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Décès d’André Santini : la communauté arménienne perd un ami fidèle

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©armenews.com

Avec la disparition d’André Santini, la communauté arménienne de France voit s’éteindre l’un de ses amis les plus fidèles. Le maire d’Issy-les-Moulineaux, ancien ministre et figure marquante de la vie publique française, est décédé dans la nuit du dimanche 31 mai au lundi 1er juin à l’âge de 85 ans.

Avec sa disparition, la France perd l’un de ses élus les plus populaires et les plus atypiques. Le monde arménien, lui, perd un ami de toujours, un compagnon de route dont l’engagement n’a jamais varié au fil des décennies.

Élu maire d’Issy-les-Moulineaux en 1980, André Santini était devenu l’une des personnalités les plus reconnues du paysage politique français. Réélu sans interruption pendant plus de quarante ans, il avait profondément transformé sa ville, devenue l’un des symboles de l’innovation urbaine et du dynamisme économique de l’ouest parisien.

Mais au-delà de son action municipale, André Santini entretenait une relation particulière avec les Arméniens de France. Très tôt engagé dans le combat pour la reconnaissance du génocide arménien, il fut l’un des élus français qui, avant même que cette cause ne soit largement portée sur la scène politique nationale, n’hésita pas à prendre position publiquement aux côtés des descendants des rescapés de 1915.

Partisan résolu de la reconnaissance officielle du génocide par la France, il soutint également les initiatives visant à sanctionner le négationnisme, estimant que la mémoire des victimes ne pouvait être dissociée du combat contre le déni historique.

Son attachement à l’Arménie ne relevait pas seulement du discours politique. Il s’était concrétisé par des actes. Sous son impulsion, Issy-les-Moulineaux s’était jumelée avec la ville d’Etchmiadzine, siège spirituel de l’Église apostolique arménienne et cœur religieux de la nation arménienne. Ce rapprochement symbolique entre les deux villes traduisait une affection sincère pour le peuple arménien, son histoire et sa culture.

Au fil des années, André Santini était devenu un visage familier de toutes les grandes mobilisations de la communauté arménienne. Commémorations du génocide, manifestations de soutien à l’Arménie ou à l’Artsakh, dîner du CCAF, cérémonies officielles, inaugurations de monuments ou événements associatifs : il répondait toujours présent.

Sa présence allait bien au-delà du simple devoir protocolaire. Avec son humour légendaire, sa verve inimitable et son sens de la proximité, il avait fini par être considéré par beaucoup d’Arméniens comme un membre de leur propre famille. Il aimait d’ailleurs jouer de cette complicité, revendiquant avec malice une forme d’« arménité d’adoption », qu’il associait volontiers à ses racines corses dans des échanges dont il avait le secret.

Commémoration du génocide, le 28 avril 2025 à Issy, avec Harout Khandjian. Photo de Stéphane Eolmezian

Jusqu’à ses dernières années, il continua à témoigner de cette fidélité. Récemment encore, il avait apporté son soutien total au projet du centre culturel et sportif du Homenetmen d’Issy-les-Moulineaux, dont il avait accepté le parrainage. Un porjet d’envergure nationale qui n’aurait jamais pu voir le jour sans son appui. Affaibli par la maladie, il n’avait malheureusement pas pu participer à son inauguration. Il s’y était toutefois fait représenter par son adjoint, Harout Khandjian, lui-même fortement engagé dans la vie associative et la défense de la cause arménienne.

Ces derniers mois, l’état de santé d’André Santini s’était fortement dégradé. Hospitalisé depuis octobre à la suite d’une grave chute et de problèmes cardiaques, il avait été contraint de s’éloigner de la vie publique. Lors des dernières élections municipales, qu’il remporta pourtant une nouvelle fois avec près de 48 % des suffrages, il n’avait pu mener campagne.

Né le 20 octobre 1940 à Paris dans une famille modeste d’origine corse, André Santini avait grandi à Courbevoie. Diplômé en droit, en sciences politiques et en langue japonaise, il avait construit une carrière politique exceptionnelle, marquée notamment par ses fonctions ministérielles et parlementaires. Mais c’est avant tout comme maire qu’il aura marqué son époque, incarnant pendant plus de quatre décennies une certaine idée de la proximité entre les élus et les citoyens.

Pour les Arméniens de France, son nom restera associé à tous les combats importants de ces dernières décennies : celui de la reconnaissance du génocide, celui de la transmission de la mémoire, celui du soutien à l’Arménie indépendante et, plus récemment, celui de la solidarité avec les Arméniens de l’Artsakh confrontés au nettoyage ethnique et à l’exil.

Son décès constitue une perte immense pour la France, pour sa chère Corse qu’il n’a jamais oubliée, pour Issy-les-Moulineaux dont il fut l’artisan infatigable, mais aussi pour le monde arménien qui conservera le souvenir d’un ami fidèle, loyal et profondément attaché à son destin.

À sa famille, à ses proches, aux habitants d’Issy-les-Moulineaux et à tous ceux qui l’ont côtoyé au cours de son long parcours public, la rédaction de NAM adresse ses plus sincères condoléances.

Ara Toranian

Photo : Jean Eckian

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