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(Pendant 7 jours)

La Russie renforce sa pression économique sur l’Arménie, en inscrivant toujours plus de produits arméniens sur sa liste noire

Le premier ministre arménien Nikol Pachinian, soucieux de rassurer l’opinion publique arménienne, a beau expliquer, à longueur de meetings électoraux, que les tensions avec la Russie sont anecdotiques et n’entament en rien les liens « d’amitié » qui le lient à son président, Vladimir Poutine, le Kremlin exerce une pression économique croissante sur l’Arménie à l’approche des élections législatives du 7 juin, en mettant à l’index un nombre croissant de produits importés de l’ancien allié du Sud Caucase. Jeudi 28 mai encore, alors que Pachinian présidait une parade militaire exhibant des armements nouveaux acquis auprès des nouveaux partenaires français et indien à l’occasion des cérémonies marquant le 108e anniversaire de la 1ère République indépendante d’Arménie, la Russie annonçait des « restrictions temporaires » visant l’importation de nouveaux produits arméniens, qui viennent s’ajouter à la liste déjà longue des produits bannis du marché russe, au titre des mesures de rétorsion engagées en raison de la politique ouvertement pro-européenne, et donc intrinsèquement anti-russe, menée par le gouvernement arménien sortant.

La mesure entrera en vigueur samedi et concernera les légumes et les fraises arméniens exportés massivement en Russie. Une fois encore, ce sont des motifs d’ordre sanitaires qui sont invoqués pour la justifier, l’agence de surveillance de l’agriculture d’Etat russe Rosselkhoznadzor affirmant avoir décelé des « substances soumises à quarantaine » dangereuses dans ces produits au détour d’une inspection d’une serre arménienne réalisée cette semaine. Cet organisme a accusé les autorités arméniennes concernées d’avoir omis de prendre des mesures sur des cas similaires de violations des normes sanitaires qu’il aurait détectes en début d’année.

Cet organisme, comme d’autres agences gouvernementales russes, avaient aussi invoqué des motifs sanitaires pour imposer de telles restrictions aux importations de fleurs coupées arméniennes ou pour interdire l’accès au marché russe aux plus prestigieuses liqueurs et eaux minérales d’Arménie à la fin de la semaine dernière. Ils avaient aussi frappé d’interdit, dans le cadre d’une mesure distincte, les vins et autres brandy produits par trois compagnies arméniennes.

Dans ce contexte tendu, le gouvernement russe avait menacé mercredi de cesser de livrer à l’Arménie le gaz naturel qu’elle lui vend, depuis des plus de trois décennies, à des tarifs préférentiels, bien inférieurs à ceux pratiqués sur le marché international, si Erevan persistait dans ses efforts pour se rapprocher de l’Union européenne. Ces mesures font écho aux critiques toujours plus sévères adressées par les responsables russes à l’encontre de Nikol Pachinian depuis que Erevan a accueilli deux sommets européens de grande envergure début mai.

Le président russe Vladimir Poutine déclarait ainsi le 9 mai, en marge des cérémonies marquant l’anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie, qui avaient été réduites au strict minimum cette année sur la place Rouge de Moscou en raison des menaces d’attaques qu’avait proférées le président ukrainien Volodymyr Zelensky depuis Erevan où il avait rencontré Pachinian en marge du Sommet de la communauté politique européenne, attisant la colère du Kremlin, que Erevan devait choisir “le plus vite possible” entre ses efforts pour rallier l’UE et son maintien dans l’Union économique eurasiatique (UEE), un bloc commercial mené par la Russie qui garantit aux exportateurs arméniens un accès libre de droits de douane au vaste marché russe. Poutine devrait soulever cette question lors du sommet de l’UEE qui se tient vendredi 29 mai au Kazakhstan. Pachinian, qui n’a jusque-là manqué aucun des sommets de cette union qui est la seule instance dirigée par la Russie avec laquelle il semble désireux de collaborer encore, dans son intérêt bien compris, avait décliné l’invitation, en invoquant la campagne électorale qui l’accapare jusqu’au 7 juin, un argument que la Russie a bien voulu prendre en compte même si elle sait pertinemment que les causes sont bien plus profondes.

Pourtant, le premier ministre arménien continuait jeudi à minimiser la portée et l’enjeu des sanctions russes, affirmant qu’il pouvait trouver des “solutions à tous les problèmes par la voie d’un dialogue constructif ” et qu’il ne quittera pas l’UEE bien qu’il affiche la volonté de poursuivre sur la voie d’une intégration européenne. Dans le même temps, il a une fois encore insisté sur le fait que l’impact potentiel des sanctions russes sur l’économie arménienne, étroitement dépendante de la Russie pour le commerce et l’énergie, ne seraient pas aussi dévastateur que ne le prétendent les leaders de l’opposition, mais aussi des experts indépendants.

