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ART-SCULPTURE Rubrique

Le sculpteur Toros, l’éternel


Le sculpteur Toros -Toros Rast Klan- quelque peu souffrant n’était pas présent le 21 février dernier à l’inauguration de son œuvre « La souffrance de l’humanité » dédiée au groupe Manouchian, place Missak Manouchian à Valence (Drôme).
Nous avons rencontré Toros le 12 mai à son domicile de Romans à quelques pas de son atelier-musée où le sculpteur réalisa une partie de ses œuvres.
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Krikor Amirzayan (Nouvelles d’Arménie Magazine/Armenews) : Toros qu’est-ce que vous avez compris de cette vie ?

Toros Rast Klan  : J’ai compris qu’elle était faite de joie mais surtout de beaucoup de souffrance. Qu’est ce qu’on était, qu’est-ce qu’on est aujourd’hui et qu’est ce qu’on va devenir ? C’est une question qui traverse en permanence mon esprit. La vie est un devoir qui m’a été donné par mes parents, j’ai vécu comme tout le monde. Heureusement que dans ma vie, après une longue attente, ma femme Marie est entrée dans ma vie…elle me supporte jusqu’à maintenant. Elle m’a offert deux enfants qui portent mon nom. La vie est un rêve, nous vivons et nous nous demandons qu’est-ce que la vie, nous sommes en questionnement permanent.
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K.A. : Parmi vos créations quelles sont vos préférées ?

Toros : Toutes mes œuvres me sont chères. La série de mes sculptures dédiée au génocide arménien est parmi mes préférées ainsi que l’autel de l’église Saint-Sahag de Valence. Celle de Jean Moulin placée à la Préfecture de la Drôme m’est également proche par l’engagement des hommes pour la liberté, un œuvre saluée par les autorités publiques.
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K.A. : Auriez-vous désiré réaliser d’autres œuvres dans votre vie d’artiste ?

Toros : J’aurais voulu terminer mon œuvre « La flamme de l’éternité » que je voulais placer sur la place Manouchian à Valence à la place de « La souffrance de l’humanité », mais la force m’a manqué ces derniers mois.
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K.A. : Toros quel est votre message au peuple arménien qui vous a vu naître ?

Toros : mon message est de lui dire de vivre en harmonie et dans l’unité, dans la compréhension mutuelle et la tolérance de chacun envers l’autre. Ne pas donner lieu à des critiques stériles. Je suis néanmoins fier d’être né au sein de la nation arménienne et d’être issu d’une famille de résistants à l’armée turque au début du vingtième siècle à Ourfa, les Rastkélénian, qui ont réalisé par leurs actes héroïques un grand honneur à notre peuple. Mon père lorsque par manque d’argent ne m’envoyait pas à l’école à Alep, il me disait que notre nom valait déjà beaucoup plus que l’école par sa portée et l’héroïsme de nos ancêtres.

K.A. : Toros vous est né au sein d’une petite nation par son nombre, vous n’auriez pas voulu naître au sein d’une grande nation qui aurait davantage porté la puissance de vous œuvres ?

Toros : non ! Nous sommes nous les Arméniens une petite nation mais une nation qui a une grande portée dans de nombreux domaines dans le monde avec ses créateurs et ses personnalités. La taille d’une nation n’enlève en rien sa force et sa portée.

K.A. : Et la Foi ?

Toros  : je suis profondément croyant. La Foi c’est l’amour et l’espoir. Je crois en Christ un « petit bonhomme » crucifié sur la croix qui est le symbole de la torture et de la souffrance. Celle de l’humanité toute entière.

K.A. : Quel est votre message aujourd’hui au monde ?

Toros  : la paix, l’amour et l’unité par une compréhension mutuelle. Les crimes nazis sont un exemple de ce manque d’amour et de tolérance entre humains. Que l’humanité sache qu’elle fait partie d’une seule et même famille et les peuples qui la composent sont tous des frères et sœurs.

K.A. Et dans votre histoire personnelle qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

Toros : ma mère. J’ai été en Syrie visiter là où elle vivait après le génocide au nord d’Alep vers Tlabiat. L’histoire de ma mère m’a profondément marqué car chaque mère est unique.

K.A. Toros, qu’est-ce que vous voulez que le peuple arménien dise de vous ?

Toros : Je suis venu en France à Valence dans les années 1970. J’allais au Café de Lyon qui était fréquenté par beaucoup d’Arméniens. On me demandait si j’étais de Kharpert car beaucoup d’Arméniens de Valence sont originaires de Kharpert. Je leur répondais non. On me demandait d’où je venais. Je disais Alep. On me demandait s’il y avait des églises, des voitures…je disais oui, Alep ce n’est pas le désert. Et sur un ton ironique je leur disais qu’à Alep nous avions le métro ! Je veux juste que mon peuple me dise Toros. Cela me suffit. Je suis un enfant arménien.

K.A. Toros, quelle fut l’origine de la force de vos créations ?

Toros : la Foi. C’est par cette Foi et l’amour que j’ai réalisé en 1962 à Alep ma première œuvre sur une grande place de la ville. La statue était celle de « L’émancipation de la femme arabe » en symbole de liberté à laquelle j’ai donné le visage de ma mère. Et toutes mes œuvres représentant une femme, je les au réalisées en pensant à ma mère. J’ai énormément de respect envers la femme. Celle de l’amour et de la générosité, celle qui donne la vie. Dans mes œuvres je n’ai jamais réalisé le sexe de la femme, mais plutôt sa tendresse, sa beauté, sa sensualité.
A travers mes œuvres j’ai désiré passer un message par mon art. Et je crois que le public l’a bien compris.

Interview réalisée par Krikor Amirzayan

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par Krikor Amirzayan le mercredi 13 mai 2020
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