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« Route de Trump » : comment l’Arménie, l’Azerbaïdjan, l’Iran, la Russie et la Turquie envisagent-ils la mise en œuvre de TRIPP ?

A New York, des responsables américains doivent présenter les mécanismes financiers et institutionnels grâce auxquels le projet TRIPP, qui doit relier l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan en passant par le Syunik, doit entrer dans sa phase de mise en œuvre concrète.

Mais tous les acteurs de la région soutiennent-ils ce projet ? Et envisagent-ils tous sa réalisation de la même manière ? Le projet de « Route de Trump » a été discuté aujourd’hui lors d’un forum organisé par le centre d’analyse APRI Armenia.

Téhéran n’est pas opposé à TRIPP, à deux conditions : l’ambassadeur d’Iran

Selon CivilNet, l’ambassadeur d’Iran Khalil Shirgholami a indiqué que l’Iran n’était pas opposé à la mise en œuvre de TRIPP, mais à deux conditions : qu’aucune présence militaire ou sécuritaire américaine ne soit déployée dans les territoires voisins de l’Iran, et que le projet ne porte pas atteinte à l’intégrité territoriale ni à la souveraineté de l’Arménie, Téhéran jugeant inacceptable toute modification géopolitique ou territoriale dans le Caucase du Sud.

L’ambassadeur iranien a d’ailleurs cité comme signe de telles ambitions le fait que les dirigeants azerbaïdjanais continuent de parler très ouvertement et directement de ce qu’ils appellent le « corridor de Zanguezour ».

« L’Azerbaïdjan est à l’origine du “corridor de Zanguezour” devenu la “Route de Trump” »

Le politologue azerbaïdjanais Vasif Huseynov, qui participait au forum par visioconférence, a justement employé l’expression « corridor de Zanguezour », affirmant que l’Azerbaïdjan était à l’origine de ce « corridor de Zanguezour » devenu la « Route de Trump ». « Nous utilisons ces deux termes de manière interchangeable. »

Vasif Huseynov a été directement interrogé sur les raisons pour lesquelles ce terme continuait d’être utilisé, sur ce qu’il recouvrait exactement et sur l’existence éventuelle, du point de vue azerbaïdjanais, d’une différence entre TRIPP et le « corridor de Zanguezour ».

« De notre point de vue, il n’y en a pas. Par “corridor de Zanguezour”, nous entendons une liaison sans entrave, ou un corridor, entre l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan à travers le territoire de l’Arménie, ce que garantit TRIPP. Si l’on regarde les documents relatifs à TRIPP, on retrouve les mêmes formulations. C’est précisément pour cette raison que l’Azerbaïdjan continue d’appeler TRIPP le “corridor de Zanguezour”. Et cela n’a jamais signifié l’occupation du sud de l’Arménie », a déclaré Vasif Huseynov, politologue au Centre d’analyse des relations internationales d’Azerbaïdjan.

« Cette formulation est perçue comme une revendication territoriale à l’égard de l’Arménie »

Benjamin Poghosyan, chercheur principal à APRI Armenia, a fait remarquer que cette formulation était perçue comme une revendication territoriale à l’égard de l’Arménie, car l’Azerbaïdjan en a donné à plusieurs reprises l’interprétation suivante : un corridor extraterritorial permettant de se rendre de Bakou au Nakhitchevan de la même manière que l’on voyage, par exemple, de Bakou à Soumgaït. « Du point de vue de l’Arménie, TRIPP n’est pas un corridor extraterritorial. »

Benjamin Poghosyan a également insisté sur la nécessité, en cas de mise en service de TRIPP, d’ouvrir simultanément toutes les frontières et de débloquer l’ensemble de la région.

« Si toutes les frontières ne sont pas ouvertes en même temps, nous aurons l’enchaînement suivant : d’abord TRIPP, puis la frontière Arménie-Azerbaïdjan dans le Tavush, ensuite la frontière Arménie-Nakhitchevan et enfin la frontière Arménie-Turquie. Mais en Arménie, nous avons des inquiétudes fondées quant au fait que les étapes suivantes pourraient ne jamais avoir lieu. L’Azerbaïdjan obtiendra TRIPP et, grâce à la médiation des États-Unis, bénéficiera d’un accès sans entrave au Nakhitchevan, puis de là directement à la Turquie. On se retrouverait alors avec un Azerbaïdjan satisfait, une Turquie satisfaite, et une Arménie probablement beaucoup moins », a souligné le chercheur principal d’APRI Armenia.

Vasif Huseynov affirme connaître ces préoccupations exprimées par les analystes arméniens, mais les juge infondées : « La mise en service de TRIPP signifiera déjà l’ouverture de la frontière arméno-azerbaïdjanaise dans sa partie sud. Il est donc impossible de mettre TRIPP en service tout en maintenant simultanément les frontières fermées, car, logiquement, le fonctionnement de TRIPP signifie déjà qu’une partie de la frontière sera ouverte, au moins partiellement. »

« Les acteurs extérieurs ne doivent pas essayer de convaincre la Turquie de mettre son partenaire de côté »

Une question a été adressée à Hazel Çağan Elbir, analyste au Centre d’études eurasiatiques en Turquie : la Turquie peut-elle ouvrir sa frontière avec l’Arménie en l’absence d’un traité de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ? Et l’Union européenne et les États-Unis pourraient-ils exercer une influence sur Ankara à ce sujet ?

« Dès le départ, j’ai soutenu que les autres acteurs extérieurs à la région ne devaient pas intervenir. Les acteurs extérieurs ne doivent pas essayer de convaincre la Turquie de mettre son partenaire de côté, car la Turquie n’a jamais considéré son partenaire comme un obstacle », a répondu Hazel Çağan Elbir.

Quelles sont les préoccupations de la Russie ?

Andreï Kortounov, ancien directeur général du Conseil russe des affaires internationales, rappelle que la Russie a salué l’accord conclu entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan et a également évalué positivement les efforts des États-Unis en vue de parvenir à cet accord. Mais la Russie dispose de ses propres intérêts en matière de transport dans la région, qu’elle cherchera à préserver. « Pour la Russie, ce n’est pas une question secondaire. »

« Cela fait partie de sa stratégie générale en matière de transport et concerne notamment le développement du corridor de transport Nord-Sud. Ce n’est donc pas seulement une question relevant du Caucase du Sud, mais plus largement celle des voies de communication eurasiatiques », a expliqué Andreï Kortounov.

Nikol Pachinian a déclaré que, puisque le réseau ferroviaire est russe, les entreprises occidentales évitent de travailler avec lui par crainte d’être visées par des sanctions, et que la gestion concessionnaire des chemins de fer devrait donc être confiée à un pays tiers acceptable pour toutes les parties.

Cette option est-elle réaliste ? Selon Andreï Kortounov, tout est possible s’il existe une volonté politique, mais :

« Bien sûr, beaucoup dépendra également de la capacité de l’Arménie à résister à d’éventuelles pressions de l’Union européenne, qui cherchera à réduire autant que possible la présence russe dans le Caucase du Sud, notamment dans les infrastructures de transport de la région. »

La veille, lors d’une table ronde à New York, le Premier ministre Nikol Pachinian avait également évoqué TRIPP, déclarant que les efforts d’Erevan se concentraient désormais sur la mise en œuvre de ce projet et soulignant que TRIPP ouvrirait une nouvelle ère pour l’Arménie.

 

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