Le président français Emmanuel Macron a nié mardi 5 mai toute ingérence dans les affaires intérieures de l’Arménie après avoir exprimé son soutien sans faille au Premier ministre lors d’une visite d’État dans le pays, un mois avant les élections législatives.
Macron a combiné cette visite avec sa participation au sommet de la Communauté politique européenne qui s’est tenu à Erevan mardi. Il n’a pas tari d’éloges à l’égard de Nikol Pachinian pendant le forum, soulignant les efforts du gouvernement arménien pour s’éloigner de l’orbite russe.
M. Macron a continué à le couvrir d’éloges le lendemain, à l’issue de leurs entretiens bilatéraux qui ont abouti à la signature d’une déclaration sur le « partenariat stratégique » franco-arménien. L’Arménie a « consolidé sa démocratie » et « s’oriente désormais résolument et courageusement vers l’Europe », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse conjointe. Il a en substance admis soutenir Pachinian avant les élections du 7 juin, mais a insisté sur le fait que cela ne constituait pas le type d’ingérence électorale étrangère dont l’Union européenne accuse la Russie.
« Il faut distinguer une ingérence qui manipule l’information, perturbe la vie démocratique d’un pays de manière dissimulée, et le fait de prendre ouvertement une position politique, a déclaré Macron, en réponse à une question d’un journaliste français. Je m’engage donc à soutenir pleinement un partenaire fiable de ces huit dernières années en tant que président de la République française, tout comme je l’ai fait, par exemple, avec la présidente Maia Sandu [de Moldavie] lorsque la question s’est posée et qu’elle était confrontée à un adversaire qui avait fait un choix non européen. La même chose se produit ici. »
« Je m’engage pleinement à défendre l’Europe et à défendre les intérêts de l’Europe et de la France en venant ici, a-t-il poursuivi. Mais cela n’a rien à voir avec l’ingérence par la manipulation de l’information, le contrôle des médias, la diffusion de fausses informations et la déstabilisation de l’État de droit. »
En compagnie des dirigeants allemands et polonais, Macron s’était rendu en Moldavie en août dernier pour manifester son soutien à Sandu avant les élections législatives remportées par son parti pro-occidental. Deux partis d’opposition moldaves jugés pro-russes avaient été interdits de se présenter aux élections. L’UE, qui a envoyé une mission spéciale préélectorale dans cette ancienne république soviétique, a défendu ces interdictions, alléguant une ingérence russe dans les élections moldaves.
L’Union européenne déploie désormais des missions similaires en Arménie. Moscou, qui a fermement nié toute ingérence en Moldavie, affirme depuis un an que les Européens se préparent à reproduire « le scénario moldave » en Arménie.
« Une mission qui prétend lutter contre l’ingérence dans les affaires d’un État souverain est elle-même un instrument d’une telle ingérence », a déclaré une porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères le 24 avril.
Les principaux groupes d’opposition arméniens ont également fait part de leurs inquiétudes concernant les missions de l’UE. Certains d’entre eux, notamment un bloc dirigé par le milliardaire russo-arménien Samvel Karapetian, craignent d’être eux aussi disqualifiés des prochaines élections. Des dizaines de membres et de partisans de ce bloc ont été placés en détention ces dernières semaines pour des motifs liés aux élections.
Les dirigeants de l’opposition accusent depuis des années l’Occident de fermer les yeux sur ce qu’ils qualifient d’arrestations à motivation politique en Arménie, pour des raisons géopolitiques. Ils ont également déploré l’absence de critiques occidentales à l’égard des efforts déployés depuis un an par Pachinian pour destituer le catholicos Karekin II, efforts qui se sont accompagnés de l’arrestation de plusieurs évêques.
La répression contre l’Église apostolique arménienne a été dénoncée en février par l’influent Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF). Ses deux coprésidents, Ara Toranian et Mourad Papazian, ont été exclus par Erevan de l’inauguration officielle, la semaine dernière, du nouveau bâtiment de l’ambassade d’Arménie à Paris. En revanche, Macron a inclu Toranian et Papazian dans sa délégation en visite en Arménie.
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