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MUSEE DE L’IMMIGRATION Rubrique

« Persona Grata » : quand l’art contemporain questionne l’hospitalité


Le musée de l’histoire de l’immigration et le MAC VAL s’associent pour interroger, à travers leurs collections respectives, le sens de l’hospitalité dans nos sociétés. Avec en ouverture une œuvre de Sarkis.

« Si nous savons encore secourir, nous ne savons plus accueillir » : Persona grata, c’est une exposition cri du cœur, celui des artistes contemporains face à l’exclusion de l’Autre. Une exposition pour agiter les consciences, qui débute par une œuvre de Sarkis (Zabunyan), le bateau Kriesshatz.

D’origine arménienne et installé à Paris depuis 1964, Sarkis croise dans sa pratique récit autobiographique, histoire collective et mémoire sociale. Depuis 40 ans, Sarkis met en place un vocabulaire spécifique autour du concept de Kriesshatz (trésor de guerre). Pour cette œuvre, un gigantesque paquebot surgit, fantomatique et puissant, menaçant de disparition la maquette d’un bateau de guerre. Le cargo défie le déchaînement d’une tempête imaginaire. Dans l’obscurité, de fragiles ampoules suspendues brillent et dévoilent en lettres rouges le mot «  trésors » : le bateau Kriesshatz emporte avec lui ses reliques, autant d’« objets-mémoire  » qui s’enrichissent d’un lieu à l’autre, d’un pays à l’autre. Une œuvre puissante, qui est accompagnée d’un entretien de l’artiste réalisé en juin 2018.

Comment rappeler que, dans l’Antiquité, l’hospitalité était une pratique courante, là où aujourd’hui l’hôte se transforme le plus souvent en étranger indésirable et l’hospitalité en hostilité ? Comment rendre compte, inversement, de l’importante mobilisation citoyenne qui soutient et accueille les migrants ? La création contemporaine, par la distance qu’imposent les œuvres et leurs interprétations, bouscule, interpelle, et nous amène à penser autrement. Les propositions artistiques, qu’elles soient métaphoriques, poétiques, critiques ou engagées, reflètent les déséquilibres du monde. L’hospitalité est ainsi abordée dans sa double acception. Elle est envisagée du point de vue de celui qui accueille et de celui qui est accueilli. Mais l’exposition dévoile également en creux son voisinage troublant avec son antonyme, l’hostilité. De quelle manière les artistes explorent et donnent à voir l’urgence de la situation, la précarité et l’invisibilité, l’errance, le désenchantement et la répression ? Et plus généralement, les questions du départ et des circulations, du difficile enracinement mais aussi de la main tendue, du rêve et du désir d’ailleurs ? Réponses jusqu’au 20 janvier au musée de l’histoire de l’immigration.

Claire Barbuti

Exposition Persona Grata
Jusqu’au 20 janvier
Musée de l’histoire de l’immigration - 293 avenue Daumesnil - 75 012 Paris

par Claire le vendredi 4 janvier 2019
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