Barbuti / Photos : Boshua

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Petit frère, mis en scène par Gaëtan Vassart
Ecrit par Laure Roldán, Gaëtan Vassart, Armen Verdian (librement inspiré d’Aïda Aznavour-Garvarentz)
Avec Laure Roldán et Grégoire Tachnakian
Jusqu’au 11 octobre
Théâtre de l’Opprimé (78 rue du Charolais, 75012 Paris)

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par Claire le vendredi 2 octobre 2020
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