Artyom Minasyan et Kariné Arsenyan se sont rencontrés grâce à l’association Pax Musica. Depuis, ils jouent ensemble et nous régalent !
Un soir de février dans le salon de Jacques Attali, deux musiciens arméniens Artyom Minasyan et Kariné Arsenyan animent la soirée de lancement du dernier ouvrage de l’essayiste, Vos rêves seront bientôt les miens. Au programme : duduk , l’instrument d’Artyom et Qanun, celui de Kariné un instrument à cordes (près de 80 !) traditionnel, sorte de grande cithare trapézoidale posée à plat sur les genoux de l’artiste. Ambiance cabaret d’Erevan en plein cœur de Neuilly. Un moment rare et hors du temps dont Hélène Daccord est à l’origine.

Hélène a créé voici deux ans Pax Musica une association qui accompagne des musiciens professionnels ayant trouvé refuge en France, à travers un compagnonnage artistique aux côtés de musiciens de renom. C’est dans ce cadre que Kariné, arrivée en France comme refugiée politique en 2014 a fait la connaissance d’Artyom, son parrain. « La principale difficulté pour un musicien qui arrive en France, c’est le réseau, et l’isolement. Grâce à Pax Musica, ces musiciens rencontrent d’autre musiciens, des programmateurs et peuvent avoir des conseils administratifs mais aussi sur leur répertoire » explique la jeune musicienne surdiplômée ( ENS, ESSEC, Princeton etc.).

Kariné vit à Lorient. Elle a fait sa formation musicale en Arménie au conservatoire National d’Erevan avant de prolonger l’aventure à Moscou au sein du prestigieux orchestre traditionnel Guslyari de Russie en tant que soliste. Au sein de l’ensemble YERAZ, présent en Bretagne, Kariné Arsenyan accompagne Güler Yildiz à la voix et Jean-François Caparroy. Lauréate de la première promotion de Pax Musica, elle doit beaucoup à l’association, elle qui a dû mettre entre parenthèses son talent à son arrivée en France, où elle a commencé par travailler comme vendeuse chez Okaidi ou encore comme animatrice périscolaire. Sa carrière semble aujourd’hui relancée et, avec Artyom, arrivé en France quelques années plus tôt, elle a construit un duo exceptionnel qui transmet le patrimoine musical de l’Arménie bien au-delà de ses frontières. « Le duduk, c’est comme la voix humaine, cela touche le corps. C’est à la fois triste et joyeux, c’est notre histoire » explique Artyom qui prend son rôle de mentor très au sérieux : « Kariné a déjà ses projets avec Yoraz mais nous aimons jouer ensemble, partager notre art à Paris, à Marseille, à Genève etc. »

Lors d’un récent concert, ils ont rencontré un danseur afro-cubain. Le courant est bien passé et ils ont lancé un projet multidisciplinaire avec de la musique arménienne et de la danse contemporaine, un projet qui questionne la notion de frontières et d’exil.
Alors, si la musique traditionnelle arménienne vous intéresse et que vous avez envie de soutenir ces artistes qui transmettent par leur art notre culture et notre héritage, n’hésitez surtout pas, ils le méritent.
Laurent Acharian
