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EDITORIAL Rubrique

Municipales : le temps du réconfort


A première vue, la problématique des municipales apparaît très éloignée des enjeux de la cause arménienne. Pourtant, avec la montée du négationnisme et du séparatisme promus par Ankara sur le territoire, rarement un scrutin de cette nature n’aura comporté autant de risques du point de vue de ceux qui sont attachés à la concorde républicaine et aux valeurs de la démocratie.

Nombre de candidats, répondant en cela aux voeux d’Erdogan se sont en effet impliqués dans ces élections, avec des intentions pas toujours avouables en ce qui concerne « la lutte contre les allégations de génocide ». Un axe cardinal de la politique étrangère de l’État turc qui ne fait pas mystère de sa volonté d’entrisme politique en Europe.

Ainsi, un silence de circonstance a souvent été observé par tous ceux qui désiraient contourner cette question, oubliant que la République se l’est appropriée en érigeant le 24 avril en journée nationale commémorée par chaque commune qui en formulera la demande. C’est dire combien ce vote pouvaient être lourd de conséquences quant au bon usage de ce décret du président de la République.

Heureusement, les résultats du premier tour de cette municipale ont dissipé la plupart des craintes en ce domaine. Tous les candidats entretenant un flou plus ou moins artistique sur cette problématique ont été balayé. On pense notamment à Mehmet Ceylan de la LREM à Créteil, qui avait traité par le mépris la question du génocide. Il n’a pas atteint la barre des 10%. Idem pourIzzet Doganel à Saint-Priest, curieusement soutenu par Gérard Collomb, qui a fait 8,35 %. Ozbay Pelhivan, vice-président du Cojep pour la Drôme, et auteur de propos négationnistes, n’a pas non plus été élu sur la liste « divers gauche » de Michel Quenin à Valence.

En revanche tous les politiques français sympathisants de la cause arménienne ont obtenu de bons scores, notamment dans la capitale avec l’arrivée en tête au premier tour d’Anne Hidalgo, qui a largement distancé la candidate LR Rachida Dati, dont les positions pro-azerbaïdjanaises tout au long de ces 10 dernières années avaient alerté les défenseurs des droits de l’homme, ceux des chrétiens d’Orient et tous ceux qui sont attachés à la sécurité de l’Arménie. Peut-on imaginer à la tête de la capitale de la France une personne affichant autant de proximité avec le régime dictatorial dirigé par le couple Aliev ? Il est clair que la mise à l’ordre du jour de ce sujet, auquel Mme Dati a refusé de répondre publiquement, a contribué à stopper son élan à Paris. Ce qui est plutôt rassurant.

A noter de même le remarquable résultat d’Anouch Toranian, qui fait pratiquement jeu égal dans les 15e arrondissement, traditionnellement à droite, avec l’impétrante LR Agnès Evren et le maire sortant, Philippe Goujoun en délicatesse, c’est le moins qu’on puisse dire, avec l’édile du 7e. Excellente performance aussi de Delphine Bürkli, secondée par Alexis Govciyan dans 9e arrondissement.

Dans la deuxième ville de France, Martine Vassal, engagée pour la défense de l’Arménie, a réalisé un très bon score, qui lui permet de garder toutes ses chances pour le second tour. Georges Képénekian, ex-président du CDCA, a quant à lui déjoué tous les pronostics en passant la barre du second tour avec 12,5%, ce qui lui donne un poids non négligeable sur l’issue de la compétition.

Il faut aussi souligner les victoires de tous les amis de la cause arménienne, de Luc Carvounas à Alfortville jusqu’à Richard Mallié à Bouc-Bel-Air, en passant par tous les maires sortants des communes ayant signé des chartes d’amitiés avec celles d’Artsakh depuis Pascal Doll à Arnouville jusqu’à Nicolas Daragon à Valence, Laurence Fautra à Décines, Nathalie Nieson à Bourg-de-Péage et tant d’autres.

Enfin ce scrutin a vu naitre une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques d’origine arménienne qui s’impliquent dans la vie de la cité : Jeanne Barseguian qui arrive en tête avec la liste verte à Strasbourg, ville européenne s’il en est, Aurore Bruna à Marseille, Anouch Toranian à Paris, Béatrice Hovnanian à Caen, etc.

Le premier tour de ces élections a évacué le gros des risques relatifs aux tentatives revendiquées de pénétration du panturquisme sur le territoire. Il s’est a contrario montré plutôt positif sur le plan du vivre ensemble et la laïcité. Une tendance rassurante qui restera toutefois à confirmer et à amplifier au deuxième tour, quelle qu’en soit la date.

par Ara Toranian le lundi 16 mars 2020
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