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POLITIQUE Rubrique

Robert Kotcharian accuse le gouvernement d’incompétence et de populisme


L’ancien président Robert Kotcharian a accusé hier le nouveau gouvernement arménien d’incompétence et de « populisme débridé », et a clamé son ambition de rallier ses opposants politiques.

Dans une interview accordée à la chaîne de télévision russe NTV, Kotcharian dit avoir vu d’un mauvais œil les manifestations de masse du printemps dernier qui ont forcé son successeur et ancien allié, Serge Sarkissian, à démissionner. Même s’il a concédé que la tentative de Sarkissian de prolonger son mandat à la tête du pays après dix ans de pouvoir était une erreur.

« Connaissez-vous une seule révolution qui ait amélioré le sort des gens ? », a-t-il questionné. « Est-ce que cela s’est produit en Libye, en Tunisie ou en Syrie ? La vie des gens là-bas s’est considérablement détériorée... Je ne vois aucune raison pour que les choses s’améliorent dans notre pays. »

Kotcharian a affirmé que les nouvelles autorités dirigées par le Premier ministre Nikol Pachinian essayaient de « régler des comptes » avec des rivaux politiques, et non de s’attaquer aux problèmes socioéconomiques. « Ce qui se passe en Arménie est simplement un populisme débridé dont les conséquences freineront le développement du pays pendant longtemps », a-t-il déploré.

Kocharian a été arrêté le 27 juillet, accusé d’être à la manœuvre des répressions sanglantes de mars 2008 à Erevan à la suite d’une élection présidentielle controversée. La cour d’appel l’a libéré le 13 août, affirmant qu’il jouit de l’immunité juridique contre les poursuites. Les procureurs ont demandé à la Cour de cassation de renverser cette décision.

Pachinian, qui a joué un rôle clé dans les manifestations de 2008, a fermement défendu l’enquête criminelle en cours sur le bain de sang post-électoral lorsqu’il a rassemblé des dizaines de milliers de partisans à Erevan le 17 août : « Personne n’évitera d’être tenu pour responsable de la mort de 10 personnes et de l’organisation d’un coup d’état en Arménie le 1er mars [2008] ».

S’exprimant à NTV, l’ex-président de 63 ans a de nouveau nié les accusations de coup d’Etat et a accusé le gouvernement de Pachinian d’avoir mené une « vendetta politique » contre lui. « Ceux qui ont organisé les troubles de [2008] et ont été condamnés pour les avoir organisés sont arrivés au pouvoir dix ans plus tard », a-t-il noté, ajoutant qu’ils souhaitaient « régler des comptes avec des personnes qu’ils considéraient comme leurs ennemis ».

Kotcharian a ensuite réaffirmé son retour à la politique active. « Je comprends que je peux devenir un facteur sérieux de consolidation pour ceux qui voient les problèmes actuels », a-t-il déclaré, sans nommer personne. Il n’a pas non plus précisé s’il prévoyait de créer un parti ou une alliance à cette fin.

Kotcharian a insisté sur le fait qu’il pouvait compter sur un soutien populaire considérable parce que l’économie arménienne avait connu une croissance à deux chiffres pendant la plus grande partie de son mandat qui a duré 10 ans. Il a prédit que les citoyens qui ont bénéficié de cette croissance seront sa principale « base électorale ».

« Au cours de ces dix années, le PIB de l’Arménie a été multiplié par cinq, alors que le budget de l’Etat a été multiplié par huit », a rappelé M. Kotcharian face aux journalistes russes. « Toutes les choses intéressantes et reconstruites que vous voyez à Erevan ont été faites pendant ces années. »

« Nous avons créé 35 000 à 40 000 emplois chaque année », a-t-il poursuivi. « La part des petites et moyennes entreprises dans l’économie est passée de 15% au début de ma présidence à 46% [en 2008] ... La qualité de vie s’est radicalement améliorée, et nous devons rappeler cela aux Arméniens. »

Pachinian, ses loyalistes et d’autres critiques disent, quant à eux, que Kotcharian a systématiquement étouffé la dissidence, toléré la corruption du gouvernement et truqué les élections quand il a dirigé le pays de 1998 à 2008. Le Premier ministre arménien s’est engagé à plusieurs reprises à éradiquer la corruption et à créer des conditions de concurrence équitables pour toutes les entreprises. Il a insisté la semaine dernière sur le fait que Kotcharian n’a aucune chance de revenir au pouvoir.

Kotcharian a annoncé son retour politique le 16 août. Le Parti républicain (HHK) de Serge Sarkissian s’est rapidement déclaré prêt à « coopérer » avec lui. Un porte-parole du HHK a déclaré qu’ils avaient des « points de vue très similaires ».

Kotcharian a laissé sa place à la tête de l’Etat à Sarkisian en avril 2008. Les deux hommes nés au Karabakh se sont de plus en plus éloignés les années suivantes, Kotcharian critiquant les politiques économiques de l’administration Sarkissian ainsi que les changements constitutionnels qui ont transformé l’Arménie en République parlementaire.

Serge Sarkissian a tenté de rester au pouvoir en tant que Premier ministre après avoir terminé son deuxième mandat présidentiel en avril dernier. Cette décision fatidique a déclenché les manifestations de Pachinian, qui ont entraîné sa démission.

« Je pense que Sarkissian n’aurait pas dû se lancer dans la réforme constitutionnelle », a commenté Kotcharian hier. « J’ai critiqué publiquement cette réforme. Et bien sûr, il n’aurait pas dû tenter de conserver le pouvoir. »

par Claire le mercredi 29 août 2018
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