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Jean-Jacques Nerset Rubrique

La responsabilité de l’Occident


Angela Merkel vient de refuser malgré un sondage « Dialogue sur l’avenir » (157 000 votants favorables) de légiférer sur la reconnaissance du génocide des Arméniens et sur sa négation, en se référant à, la décision du Conseil Constitutionnel français et plus concrètement pour ne pas froisser son partenaire turc, sa croissance à 7% et ses très nombreux ressortissants sur son territoire..

On n’insiste pas suffisamment sur l’implication de l’Allemagne du II ème Reich dans la réalisation du génocide . Les historiens, les vrais, intègres, qui ont vraiment travailler le sujet, peuvent dénoncer scientifiquement avec force et constance, sa responsabilité complice dans l’exécution même des déportations et donc de l’extermination. Oui, les puissances occidentales dont la France sont parties prenantes dans ce cataclysme, sa reconnaissance et la poursuite de sa négation.

On lit trop dans la presse et on entend trop, que la France n’est pas concernée par le génocide des Arméniens, sa reconnaissance et la pénalisation de sa négation. On dit aussi et on l’a lu « oui, ça fait un siècle !(Badinter par exemple) ». Et alors ? Il me semble d’une part que les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles et que d’autre part cela a eu lieu au début du 20e siècle pendant la première guerre mondiale dont il reste encore des témoins qu’on continue, à juste raison, d’honorer (le 11 novembre 1918 a été choisi unanimement par le Parlement pour commémorer tous les morts pour la France). C’est notre histoire contemporaine, ce n’est pas l’antiquité. De tous Temps les Arméniens ont été massacrés, ils n’en demandent pas pour autant réparation.

Serge Klarsfeld a bien affirmé à plusieurs reprises que la Shoah n’aurait pas eu lieu sans le génocide des Arméniens. Simple antériorité chronologique ? plutôt »apprentissage » par les Allemands de la conception et de la méthode d’extermination d’un peuple. Des nombreux officiers allemands ont encadré l’armée ottomane, dont son d’Etat major qui traitait les Arméniens de « vermines ».Enver était fasciné par les Prussiens Le concept de guerre totale et l’emploi des gaz dans les tranchées de la Somme à partir de 1915 procède précisément de l’expérience acquise en Anatolie.

Dernièrement, certains ont bien évoqué le lien entre la France et les évènements anatoliens de 1915, à travers les traités notamment celui de Sèvres, mais sans un grand écho dans la presse qui n’a rien voulu entendre, murée dans sa bronca hystérique contre la loi de pénalisation, par suivisme ou par intérêt.

Alors que l’Occident bêle (pas uniquement par humanité mais aussi et surtout par calcul) sur les 17 000 morts en Syrie, qu’on ne peut que déplorer, il faut rappeler sa présence physique, militaire et politique dans les territoires orientaux de l’ex-sublime Porte où le génocide a été conçu et exécuté. Il n’a pu l’empêcher malgré, et ça l’honore, des actions sporadiques et des grandes voix qui ont sauvé de nombreux Arméniens.

L’occident refuse sa mise en cause. Un excellent article dans un récent NAM explique qu’un mouvement néo-conservateur traversant tous les partis politiques a conduit au renvoi de la loi Boyer au CC et à son invalidation, mettant sans vergogne à l’index les lois mémorielles (la loi Boyer n’en était pas une) et de manière subliminale la loi Gayssot. Tous ces textes bouleversent l’ordre, l’ordre de ces néo-conservateurs.

Refus de l’altérité, repli sur soi, expliqué par l’hostilité aux nombreuses commémorations, singulièrement de l’holocauste ? Ce rejet de l’altérité, semble être un phénomène européen, un repoussoir sourd d’une immigration importante perçue comme une menace. Tout cela se mêle et ne passe pas surtout en période de crise où la stigmatisation est facile. La crise n’en est pas, il me semble, le cœur essentiel. Après tout, le refus de l’Autre a toujours existé en France (tant pis pour ceux qui se mettent la tête dans le sable), on se souvient des pogroms d’ouvriers italiens des années 20....

J’ai retenu que dans le climat délétère des débats sur la loi Boyer, « les Arméniens avaient été des Juifs par procuration ».Derrière le rejet de la loi Boyer, et c’est mon avis, mais j’ai certainement tort, la loi Gayssot était aussi visée.

Les arguments plus politiques que juridiques de Badinter ont été, une aubaine pour ces néo-conservateurs qui les ont accueillis et utilisés avec gourmandise et ravissement.

Il ne s’agit pas d’accuser les peuples, en Allemagne, comme ailleurs en Europe, et c’est ce qui permet de croire encore en l’humanité, de grandes voix ont défendu la Cause et d’autres continuent de le faire, mais de souligner la responsabilité de ces puissances dans ce qui s’est passé en jouant avec les populations et en se jouant d’elles, et l’obligation plus que morale d’en répondre.Il n’y a pas forclusion. « Cette salope d’Europe n’a rien fait pour empêcher et arrêter ça » a crié Avétik Issahakian.

Parano ? Et si je ne l’étais pas !

par le lundi 3 juillet 2006
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