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Du génocide des Arméniens à la guerre du Liban : saga sur quatre générations de femmes


Joumana Haddad produit une saga familiale, sur quatre générations de femmes prises dans le tourbillon tragique, du génocide des Arméniens à la guerre du Liban. Le tout avec la puissance d’une écrivaine et la foi d’une militante.

Elle se dit « à demi libanaise, un quart arménienne et un quart circassienne », avec « aussi des racines syriennes et palestiniennes ». La journaliste, poète et écrivaine Joumana Haddad, pour son 15e livre intitulé Le Livre des Reines, a mis énormément d’elle. Une sorte d’hommage à « toutes celles qui ont payé, qui paient ou paieront, le prix d’être nées au sein de territoires, de religions et de communautés qu’elles n’ont pas choisis », et plus particulièrement à sa grand-mère maternelle, « survivante » du génocide arménien qui s’est donné la mort à Beyrouth en 1978. Car « ceux que la guerre n’a pas tués sont des cadavres vivants, ou des victimes différées  »…

Un tourbillon tragique implacable qui est le fond de cette sorte de biographie familiale romancée. Les quatre reines de ce livre sont inspirées des cartes à jouer : « Quand j’étais petite et que la Guerre civile libanaise s’est déclenchée, tout le monde jouait aux cartes dans les abris en attendant que les explosions se calment », écrit l’auteure qui a grandi dans un ghetto arménien de Beyrouth. Reines d’un jeu de cartes mal distribuées par le destin, Qayah l’Arménienne, Qana la Palestienne, Qadar la Libanaise et Qamar la Syrienne constituent les branches d’un même arbre généalogique ancré dans la terre de leurs origines malgré la force des vents contraires. Une lignée de rousses unies par les liens du sang et par une puissance et une résilience inébranlables. Car ce livre n’est pas exempt de féminisme, dans la droite lignée de son essai J’ai tué Shéhérazade. Confessions d’une femme arabe en colère en 2010 dans lequel elle déconstruisait les stéréotypes de la femme arabe.

Avec la parfaite maîtrise d’une écriture finement ciselée, Joumana Haddad parvient ici à construire un roman d’une extraordinaire intensité, sans jamais sombrer dans le pathos ou la grandiloquence.

Texte : Claire Barbuti / Photo : Natalia Sancha

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Le Livre des Reines, Joumana Haddad, Traduit de l’anglais par Arnaud Bihel, Actes Sud, 22 €.

par Claire le lundi 9 décembre 2019
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