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OPINION Rubrique

La guerre s’est arrêtée, par l’Archevêque Norvan Zakarian


Oui, la guerre s’est arrêtée …
En tout premier lieu, mes prières vont aux magnifiques héros de cette guerre.
Que Jésus Christ, fils unique du Seigneur, rende dignes du royaume des cieux ces preux et immortels héros ; qu’il les fasse reposer en paix aux côtés de tous nos saints Martyrs.

Peu avant de monter au front, ces magnifiques jeunes gens chantaient et dansaient joyeusement, les armes à la main …. Seigneur ! Comment oublier ces scènes ? Ils dansaient une danse qui me rappelait la célèbre devise de la Guerre de Vartanank : « la mort non consentie, c’est la mort, la mort consentie, l’immortalité ». Ces garçons croyaient en la mort « consentie ». Pour résumer d’un mot, en l’immortalité. Sinon, comment comprendre cette danse guerrière alors qu’ils savaient pertinemment que quelques heures plus tard, une balle ennemie pourrait les tuer ?

En vérité, béni soit le glorieux martyr de ces héros !
Soyez-en sûrs, demain, de leur sang versé pousseront des lys, tout comme le sang de Saint Etienne, comme lors de la conversion de saint Paul sur le chemin de Damas.

L’heure n’est-elle pas venue pour notre nation d’une nouvelle conversion ?
Cette guerre s’est momentanément conclue par une victoire encore invisible, malgré une défaite militaire et diplomatique. Ce fut un combat désespéré « pour rendre possible l’impossible », une « tentative extrême », à l’image de la bataille d’Avarayr.

L’armée du Seigneur, celle qui « rend possible l’impossible », semblait présente de manière invisible aux côtés de ces héros. Si cela n’avait pas été le cas, comment expliquer leur extraordinaire résistance face à l’immense armée ennemie durant quarante-cinq jours ?

Ce glorieux combat s’inscrit d’ores et déjà dans notre histoire comme une nouvelle Guerre de Vartanank.

Cette glorieuse victoire a mis en lumière la chose suivante, la République d’Arménie est seule au monde et sans amis, tout comme l’ensemble du peuple arménien.
Alors qu’une poignée de courageux combattants luttaient pour défendre leur terre contre l’Azerbaïdjan, la Turquie et les mercenaires terroristes, non seulement les états du monde entier observaient froidement cette situation, mais de plus, ils chantaient les louanges de l’Azerbaïdjan en défendant sa cause injuste et inique. Nul n’eut le courage d’établir des comparaisons avec les amputations territoriales au profit de la Turquie des années 20 du 20e siècle : Kars, Ardahan, Ani. Bien plus, nul ne se souvint que d’un trait de plume, Staline avait donné le Nakhitchévan et le Karabakh aux Azéris, et au nord, le Djavakhk aux Géorgiens. Dans le même temps, l’Arménie ne recevait pas un hectare de terre de qui que ce soit …
Avez-vous vu comment aujourd’hui les media internationaux défendent avec empressement les prétendus droits des Azéris ? C’est stupéfiant !
A partir de ce constat, le temps est venu pour nous de tirer les leçons de notre histoire et de reconsidérer notre « univers intérieur ». Admettons-le, nous n’avons à aucun moment su concevoir un « credo » pour assurer notre droit à l’existence en tant que peuple, une sorte d’ « Araratisme ».
Cette guerre pour le Karabakh va-t-elle nous permettre de nous fixer un objectif et un plan clair pour atteindre progressivement ce but ?
La diaspora n’a pas encore saisi que l’être arménien ne peut exister sans la langue arménienne. Nous entendons régulièrement dire que « la langue n’a aucune importance » et que seul « l’esprit est important ». J’invite ceux qui sont dans cette posture à lire l’épisode de la Pentecôte dans les Actes des Apôtres. Pourquoi dans ce cas, le Saint Esprit a-t-il pris l’apparence de langues de feu pour descendre sur les Apôtres ? C’était tout simplement un signe pour indiquer que l’Évangile - la Bonne Parole - devait se répandre et l’identité des chrétiens s’affirmer grâce aux langues.
Soyons-en convaincus, l’identité arménienne se fonde avant tout sur la langue arménienne. De ce point de vue, l’épisode du don des langues lors de la Pentecôte doit être considéré comme un signe de la miséricorde divine invitant chaque peuple à demeurer fidèle à sa langue.
Dans son œuvre magistrale intitulée « les plaies de l’Arménie » l’écrivain Khatchadour Apovian, écrivait « Apprenez dix langues, mais conservez la langue arménienne et défendez-la fermement ».
La diaspora arménienne vit chaque jour dans l’angoisse de son existence ; une guerre permanente et invisible pour son être ; chacun de ses jours est une guerre invisible de Vartanank.
Mais combien est-il difficile de combattre lorsque la guerre est invisible. ?
Point de terre sous nos pieds, point de terre à défendre … ce combat est celui de l’âme et de l’esprit. Alors, la seule arme possible, la seule qui puisse donner la victoire et assurer l’éternité de l’âme arménienne est celle puissante de la culture.
Le sacrifice de nos martyrs d’aujourd’hui constitue également un témoignage pour nous, Arméniens de la diaspora afin que nous ne fuyions pas ce combat invisible, pour que nous ayons la volonté de lutter, de combattre, pour préserver notre langue. Sauver la langue arménienne, c’est sauver le peuple arménien.
Très chères mères d’Arménie et d’Artsakh qui avez donnés en sacrifice vos enfants bien-aimés pour la défense de la patrie, nous partageons votre deuil. La plaie est profonde dans vos cœurs, comme le déchirement qui est en nous. Vos chers enfants sont absents physiquement, mais soyez consolées car ils vivent désormais dans les demeures célestes. Essayez de les rejoindre par la prière. Ils rentreront en communication avec vous et vous ressentirez leur présence.
A vous toutes, Mères endeuillées, que le Seigneur vous renforce dans votre foi et qu’il vous bénisse.

Archevêque Norvan Zakarian
20 novembre

par Ara Toranian le dimanche 22 novembre 2020
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