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La France et la Turquie bloquent les nouveaux partenariats de l’OTAN avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan

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©armenews.com

L’Arménie fait les frais d’un jeu de vetos au sein de l’OTAN. Depuis 2025, les nouveaux programmes de partenariat individualisés de l’Alliance avec Erevan et Bakou restent en suspens : la France s’oppose au texte concernant l’Azerbaïdjan, tandis que la Turquie refuse que celui destiné à l’Arménie soit adopté séparément.

L’affaire a été révélée publiquement le 30 septembre 2026 par Politico, qui s’appuie sur plusieurs diplomates de l’Alliance. Paris avait notamment lié son feu vert au sort du ressortissant français Martin Ryan, détenu en Azerbaïdjan depuis décembre 2023. Ankara a, de son côté, conditionné l’adoption du programme arménien à celle du programme azerbaïdjanais.

La Turquie conteste cependant l’idée d’une simple mesure de représailles contre Erevan. Un haut responsable turc cité par Politico affirme qu’Ankara soutient les deux programmes, mais exige qu’ils soient adoptés simultanément, assurant qu’il ne s’agit « absolument pas d’un différend Turquie-France ou Turquie-Arménie ».

Pour Erevan, la nuance ne change pas le résultat : son nouveau cadre de coopération avec l’Alliance atlantique reste bloqué.

Une coopération vieille de plus de trente ans

Les textes concernés sont des Individually Tailored Partnership Programmes (ITPP), des programmes pluriannuels conçus individuellement pour chaque partenaire de l’OTAN. Ils déterminent les priorités politiques, militaires et sécuritaires de la coopération avec l’Alliance.

L’enjeu est loin d’être symbolique pour l’Arménie. Erevan a rejoint le Partenariat pour la paix de l’OTAN en 1994 et participe depuis 2002 au processus de planification et d’examen, le PARP, qui vise notamment à améliorer l’interopérabilité entre les forces arméniennes et celles des pays de l’Alliance.

Depuis 2008, l’Arménie coopère également avec l’OTAN dans le domaine de la formation militaire. Ces programmes ont notamment accompagné la réforme de l’enseignement de défense et la modernisation de certaines structures militaires arméniennes.

Le nouvel ITPP doit permettre de réunir et d’actualiser ces différents volets dans un cadre unique, adapté aux nouveaux besoins de sécurité d’Erevan.

Avril 2026 : l’OTAN promet d’approfondir ses relations avec Erevan

Les 20 et 21 avril 2026, Kevin Hamilton, tout juste nommé en mars 2026 représentant spécial du secrétaire général de l’OTAN pour le Caucase et l’Asie centrale, effectuait sa première visite en Arménie. Il y rencontrait le président Vahagn Khatchatourian, le Premier ministre Nikol Pashinyan, le président de l’Assemblée nationale Alen Simonyan, ainsi que les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, Ararat Mirzoyan et Suren Papikyan.

À l’issue de cette visite, l’OTAN avait salué les efforts engagés pour moderniser les forces armées arméniennes et renforcer leur interopérabilité avec celles de l’Alliance. L’organisation assurait alors être prête à approfondir son « dialogue politique » ainsi que sa coopération avec l’Arménie en matière de « sécurité et de défense ».

Six mois plus tard, le nouveau programme destiné à encadrer cette coopération reste pourtant paralysé.

L’Arménie pénalisée par un contentieux franco-azerbaïdjanais

Le paradoxe est que le veto français ne vise pas l’Arménie. Paris bloque le programme entre l’OTAN et l’Azerbaïdjan, tandis qu’Ankara empêche en retour que le programme avec l’Arménie avance seul.

Erevan se retrouve ainsi indirectement touché par un conflit diplomatique auquel il n’est pas partie.

Pour l’Arménie, les conséquences sont avant tout militaires et politiques. La coopération existante avec l’OTAN n’est pas interrompue : Erevan continue notamment de contribuer à la mission KFOR au Kosovo et de participer à différents mécanismes de coopération de l’Alliance.

Mais le blocage empêche l’adoption d’un nouveau cadre correspondant aux priorités actuelles du pays : modernisation de l’armée, formation, interopérabilité, défense contre les menaces hybrides, dialogue politique et réforme du secteur de la sécurité.

Il intervient surtout à un moment où l’Arménie cherche à diversifier ses partenariats internationaux en matière de défense.

Le blocage était déjà visible au début de l’année. Les 21 et 22 janvier 2026, la secrétaire générale déléguée de l’OTAN, Radmila Shekerinska, s’était rendue à Bakou et avait publiquement appelé à finaliser le nouvel ITPP avec l’Azerbaïdjan.

L’OTAN précisait alors que ce programme devait porter sur la modernisation de l’enseignement de défense, le déminage, la sécurité humaine, la lutte contre les menaces informationnelles et la cyberdéfense.

Le fait qu’au 22 janvier 2026 l’Alliance parle encore de « finaliser » le programme confirmait que le texte n’avait toujours pas obtenu l’accord politique nécessaire.

La même situation perdurait plusieurs mois plus tard.

Le principal élément nouveau intervient le 23 septembre 2026. Ce jour-là, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev accorde sa grâce à Martin Ryan, citoyen français détenu en Azerbaïdjan depuis décembre 2023.

Le ministère français des Affaires étrangères accueille cette décision « avec soulagement », la qualifie de « geste humanitaire » et souligne qu’elle est le résultat d’un « dialogue patient et exigeant » avec Bakou. Paris estime surtout que cette libération marque « une étape vers la normalisation de nos relations ».

Cette décision retire ainsi l’un des principaux arguments avancés par Paris dans son différend avec l’Azerbaïdjan.

Pour l’Arménie, cette évolution est importante : si la France lève son opposition au programme azerbaïdjanais, la Turquie pourrait à son tour retirer son blocage du programme arménien, puisqu’Ankara affirme vouloir faire adopter les deux textes en même temps.

Une conséquence directe pour la stratégie de défense arménienne

Pour Erevan, l’enjeu dépasse donc largement une querelle de procédure à Bruxelles.

Depuis plusieurs années, et plus nettement encore en 2025 et 2026, l’Arménie cherche à élargir le nombre de ses partenaires dans le domaine de la sécurité et de la défense. Dans ce contexte, le nouveau partenariat avec l’OTAN devait fournir un cadre supplémentaire à la modernisation de ses forces armées.

Le blocage ne prive pas l’Arménie de ses relations actuelles avec l’Alliance, mais il retarde leur approfondissement précisément au moment où l’OTAN affirme vouloir accompagner la réforme de l’armée arménienne.

La situation est d’autant plus singulière que les ITPP sont, par définition, des programmes individualisés, conçus en fonction des priorités propres à chaque partenaire. Or le programme arménien se retrouve, dans les faits, lié par la Turquie au sort du programme azerbaïdjanais.

Après la visite de Kevin Hamilton à Erevan les 20 et 21 avril 2026, la volonté politique affichée par l’Alliance d’approfondir sa coopération avec l’Arménie était claire. Après la grâce de Martin Ryan le 23 septembre, l’un des principaux obstacles au déblocage du dossier azerbaïdjanais a également disparu.

Reste désormais à savoir si Paris modifiera sa position et si Ankara respectera alors son engagement de laisser avancer simultanément les deux programmes. Pour l’Arménie, la réponse déterminera la date à laquelle elle pourra enfin passer à une nouvelle étape de sa coopération avec l’OTAN.

 

 

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