Et si Nikol Pachinian perdait le pouvoir à l’issue des élections législatives ? La question mérite d’être pausée à la lueur de quelques revers enregistrés par le « Contrat Civil » le parti au pouvoir au cours des derniers mois lors d’élections municipales locales dans quelques villes d’Arménie.
Une défaite du parti « Contrat Civil » aux prochaines élections législatives du 7 juin prochain fait partie des scénarios possibles de la scène politique en Arménie. Car même si le Premier ministre arménien bénéficie du soutien de l’appareil d’Etat dans sa campagne électorale, du soutien de l’Europe, des Etats-Unis, de la Turquie et de l’Azerbaïdjan, une défaite signifierait la fin complète ou partielle de nombre de stratégies ou alliances pro-occidentales.
Adieu l’Europe ! Bonjour Moscou ! Une défaite de Nikol Pachinian mettrait fin à sa politique pro-occidentale dont l’un des principaux bénéficiaires sera la Russie. Une Russie dont l’allié naturel est l’opposant Samvel Karapetyan et accessoirement les deux anciens présidents arméniens Robert Kotcharian et Serge Sargsyan.
Même si une défaite de Nikol Pachinian ne mettrait pas fin aux accords signés le 8 août dernier à Washington ainsi que la réalisation de la Voie Trump (TRIPP) à hauteur de Meghri au sud de l’Arménie, elle pourrait ralentir sérieusement sa réalisation et éventuellement y intégrer au projet routier la Russie et l’Iran.
Une défaite de Nikol Pachinian et l’arrivée de Samvel Karaptyan au pouvoir signerait la fin de la guerre entre le gouvernement arménien et l’Eglise arménienne.
Sous l’angle économique, l’Arménie s’arrimerait encore plus à l’aire économique de l’UEE (l’Union économique eurasiatique) gérée par la Russie tout en développant ses liens avec le marché européen, sans toutefois adhérer à l’Union européenne.
L’Arménie confirmerait également sa place au sein de l’OTSC (Organisation de Traité et de Sécurité Collective) gérée par Poutine, tout en s’éloignant de l’OTAN. La Russie reviendrait une nouvelle fois au Caucase du Sud par l’Arménie en soufflant le chaud et le froid dans les relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan afin de maintenir son équilibre dans la région et tenterait d’écarter la présence de la Turquie dans son pré-carré du Caucase du Sud. La Russie qui favoriserait la présence iranienne au détriment de l’avancée du monde turcique.
La Russie qui détient un contrôle important de l’énergie et des communications en Arménie étendrait davantage son emprise sur l’économie arménienne et dicterai sa politique étrangère. Une sorte de retour à la case de départ, « façon soviétique » !
La sécurité de l’Arménie, dans ses « frontières soviétique » de 29 743 km² serait assurée par le « Grand frère » russe…au prix de la perte de son indépendance.
La Russie pourrait également utiliser la question de l’Artsakh comme une clé de négociations ou de pression sur Bakou, répondant à sa propre stratégie, mais nullement avec l’esprit de favoriser les Arméniens.
Quant aux forces armées arméniennes, tant son encadrement que son armement seraient décidés à Moscou. Ainsi une victoire de Samvel Karapetyan pourrait bien voir l’Arménie, redevenir un pays satellite de la Russie, son économie, sa politique et son armée s’intégrant à Moscou.
Ainsi, le rejet de Nikol Pachinian, jugé par nombre de citoyens arméniens comme l’homme de la défaite militaire d’automne 2020 en Artsakh et celui qui fit de nombreuses concessions territoriales à l’Azerbaïdjan pourrait précipiter l’Arménie dans les griffes de l’ours Russe. Au détriment de quelques valeurs de démocratie et lutte contre la corruption, mis laborieusement en place par Nikol Pachinian.
Krikor Amirzayan
