Pour la terre de ses ancêtres, l’Arménie, Charles Aznavour s’est battu avec ferveur.
Je me souviens des larmes d’Aznive, ma grand-mère, quand Charles chantait devant elle « La Mamma ». Elle pleurait Knar Aznavour, sa sœur de lait, la mère de Charles. Deux destins arméniens liés comme les doigts d’une même main. Elles s’étaient rencontrées à Erzurum, en Anatolie, et avaient dû fuir ensemble les sabres de l’armée turque. Il y eut Constantinople, puis la Grèce, avant qu’elles ne se retrouvent à Paris où Charles naquit par hasard, en 1924. Ses parents, qui rêvaient d’Amérique, décidèrent finalement de rester. Et ma grand-mère devint sa marraine. Nos parents étaient pudiques. Comme les rescapés de la Shoah, ils taisaient leurs souffrances, de peur de gêner les autres. Entre eux, les mots étaient inutiles. « Terzian, je l’ai connu dans le ventre de sa mère », plaisantait Charles. Nous parlions toujours arménien. Cela nous faisait du bien, et lui me glissait en plaisantant : « Ça emmerde les autres ! »
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