Le politologue arménien Suren Surenyants estime que le gouvernement de Nikol Pachinian a sous-estimé la solidarité des autres membres de l’Union économique eurasiatique (UEEA) face au rapprochement de l’Arménie avec l’Union européenne. Dans un entretien accordé à Sputnik Armenia, il critique une politique étrangère qu’il juge improvisée et met en garde contre les conséquences économiques d’une éventuelle rupture avec l’organisation dominée par la Russie.
Dans un entretien accordé le 25 octobre à l’émission « Abovyan Time » de Sputnik Armenia, le politologue Suren Surenyants a vivement critiqué la stratégie du gouvernement arménien à l’égard de l’Union économique eurasiatique (UEEA). Selon lui, Erevan aurait nourri l’espoir de diviser les membres de cette organisation afin de poursuivre son rapprochement avec l’Union européenne sans en assumer pleinement les conséquences.
Ses déclarations interviennent après la publication d’un rapport élaboré par les quatre autres États membres de l’UEEA — la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizstan — consacré aux conséquences économiques potentielles d’une sortie de l’Arménie de l’organisation.
Selon les estimations présentées dans ce document, le prix du gaz russe fourni à l’Arménie pourrait augmenter de 69 %, tandis que son produit intérieur brut pourrait reculer de 15 %. Des projections dont la portée dépend toutefois des hypothèses retenues et qui ne constituent pas des conséquences économiques certaines.
Le 22 octobre, Nikol Pachinian avait réagi à ce rapport en estimant que sa finalité était davantage politique qu’économique. Selon le Premier ministre, l’objectif recherché serait de provoquer une déstabilisation intérieure afin de renforcer le contrôle exercé sur l’Arménie.
Une interprétation que conteste fermement Suren Surenyants.
« Ignorer les conséquences de sa propre politique, se dérober à ses responsabilités quant à ces conséquences et attribuer à ce rapport une volonté de déstabiliser la situation est, pour le moins, une attitude non professionnelle », a-t-il déclaré.
Une tentative supposée de diviser les partenaires eurasiatiques
Selon le politologue, les autorités arméniennes auraient espéré exploiter les différences d’intérêts entre les membres de l’UEEA pour éviter une position commune face aux ambitions européennes d’Erevan.
Il cite notamment l’intensification des relations diplomatiques avec le Kazakhstan au cours de l’année écoulée. À ses yeux, le gouvernement arménien aurait cherché à obtenir la bienveillance du président Kassym-Jomart Tokaïev, notamment à travers des perspectives de coopération dans le secteur ferroviaire.
Surenyants considère cependant que cette stratégie n’a pas produit les résultats escomptés, puisque les quatre partenaires de l’Arménie ont finalement adopté une position commune.
Il en conclut que ces États ne souhaitent pas compromettre leurs relations avec Moscou pour soutenir les ambitions européennes d’Erevan, ni créer un précédent susceptible d’affaiblir la cohésion de l’organisation.
Pour un abandon du processus d’adhésion à l’UE
Le politologue estime également que le gouvernement arménien refuse de tirer les conséquences de l’incompatibilité entre les régimes douaniers de l’Union européenne et de l’UEEA.
Selon lui, les autorités d’Erevan ont été averties à plusieurs reprises qu’une intégration complète à l’Union européenne ne pourrait être conciliée avec le maintien de l’Arménie dans l’union douanière eurasiatique.
Surenyants préconise donc une clarification de la politique étrangère arménienne. Si Erevan souhaite réellement maintenir une politique équilibrée et rassurer ses partenaires eurasiatiques, en particulier la Russie, il devrait, selon lui, abroger la loi engageant le processus d’adhésion à l’Union européenne.
Il qualifie cette loi de texte « inapplicable » et dépourvu de portée concrète, tout en considérant qu’elle envoie un signal politique contradictoire aux partenaires traditionnels de l’Arménie.
