CINEMA Rubrique

La « sœur » arménienne d’Anne Consigny


Anne Consigny a accompagné jusqu’au bout une jeune Arménienne venue à Paris pour tenter de lutter contre la maladie. Bouleversée par cette rencontre, la comédienne a réalisé Je prends ta peine (Tsavet Tanem).

D’un côté, il y a Susanna, une mère de famille de la banlieue pauvre d’Erevan et sa fille Narine. De l’autre, Anne Consigny, actrice qui vit à Paris et a été élevée dans la grande bourgeoisie de droite catholique. Rien ne les prédestinait à se rencontrer, et pourtant tout bascule lorsque la
première loue une chambre dans l’appartement de la seconde via Airbnb en 2014. Pour la comédienne française, c’est le choc : «  Elles sont à Paris pour un traitement médical : Narine, 26 ans, a été diagnostiquée d’un cancer foudroyant. Les médecins lui ont dit qu’il ne lui restait que 15 jours à vivre si elle ne quittait pas l’Arménie…  » Face à l’urgence, le père vend la maison familiale : Susanna et Narine débarquent alors en France. Cette « Marilyn Monroe arménienne », belle, joyeuse et sexy, va bouleverser Anne Consigny : « Narine a l’âge de mon fils aîné, Susanna, le mien. Nous devenons comme des sœurs, malgré la barrière de la langue et toutes nos différences. » Narine vivra cinq mois à Paris, trois mois d’espoir, deux de chute vertigineuse… « Je pense qu’elle est morte plus vite que je serais morte dans les mêmes circonstances  » : secouée par le décès de la jeune femme, Anne Consigny décide de suivre sa dépouille jusqu’en Arménie, pour être aux côtés de Susanna et sa famille dans cette épreuve. « Avant de la rencontrer, je ne savais même pas situer l’Arménie sur une carte. Ce voyage changera ma perception du monde comme, seule, une histoire d’amour, peut le faire, assène Anne Consigny, pour qui raconter cette histoire poignante dans un documentaire est devenu une nécessité absolue. C’est dans les pays les plus pauvres que l’on trouve les plus belles âmes.  »

Au-delà de l’histoire de cette jeune femme qui meurt sans avoir vécu et de l’amour d’une mère, c’est un film sur l’engagement, sur ces affinités électives qui réunissent des êtres que tout oppose et éloigne, sur les liens du cœur parfois plus forts que les liens du sang, sur le sacrifice et la solidarité, sur la dignité. «  J’avais trois sœurs, j’en ai maintenant quatre  », conclut l’actrice nominée entre autres aux Césars pour Elle et Un conte de Noël, désormais réalisatrice surprenante et convaincante.

Claire Barbuti

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Au Cinéma Le Saint André des Arts - 30 rue Saint André des Arts – 75006 Paris - Tél : 01 43 26 48 18 – Email : cine.saint.andre@gmail.com
Séances à 13h, du 30 octobre au 11 novembre, tous les jours sauf le mardi 5 novembre. Dernières séances les mardis 19 et 26 novembre. Toutes les séances ont lieu en présence de la réalisatrice Anne Consigny à l’issue de chaque projection, accompagnée par des personnalités :
- Jeudi 31 octobre : Dominique Besnehard « Film bouleversant, pudique et violent.  »
- Vendredi 1er novembre : Philippe Le Guay « Une plongée au cœur de l’Arménie. Saisissant. »
- Samedi 2 novembre : Équipe du film et Susanna Martirosyan
- Dimanche 3 novembre : Arnaud Despléchin «  J’aime beaucoup tout de ce film. »
- Ludni 4 novembre : Valérie Donzelli « Bouleversée de rencontrer cette famille.  »
- Mercredi 6 novembre : Marion Stalens « Magnifiquement écrit.  »
- Jeudi 7 novembre : Stéphane Brizé « Une pure merveille. Quand les images et les mots ont la grâce. »
- Mardi 26 novembre : Thierry Frémaux

par Claire le dimanche 27 octobre 2019
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