“Je ne vois rien qui puisse menacer l’économie en plein développement de l’Arménie. Au contraire, des opportunités illimitées s’ouvrent désormais pour l’économie de l’Arménie”, a affirmé le premier ministre arménien devant les journalistes, en mettant l’accent sur le corridor de transit sous gestion américaine censé relier l’Azerbaïdjan à son enclave du Nakhitchevan et au-delà à la Turquie via le sud de l’Arménie, sur lequel s’étaient accordés les leaders de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan réunis pour un sommet sous l’égide de Donald Trump à la Maison Blanche le 8 août 2025. Il a réaffirmé le formidable élan que donnerait à l’économie arménienne ce nouvel axe de transit baptisé TRIPP (Route Trump pour la paix et la prospérité internationales) qui était en bonne place au menu des discussions qu’a eues le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio lors de sa visite à Erevan le 26 mai.

La Russie reste néanmoins le principal partenaire commercial de l’Arménie, et représentait plus de 36% du commerce extérieur de l’Arménie l’an dernier, malgré une baisse sensible. Les agriculteurs arméniens, mais aussi les compagnies spécialisées dans l’industrie agro-alimentaire et la production de vins et spiritueux sont tout particulièrement tributaires du marché russe.

D’autres compagnies et entrepreneurs arméniens ont tire avantage des sanctions occidentales imposées à Moscou pour cause de guerre en Ukraine en ré-exportant en grandes quantités vers la Russie des produits venus de pays occidentaux. Les profits ainsi réalisés expliquent en grande part la très forte croissance économique enregistrée en Arménie depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022.

“Jusqu’à 98 % des exportations agricoles et près de 80 % des alcools forts vont au marché russe”, a ainsi souligné jeudi la porte-parole du ministère russe des affaires étrangères, Maria Zakharova, qui rejetait dans le même temps les assurances prodiguées par Pachinian et d’autres responsables arméniens selon lesquels ils ne voudraient surtout pas ruiner les relations avec Moscou. Elle a affirmé que Erevan conclut des “accords stratégiques” avec les puissances occidentales qui ont “déclaré une véritable guerre hybride à la Russie ».

Pour rassurer l’opinion et les milieux d’affaires arméniens qui s’alarment des tensions manifestent avec l’allié traditionnel russe, Pachinian martèle durant sa campagne qu’elles ne constituent qu’une passade, et que cette crise se dissipera dès lors qu’il sera réélu le 7 juin, et se remettra au travail pour régler les problèmes en suspens. Mais dans le même temps, tout au long de ses meetings, il ne cesse de présenter le scrutin à venir comme un choix entre l’Europe, et au-delà, l’Occident, et la Russie, dont les agents seraient venus soutenir massivement ses adversaires politiques et mener un travail de sape de sa campagne, laissant peu de chances à un divorce à l’amiable avec la Russie au cas où il serait reconduit au poste de premier ministre. Mais quand bien même, il affirme avoir les solutions à un tel scénario : il a ainsi souligné dans l’un de ses discours de campagne, que l’économie arménienne était devenue assez forte – par ses bons soins !- pour supporter le choc de sanctions russes bien plus drastiques. Une économie arménienne qui ne se chiffre pas à des centaines de millions de dollars, mais à des milliards et des milliards de dollars, affirmait ainsi un Pachinian exalté, avec une verve toute trumpienne, toute en superlatifs et en anaphores simplistes, comme son look de campagne, tout aussi trumpien avec sa casquette de baseball qu’il arbore pour sillonner les routes du pays, frappée d’une carte de l’Arménie de 29800 km², ni plus ni moins, qui aurait mérité d’être accompagnée d’une version personnalisée du logo MAGA des casquettes de Trump, le sigle MASA (Make Armenia Small Again) emprunt! Avec un tel ’parrain’, à qui l’Arménie doit ce TRIPP providentiel censé doper son économie, et qui lui a apporté personnellement sur son réseau Social Truth son plein soutien pour les élections, Pachinian veut montrer qu’il n’a pas à redouter l’impact de sanctions russes ; mais il ne saurait les reprocher non plus à Moscou, alors que le président américain lui-même en distribue à tours de bras, y compris à ses alliés européens.

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