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Exposition : Toros Aladjajian, l’homme qui savait faire parler les négatifs

Quand on regarde une photographie, on pense généralement à celui qui l’a prise, on imagine le photographe derrière son appareil, attendant le bon moment pour déclencher mais en photographie argentique, le déclenchement n’était que le début du travail, derrière le photographe, il y avait souvent un autre homme, beaucoup moins connu du public, le tireur.

C’est ce que montre l’exposition de ses photos au centre d’art contemporain ( HayArt ) d’Erevan qui 11 septembre jusqu’au 11 décembre 2026. Quand on regarde une photographie, on pense généralement à celui qui l’a prise, on imagine le photographe derrière son appareil, attendant le bon moment pour déclencher mais en photographie argentique, le déclenchement n’était que le début du travail, derrière le photographe, il y avait souvent un autre homme, beaucoup moins connu du public, le tireur.

Toros Aladjajian est l’un de ceux qui ont consacré leur vie à ce métier. Pendant près de soixante ans, à Paris, il a travaillé dans les laboratoires photographiques et avec de nombreux photographes. Il a notamment créé Toroslab, un laboratoire spécialisé dans le tirage noir et blanc. Aujourd’hui, son parcours est particulièrement intéressant alors que ce métier est en train de disparaître.
Un négatif n’est pas encore une photographie, pour ceux qui n’ont pas connu l’argentique, il est difficile d’imaginer l’importance que pouvait avoir le laboratoire.
Lorsque le photographe déclenchait, il obtenait un négatif mais ce négatif n’était pas encore la photographie que l’on allait montrer ou publier, il fallait ensuite le tirer sur papier, c’est là que le travail du tireur commençait.
Un bon tireur pouvait faire beaucoup de choses, renforcer les noirs, faire ressortir les détails dans les ombres, récupérer un ciel trop clair, donner davantage de contraste à une image ou au contraire adoucir certaines parties.


Il arrivait qu’une photographie que le photographe pensait avoir raté, entre les mains d’un bon tireur, l’image devenait tout à fait différente. Avec le bon tirage, une photographie moyenne pouvait devenir une très bonne photo, voire parfois un véritable chef-d’œuvre. L’inverse était également possible, une photographie parfaitement composée, avec une bonne exposition, prise au bon moment, pouvait perdre toute sa force à cause d’un mauvais tirage et devenir une photo loupée.
Le tireur n’était pas simplement celui qui exécutait une commande, il devait avoir un œil, il devait comprendre l’image et souvent comprendre aussi le photographe avec lequel il travaillait, savoir ce que le photographe voulait montrer.


C’est précisément ce savoir-faire que Toros Aladjajian a développé pendant des décennies.
Toros a acquis cette expérience au fil des années, en travaillant sur les photographies de nombreux auteurs. Son laboratoire est ainsi devenu un lieu où sont passées les images de photographes importants de la photographie française et internationale.
Son nom est resté moins connu que celui des photographes dont il tirait les images, c’est souvent le cas dans ce métier, le photographe signe la photographie, le tireur reste dans l’ombre.
Aujourd’hui, il y a une question que les photographes entendent souvent : « Est-ce que tu retouches tes photos avec Photoshop ? »
La question peut paraître importante, comme si retoucher une photographie était quelque chose de nouveau.
En réalité, la photographie a toujours été travaillée après la prise de vue, aujourd’hui, nous faisons la même chose avec Photoshop ou avec d’autres logiciels, la différence, sont les outils.
Autrefois, le tireur avait son agrandisseur, ses filtres, son papier, ses produits chimiques et surtout son expérience, aujourd’hui, le photographe a son ordinateur et une multitude d’outils à sa disposition,
L’appareil photo, ne peut toujours pas tout faire, il enregistre une scène avec les limites de son capteur ou, autrefois, de sa pellicule, il ne peut pas décider à la place du photographe de la manière dont l’image doit finalement être interprétée.


Photoshop n’a donc pas inventé la retouche, il a simplement remplacé une grande partie du travail qui se faisait auparavant dans le laboratoire.
C’est aussi pour cette raison que le parcours de Toros Aladjajian mérite d’être raconté.
C’est cette histoire que l’on pourra découvrir à Erevan avec l’exposition « La Lumière du noir et blanc ».
Au-delà des photographies exposées, cette rencontre permet surtout de découvrir un homme qui a passé sa vie derrière les images des autres.
L’exposition présente 114 photographies de 55 photographes venus de 13 pays, parmi lesquels Henri Cartier-Bresson, Sebastien Salgado, Marc Riboud, René Burri, David Lynch ….
Mais ici, le sujet n’est pas seulement le travail de ces grands photographes. C’est aussi celui de Toros, l’homme qui, pendant près de soixante ans, a transformé leurs négatifs en tirages.
La plupart des photographies présentées proviennent de sa collection personnelle. Beaucoup lui ont été données ou dédicacées par les photographes avec lesquels il a travaillé.
Cette exposition est donc aussi une manière de rendre hommage à celui qui travaillait dans l’ombre des photographes et qui, pendant des décennies, a donné leur lumière à leurs images.
Un métier qui disparaît, une époque qui change, mais un principe qui reste le même, une photographie ne s’arrête pas au moment où l’on appuie sur le déclencheur, il y a toujours un Toros Aladjajian, dans la lumière à Erevan.

Texte et photos : Max SIvaslian

Du 11 septembre jusqu’au 11 décembre 2026 : Au centre d’art contemporain ( HayArt ) sous l’égide de la municipalité d’Erevan en collaboration avec l’Ambassade de France et l’institut français

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