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IN MEMORIAM Rubrique

Décès du compositeur polonais d’origine arménienne Krzysztof Penderecki


Le compositeur et chef d’orchestre polonais Krzysztof Penderecki, un des compositeurs contemporains les plus innovants, est décédé dimanche à l’âge de 86 ans, à Cracovie, a annoncé sa famille aux médias locaux. L’auteur de Thrène pour les victimes d’Hiroshima, couronné de nombreux prix, est mort des suites d’une longue maladie.

« Son œuvre a marqué toute une époque dans la culture polonaise et mondiale », a déclaré le président polonais Andrzej Duda, rappelant que son monumental Requiem polonais a été exécuté récemment à l’occasion du 80e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale.

Quadruple lauréat des Grammy Awards (en 1988, en 1999 - dans deux catégories, et en 2017), il a écrit des partitions pour des réalisateurs de films comme Stanley Kubrick, Martin Scorsese et David Lynch.

L’un des plus importants compositeurs polonais, il a été élevé dans une famille d’origine arménienne à la musicalité prononcée, commençant sa brillante carrière en 1959, au moment où ses trois compositions, Strophes, Emanations et Les psaumes de David, remportent les trois premiers prix d’un Concours pour jeunes compositeurs à Varsovie.

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Figure de l’avant-garde

Il s’est imposé comme une des figures de l’avant-garde des années 60 avec Thrène pour les victimes d’Hiroshima (1960), une composition pour une large formation d’instruments à cordes qui lui vaut une large renommée. Le compositeur utilise alors des intervalles inhabituels, les clusters, les glissandi et fait sonner les instruments de manière inhabituelle. Sa musique est riche d’effets sonores : la tôle, les sifflets, les morceaux de verre et de métal frottés avec une lime, les hochets, les sons électriques, les scies, les machines à écrire ou les sirènes d’alarme donnent une texture sonore à ses compositions. Le compositeur invente aussi des symboles de notation musicale correspondant à ces moyens d’expression alors inconnus. Grâce à un dégel temporaire du régime communiste en Pologne à l’époque, les œuvres de Penderecki arrivent à percer le rideau de fer et connaissent un succès international immédiat.

Par la suite, Penderecki abandonne peu à peu son langage d’avant-garde. Critiquée par le milieu musical, cette évolution est applaudie par le public. Il renoue alors avec une écriture néo-tonale, postromantique, avec un contenu et une construction accessibles à un plus large public. En 2011, Penderecki a collaboré avec Jonny Greenwood, le guitariste principal du groupe de rock anglais Radiohead, et le compositeur de musique électronique Aphex Twin sur un album et une tournée. Contrairement à la plupart des compositeurs de sa génération, une part essentielle de l’inspiration de Penderecki fut d’origine religieuse (Stabat Mater, Passion selon Saint-Luc).

Né le 23 novembre 1933 à Debica (sud), Krzysztof Penderecki est admis au Conservatoire de Cracovie à l’âge de 18 ans. Il fait en même temps des études de philosophie, d’histoire de l’art et de littérature. Enseignant de composition dans différentes grandes écoles de musique à travers le monde, il donne en tant que chef d’orchestre, des concerts avec les plus illustres orchestres symphoniques d’Europe et des Etats Unis. Il est membre des Académies de musique de très nombreux pays.

Visite en Arménie, « un retour à la maison »

Ce que l’on sait peut-être moins, c’est qu’il avait des origines arméniennes. En avril 2008, il était retourné sur les terres de ses ancêtres. Il avait alors dit aux journalistes qu’il considère sa première visite en Arménie comme un « retour à la maison » car sa grand-mère était une émigrante arménienne d’Ispahan. « Je suis très reconnaissant pour mon invitation de visiter l’Arménie. J’ai attendu cette visite trop longtemps, pendant 75 années depuis ma naissance. J’ai essayé de venir en Arménie dans les années 60, mais je n’ai pas réussi. Maintenant je suis très heureux de se trouver sur la terre de mes ancêtres. Cette visite est un retour à la maison pour moi ». Penderecki était alors venu en Arménie pour participer « à la semaine de Penderecki » organisée dans le cadre du festival international de musique « Perspectives du 21e siècle » tenu du 7 au 12 avril. Pendant ces jours les mélomanes arméniens ont eu l’occasion exceptionnelle d’écouter les œuvres avec la participation et sous la direction du compositeur polonais. La légende vivante de l’art classique avait alors amené avec lui des musiciens célèbres de dix pays.

K. Penderecki avait regretté ne pas avoir eu l’occasion de connaître les compositeurs arméniens, à l’exception d’Aram Khatchatourian, qu’il a accueilli chez soi. « Dans le temps où j’adhérais au mouvement avant-gardiste, la musique de Khatchatourian m’a semblé ancienne et trop classique. Mais plus tard, lors de ma deuxième rencontre avec lui à Varsovie, j’ai exécuté son Concert de violon », a raconté Penderecki.

Interrogé sur le fait que son œuvre Stabat Mater ressemblait à la Liturgie arménienne, le compositeur polonais avait répondu : « Peut-être. Quand j’étais petit, j’allais avec ma grand-mère à l’église arménienne, il y a peut-être une ressemblance, je ne peux pas dire ».

A nos confrères de Courrier international en 2013, il avait déclaré : “Mon grand-père était un protestant allemand, converti au catholicisme pour sa femme. Une de mes grands-mères était arménienne. C’est peut-être à mes racines compliquées que je dois un point de vue original sur de nombreux sujets”.

par Claire le dimanche 29 mars 2020
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